Sciences (16)

Sciences

Michel BLAY, Efthymios NICOLAÏDIS (dir.), L’Europe des sciences. Constitution d’un espace scientifique, Seuil, 2001, 440 pages

Voici un ouvrage qui ne manque pas d’ambition : présenter en un nombre somme toute limité de pages la constitution d’un espace scientifique en Europe, depuis la naissance de la science jusqu’à sa constitution en réseau commun, en passant par son institutionnalisation progressive. Et encore, cet ouvrage n’entend-il pas oublier, et le revendique-t-il, l’entrée dans l’ère scientifique et le développement de la science dans ses marges – toute la deuxième partie de l’ouvrage, ce qui représente sa moitié, est consacrée à « l’extension de l’espace scientifique européen », avec cinq chapitres consacrés à la Russie, à la péninsule ibérique, à la Scandinavie, aux Balkans et à la Hongrie. On nous permettra dès lors de trouver l’ouvrage simultanément bancal et intéressant, chacun des chapitres offrant une valeur par lui-même.
Les cinq derniers nous font pénétrer dans des zones souvent peu connues, du moins en France, et peu explorées. Le chapitre consacré à la Russie est particulièrement intéressant et soulève les nombreux paradoxes de l’histoire des sciences russes – y compris le fait que « l’historiographie soviétique des sciences reste, jusqu’à la fin des années 1980, la moins marxiste au monde » (p. 252). On regrette seulement que les sources des affirmations des auteurs ne soient pas plus explicites. Les autres études géographiques sont plus monographiques et n’ont pas une unité de temps, certaines courant jusqu’à l’époque contemporaine, d’autres s’arrêtant avant – notamment celle sur l’Espagne, qui est pourtant la plus riche et la plus intéressante, peut-être en raison de la précision que lui permet sa focalisation sur les XVIIe et XVIIIe siècles.
La première partie de l’ouvrage est plus classique, mais de qualité. Structurée en trois sous-parties – « les origines », « la transformation de la conception du savoir » et « l’organisation de la science européenne » , elle constitue un rappel utile, et regroupé en un seul volume, de questions souvent traitées dans des livres épars, notamment les grands classiques que sont les ouvrages d’Alexandre Koyré ou, pour la Grèce, de Geoffrey Lloyd. Mais on ne peut que recommander cet ouvrage clair et précis, malgré l’artifice de présentation qui le guide, et saluer la qualité des contributions, notamment celles de Michel Blay sur la mathématisation de la nature et de Giorgio Israel sur l’idéologie de la toute-puissance de la science. Les deux chapitres consacrés à l’institutionnalisation de la science et aux journaux scientifiques en Europe apportent des éléments de réflexion et d’information intéressants, dont on peut penser qu’ils donneront lieu dans les décennies à venir à des thèses nombreuses.