Sciences (15)

Sciences

Dominique LECOURT (dir.), Dictionnaire d’histoire et de philosophie des sciences, PUF, 1999, 1032 pages

Plus de cent cinquante auteurs français et étrangers, philosophes, scientifiques, historiens, etc. ont contribué à ce monumental dictionnaire qui vient combler un manque et nourrira durablement la réflexion sur l’évolution de la pensée et de la pratique scientifiques. Les entrées en sont multiples. Les unes sont consacrées à des concepts — constructivisme, idéalisme, objectivité —, d’autres à des grands noms de la science, de la philosophie, de l’histoire ou de la technique — de Bachelard à Kepler, de Pavlov à Wittgenstein —, d’autres aussi aux disciplines elles-mêmes — biologie, immunologie, biotechnologie, géométries —, d’autres encore à des grandes étapes ou découvertes scientifiques — analyse fonctionnelle, big bang, ADN —, d’autres enfin à des phénomènes qui interfèrent avec l’histoire des sciences — prix Nobel de sciences, Royal society, sociétés savantes — ou à des réalités nouvelles qui informent la réflexion sur les sciences — Sida. L’ensemble des articles comporte une annexe bibliographique et présentent la notion ou le phénomène étudiés de manière à la fois historique et conflictuelle, faisant ressortir les principaux débats qu’ils ont suscités. Certains articles sont brefs — une demi-page —, d’autres sont nettement plus longs — cinq à six pages serrées. La plupart des articles enfin sont aisément accessibles à un public cultivé tandis que d’autres nécessitent des connaissances scientifiques assez spécialisées (analyse complexe en mathématiques ou analyse diophantienne par exemple).
La préface de Dominique Lecourt explique bien dans quel esprit a été conçu ce dictionnaire, qui entend cerner non seulement les concepts et les phénomènes mis en avant par les scientifiques, mais également les débats et les conditions intellectuelles, institutionnelles et sociales qui ont accompagné leur production. L’ensemble du projet s’est gardé de deux écueils : un positivisme scientiste qui ferait de la science une réalité abstraite du monde et qui révélerait une vérité inscrite de toute éternité dans la nature, un relativisme généralisé qui conduirait à faire de la vérité scientifique une illusion de la conscience, la réalité échappant à toute « prise » par un travail de connaissance. Le statut polémique de l’activité scientifique n’en apparaît que mieux.