Politique internationale (12-13)

Politique internationale

Xavier DE PLANHOL, Minorités en Islam. Géographie politique et sociale, Flammarion, 1997, 524 pages

Un ouvrage précieux pour qui veut comprendre la réalité des conflits au Moyen-Orient. Cet ouvrage, qui se veut géographique, est d’abord historique et politique. Une longue introduction montre comment les minorités, d’abord reconnues dans l’aire islamique, ont progressivement été rejetées, ce qui n’a pas empêché certains groupes, inclus dans la religion islamique, d’accéder au pouvoir (voir aussi tout le phénomène sectaire, dont l’auteur montre la nature plus politique que religieuse, tant il est vrai que la religion croise sans cesse les appartenances et les clans). La première partie de l’ouvrage dresse un tableau saisissant du paysage des minorités, en combinant sans arrêt l’apport de l’histoire et de la géographie. Elle distingue clairement, avec un souci pédagogique qui n’est jamais ennuyeux, les différents domaines : arabo-berbère, turco-iranien ainsi que les confins turco-arabes (le Taurus oriental).
Sa deuxième partie est une analyse de l’avènement de la pluralité en terre d’Islam. Celle-ci se traduit par trois phénomènes distincts : soit l’élimination pure et simple, qui n’est pas seulement physique, mais aussi culturelle. La disparition du christianisme en Arabie et en Afrique du nord est ainsi un phénomène sur lequel l’auteur se penche particulièrement. Dans une deuxième cas de figure, l’intégration est réussie (les coptes en Égypte, les chrétiens du Croissant fertile et d’Anatolie, les juifs dans certaines zones). Enfin, la ségrégation est le troisième modèle. On notera d’ailleurs que les deux derniers ne sont pas, dans une même zone, complètement exclusifs.
La troisième partie, enfin, est consacrée à ce que Planhol appelle « la destruction du modèle traditionnel », lié aussi bien à de « nouvelles géographies » (voir l’analyse du phénomène sectaire et des émigrations) qu’à de « nouvelles stratégies » des groupes minoritaires au moment où s’affirment les États-nations. L’insertion peut être l’une de ces voies, négociée et parfois précaire. Dans d’autres cas, c’est l’affirmation identitaire qui domine, soit au pouvoir, soit contre lui — mais des compromis politiques restent toujours possibles. Au total, un ouvrage indispensable pour qui veut commencer à démêler la géopolitique de cette région.