Philosophie politique (16)

Philosophie politique

Hannah ARENDT, La philosophie de l’existence et autres essais, Payot, 2000, 248 pages

Les familiers de l’œuvre de Hannah Arendt ne feront sans doute pas de grandes découvertes dans ce nouveau recueil d’articles, qui permet progressivement de compléter notre connaissance de l’auteur de Condition de l’homme moderne. Les textes présentés dans cet ouvrage vont de 1930 à 1954. Le premier porte sur Augustin et reprend quelques-unes des conclusions de sa thèse, tout en développant des réflexions prometteuses sur la mémoire et le mensonge. Celui sur « philosophie et sociologie » convainc moins et sent l’effort – on dirait presque qu’il est « scolaire ». On pourrait en dire d’ailleurs autant de celui sur Kierkegaard. Celui sur Gentz ou le « salon berlinois » n’apporteront pas grand-chose à ceux qui ont lu l’ouvrage sur Rahel Varnhagen. On commence vraiment à prêter une grande attention à ce qu’on lit avec le très beau texte sur Kafka et avec les deux textes sur la philosophie de l’existence et l’existentialisme, qui permettent de comprendre la filiation kantienne d’Arendt – Kant est, dit-elle, le « roi secret » de la nouvelle philosophie (p. 117). On y découvrira aussi la note de bas de page surprenante sur l’explication – et non la justification – de l’attitude politique de Heidegger et sur le lien entre celle-ci et non seulement sa philosophie mais surtout tout un courant de pensée allemand (pp. 127-128).
Les derniers textes sont plus nettement « politiques », telle la conférence sur le stalinisme, très intéressante par ce qu’elle révèle des débats politiques de l’époque aux États-Unis. On aurait aimé naturellement qu’Arendt développât davantage les thèses exprimées dans son trop bref article sur « la religion et les intellectuels », en réponse à une enquête de la Partisan Review et l’on ne peut que penser que cette « critique de la religion » manque dans l’œuvre de Hannah Arendt, au sens où elle aurait pu apporter des éclairages originaux. Les derniers textes – sauf l’extrait de journal sur « Heidegger le renard » reviennent sur le totalitarisme, d’une manière ou d’une autre, notamment le célèbre et important article sur « compréhension et politique », l’un des plus fondamentaux qu’Arendt ait jamais écrit, et le texte classique sur l’intérêt pour la politique, qui constitue peut-être l’une des meilleurs introductions à la politique arendtienne.