Politique internationale (14)

Politique internationale

Amiral Pierre LACOSTE (sous la direction de), Le Renseignement à la française, Économica, 1998, 642 pages

Comment « parler » du renseignement ? Chacun a lu les romans d’espionnage, eu écho de telle ou telle affaire par la presse, plus rarement eu connaissance de hauts faits de renseignement par l’ouverture d’archives ou la narration de témoins. Mais le renseignement peut-il être l’objet d’une disciplinaire universitaire qui ne se condamne ni à ne rien dire, ni à trahir des secrets quant à la méthode et à l’action de services de renseignement ? Le présent ouvrage, issu d’un séminaire qui s’est tenu pendant quatre ans à l’université de Marne-la-Vallée, entreprend de démontrer que c’est possible. Trente et un auteurs y ont collaboré — chercheurs, universitaires, fonctionnaires, militaires, journalistes. Tous les aspects ou presque du renseignement y sont abordés autour de cinq thèmes : renseignement et histoire, le renseignement militaire, les services, renseignement, économie et société, comparaisons étrangères.
L’ouvrage obéit à deux intentions principales : combler le retard français en matière de connaissance du renseignement et montrer qu’il n’est pas réservé au domaine militaire, mais s’étend à la plupart des domaines de l’action publique, notamment l’économie. On lira ainsi d’intéressantes analyses sur le rôle des douanes ou celui de la police judiciaire et l’on aura un bon aperçu de la manière dont s’est constituée en France une structure du renseignement. Le texte de Philippe Baumard sur l’intelligence dans le domaine économique, qui dresse un panorama des conceptions anglo-saxonnes et françaises, est particulièrement éclairant et appelle des décisions concrètes sur notre stratégie. Le texte de Louis Sabathier sur la coopération policière européenne est peut-être un peu optimiste et trop peu disert sur les blocages actuels. Le texte du Britannique John Kieger pointe bien les faiblesses du renseignement français : réticence à la coopération internationale, manque de coordination (sur le modèle du Joint Intelligence Committee britannique) et de communauté du renseignement. Ces défauts sont liés à la structure ministérielle française, au poids des cabinets et aux particularismes antagonistes des différents services. Les analyses de la réforme des services secrets britanniques pourraient aussi inspirer les responsables français (pp. 602-604). Ce n’est pas le moindre mérite de cet ouvrage de manière générale que de nous inviter à y réfléchir.