Politique et actualité (16)

Politique et actualité

Anne MUXEL, L’expérience politique des jeunes, Presses de Sciences Po, 2001, 190 pages

Cet ouvrage est fondé sur une série d’enquêtes réalisées depuis plus de dix ans et une exploitation de nombreuses données issues des sondages et des analyses de l’opinion. Le propos de l’auteur est évidemment fondamental : après tout, ceux qui ont vingt ans aujourd’hui votent et voteront encore dans vingt ou quarante ans. Il importe dès lors de percevoir la manière dont leur attitude a évolué par rapport à celle de leurs aînés et, partant, de tracer des scénarios possibles pour l’avenir. Si Anne Muxel ne se livre pas à de telles incursions vers le futur, son ouvrage offre des indications précises qui incitent à la réflexion – même si l’on pourra parfois regretter que l’empathie de l’auteur avec son sujet la conduise à privilégier l’hypothèse de l’happy end.
Naturellement, la première caractéristique de la jeunesse est la diversité de son attitude politique, non seulement au fond (et le clivage gauche/droite reste globalement pertinent), mais également dans les termes de l’engagement. Certes, les jeunes sont globalement plus méfiants envers la classe et les hommes politiques, s’éloignent des urnes, préfèrent d’autres types de manifestation de leur choix politique, mais on ne saurait dire, selon Muxel, qu’ils soient « dépolitisés » ; il n’existe d’ailleurs pas, historiquement, d’âge d’or de l’engagement politique des jeunes. Le chapitre que consacre l’auteur aux filiations politiques est particulièrement intéressant : elle montre combien est compliquée la filiation, à la fois extrêmement présente, positivement (familles de gauche ou de droite) ou négativement (transmission de l’apolitisme), et n’obéissant pas à un schéma explicatif unique de la transmission (ou du rejet) des attitudes et des valeurs (notamment en fonction du degré de culture et du mode de socialisation). Suivent des analyses des modes de socialisation politique et surtout du rapport des jeunes à la politique. Anne Muxel montre que leur intérêt pour la politique est tout aussi grand que celui de leurs aînés et que le retrait durable de toute participation politique est extrêmement rare. En tout cas, l’indifférence à l’endroit de la politique n’est pas avérée.
Reste naturellement à savoir ce qui motive leur participation politique, à l’élection ou à toute autre manifestation publique. Il faut partir là de ce qui constitue le substrat de leur culture politique. Anne Muxel confirme qu’ils sont mieux informés que leurs aînés, mais cela ne signifie pas qu’ils soient en possession d’un plus grand savoir politique. L’information que dispensent les médias, rappelle l’auteur, ne forme pas vraiment et ne contribue pas à éclairer les enjeux, ni à donner une profondeur historique aux débats politiques. Il est aussi intéressant de noter avec l’auteur que les jeunes s’intéressent plus à la politique nationale qu’à la politique internationale (sauf pour les plus instruits) et que la grande majorité ne s’intéresse pas à la politique locale – et comme ils sont plus critiques et sceptiques, cela se comprend… En somme, l’image qui ressort est celle d’un mélange d’idéalisme – les jeunes sont sensibles aux « nobles causes », aux « bons combats », etc. – et de réalisme : il ne s’agit plus de changer le monde, ni même la société. Leur révolte et leur indignation pourront-elles connaître un avenir ?


Pascal PERRINEAU et Dominique REYNIÉ (dir.), Dictionnaire du vote, PUF, 2001, 997 pages

Voici un nouveau grand dictionnaire des PUF qui s’annonce comme un instrument durablement de référence pour qui s’intéresse aux comportements électoraux. Dirigé par deux (jeunes) représentants de la science électorale française, secondés par plus de 170 contributeurs, il offre un panorama assez complet de tous les aspects de la votation. Théories, concepts, théoriciens, moments électoraux significatifs, rapports entre le vote et la sociologie, pays, systèmes électoraux, etc. sont passés en revue et on aura quelques difficultés à discerner des manques. Certains articles sont extrêmement étoffés – ainsi celui consacré au Moyen Âge rédigé par Julien Thierry, celui afférent au fascisme italien de Didier Musiedlak ou celui sur la majorité dû à Dominique Reynié , d’autres plus synthétiques, mais particulièrement éclairants en peu de mots – ainsi celui de Philippe Raynaud sur la souveraineté populaire. Peut-être regrettera-t-on que celui que Roland Cayrol consacre aux sondages électoraux soit un peu trop bref, mais d’autres consacrés aux estimations ou aux intentions de vote notamment le complètent. On lira aussi avec plaisir et profit de nombreux textes, tels celui que Bernard Manin a rédigé sur Athènes, Gérard Grunberg sur le socialisme – qui rappelle opportunément que « la mobilisation électorale des électeurs est une tâche sans cesse recommencée que la relative banalisation des partis socialistes rend de plus en plus difficile et aléatoire » (p. 843) – ou encore celui de Pascal Perrineau sur les modèles d’explication de vote.
Bien sûr, un tel ouvrage ne se résume pas et – c’est la loi du genre – certains voisinages alphabétiques détonnent : Lecanuet est coincé entre Lazarsfeld et Lénine. Souvent, il faudra aussi lire plusieurs articles pour être renseigné sur un sujet : pour avoir une idée du vote d’extrême droite, on se reportera à ce mot, à l’article Le Pen, à l’article « protestataire » (vote), etc. La conception d’ensemble – au-delà des divergences heureuses entre les auteurs – se situe sans doute à mi-chemin entre la certitude qu’il y a quelque chose à comprendre dans l’acte mystérieux qu’est la votation ou plutôt son résultat – sinon, on restera aphasique – et le sentiment qu’en même temps un excès de rationalisme tue la compréhension. L’article « électeur rationnel » dû à Richard Balme est, de ce point de vue, éclairant. C’est d’ailleurs aussi le sens de la belle préface de René Rémond : tout se passe comme si chaque électeur était partie d’un tout, à la fois le fabriquant par son vote et n’ayant pas de prise sur lui, et était finalement destiné à comprendre la rationalité et la raison d’un choix que personne individuellement n’avait fait de la même manière que ce tout sans conscience. Mais c’est aussi parce qu’il faut se déprendre de la tentation de recourir à une pensée magique qu’il faut se plonger dans ce livre.