Société, sociologie, politique sociale (9)

Société, sociologie, politique sociale

Pierre BOURDIEU, Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action, Seuil, 1994, rééd. coll. « Points Essais », 1996, 248 pages

Faut-il croire l’éditeur de cet ouvrage quand il affirme que ce livre présente « la » théorie anthropologique que P. Bourdieu a dû bâtir pour fonder sa recherche ? Rien n’est moins sûr. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’intérêt que présente l’ensemble des contributions et études qui constituent cet ouvrage. La pluralité des champs examinés (espaces sociaux, école, œuvres d’art, bureaucratie) et des questions (possibilité de l’acte désintéressés, économie des biens symboliques, difficulté des sciences humaines) ne dissimulent ni la rigueur de la pensée, ni son endurance : ils deviennent au contraire des occasions plaisantes de la voir en action.
On peut penser ce qu’on veut de l’approche sociologique et lui en préférer d’autres, l’auteur ne le récusera pas. En revanche, il défend son point de vue de façon plus convaincante que dans d’autres essais. Il faut lire ce livre à la fois comme une réflexion épistémologique et comme une série d’analyses précises où le va-et-vient du particulier au général est au service d’une volonté de comprendre ensemble les phénomènes singuliers et le général qu’ils portent en eux. Il faut les lire aussi dans un espace de conflits où l’élaboration des sciences humaines passe par la critique des idéologies spontanées et des philosophies de la conscience pour déboucher sur une conception réfléchie du réel et des pratiques.
Pour le sens commun, nous vivons dans un monde de choses, de stratégies et d’acteurs, où les pratiques sont adéquates ou erronées, où les identités sont claires parce que les frontières le sont aussi. L’ouvrage de Bourdieu est, de ce point de vue, vertigineux : il nous introduit à un monde et à une pensée où le réel lui-même est relationnel, les choses des processus, les stratégies paradoxales et les identités des mouvements dans la différenciation de l’espace social. Ses chapitres sur les « actes désintéressés » et le « don » sont bienvenus quand on les compare aux pauvres divagations sur le même thème que produisent les désarrois devant la « misère du monde ». Ses réflexions sur la France, le Japon et le concept de modèle n’ont que le tort de n’être pas ici assez développées tant ce qu’elles annoncent laissent entrevoir de précaution méthodologique est salutaire. Faut-il regretter que ce livre ne soit pas plus gros ? Oui, si on le compare à d’autres ouvrages plus importants et peut-être plus sommaires (La misère du monde ou La noblesse d’État notamment). Jean-Paul Aron avait sous-titrés son livre sur Les Modernes de cette épigraphe : « Chronique de l’esprit d’un temps qui en manque singulièrement ». Bourdieu nous rappelle au moins que, pour en avoir, un certain soupçon n’est pas de trop. Que ses réflexions plus abouties, moins critiques et méthodologiques n’échappent pas à certains travers interprétatifs ici dénoncés est une autre histoire…


Séminaire de François HÉRITIER, De la violence, Odile Jacob, 1996, 400 pages

Tout livre sur la violence est d’une terrible actualité. Celui-ci ne fait pas exception. Il s’agit, cependant, d’une réflexion à plusieurs voix (un séminaire) sur la question et non d’un ouvrage à logique unique.
Nous avons été assez peu intéressés par les « réflexions pour nourrir la réflexion » de Françoise Héritier qui constituent l’exercice traditionnel, souvent forcé et, ici, parfois peu clair d’une introduction à un champ peu maîtrisé (peu maîtrisable ?). Apprécions en silence l’habituelle modestie qui consiste à nous faire passer des petites miettes (réflexions au pluriel) au plat de résistance (la réflexion) sans vouloir le faire tout en le faisant. Rien n’y manque des mets rhétoriques habituels : ni l’effroi moral, ni la sempiternelle question de la possible origine naturelle ou biologique de la violence, ni l’incantation finale aux droits de l’homme… Tous ces textes en forme de « pour », de « vers », de « pour servir à »… deviennent lassants à force d’impossibilité.
Dans un ordre différent, les textes d’É. Balibar (« Idéalité et cruauté ») et de D. Defert (« La violence entre pouvoirs et interprétations dans les œuvres de M. Foucault ») sont pénibles et ligneux : sans être ennemis du théorique, de la variation des concepts et des révérences obligées, on ne peut se défaire d’un sentiment de malaise devant ces exercices brumeux, sports de cabinet qui s’incarnent en papiers universitaires quand la violence, elle, s’écrit sur la peau des hommes.
C’est pourquoi — et parce qu’elles sont des études précises, bien élaborées et pleines d’enseignements pour la théorie et l’action —, l’ensemble des autres contributions constituent (au travers de l’horreur- un bain rafraîchissant pour l’esprit. Du droit musulman (Baber Johansen) à la Bible (Bernhard Lang), de Madagascar (Maurice Bloch) à l’ex-Yougoslavie (Véronique Nahoum-Grappe), en passant par la Colombie (Daniel Pécaut) et le Rwanda (Claudine Vidal), le lecteur trouvera à nourrir sa réflexion par des éléments de connaissance bien structurés. Même remarque pour l’intéressante contribution de Jean-Pierre Peter sur le problème la douleur dans l’histoire de la médecine. Au total : un livre à lire, et passionnant quand on le débarrasse des scories habituelles de l’exercice de séminaire.


Ruth SCHEPS (éd.), Les sciences de la prévision, Seuil, 1996, coll. « Points sciences », 222 pages

Ce livre est constitué de la retranscription d’émissions diffusées sur France Culture dans le cadre des « perspectives scientifiques ». Deux grands volets le composent : « Prévisionnistes et visionnaires » et « Du court terme au long terme ». Bien que ce découpage soit artificiel — mais une entreprise qui s’intitule Les sciences de la prévision n’est-elle pas en elle-même artificielle et paradoxale ? —, on lira dans ces deux grandes parties des contributions intéressantes et d’autres qui le sont moins. Passons sur le regret de ne trouver jamais dans cet ouvrage une seule contribution d’historien (on admettra que c’est là une discipline qui a quelque qualité pour parler du temps, du passé, de la modélisation du réel et de sa compréhension, tous objets décisifs dans un rapport humain au « futur ») et sur celui d’y trouver beaucoup de propos convenus et assez superficiels sur la divination. On admettra que l’idée d’un tel panorama est un bon outil de réflexion et de vulgarisation, c’est-à-dire d’approche d’un problème que l’introduction souligne de façon juste comme l’étrange rapport que nous entretenons avec l’avenir.
La seconde partie est la plus intéressante parce que, loin des généralités, elle touche à la manière dont des secteurs scientifiques précis réfléchissent à leurs propre pratique et à leur posture dans le problème de la prévision et de prédictibilité (médecine, météorologie, cosmologie, sismique, théories de la finance, etc.). Un livre intéressant donc, au total, et dont la vocation est de nous faire réfléchir tout en fournissant de l’information. En en sortant, on ne sait toujours pas bien s’il existe une quelconque légitimité à parler de « sciences de la prévision », ni même si cette dernière relève d’un modèle épistémologique. Mais, comme le dit Ruth Scheps elle-même à la fin de son introduction, tout cela est rassurant pour notre liberté.


Georges MINOIS, Histoire de l’avenir, Fayard, 1996, 676 pages

C’est « une » histoire comme il existe celle de la mort en Occident, de la royauté en France ou de l’argent dans le monde, vaste, embrassant le temps long, les pratiques et les lieux, à la recherche de l’évolution d’une posture particulière des hommes : la figuration de l’avenir. C’est aussi une histoire riche, dense et colorée, car, comme le dit l’auteur : « Faire l’histoire de la prédiction, c’est contribuer à l’histoire des civilisations. […] L’intérêt des prédictions réside dans ce qu’elles nous révèlent de l’époque et du milieu où elles ont été faites ». C’est donc une traversée des croyances des peuples anciens, de celles de Grecs, de la prophétie religieuse et de l’avènement des utopies rationalistes, de la divination savante et de la prédiction populaire, de la prospective moderne et des temps pessimistes. Un livre également très savant qui frappe par sa masse documentaire et le travail d’érudition qui le constitue. De la belle ouvrage !
De ce point de vue, il est une mine pour tout lecteur intéressé par la question posée par G. Minois : comprendre la prédiction et le rapport à l’avenir par une élucidation de nos rapports au présent. Ce qui est tout à fait passionnant également, dans cet ouvrage, c’est la capacité de l’auteur à saisir, au travers de l’évolution, les lignes de faille et les retournements ou les transformations de significations (on renverra par exemple ici à ses excellentes analyses sur les changements de sens de la prédiction populaire qui passe du stade de pratiques figurant l’avenir au statut de discipline quasi psychothérapique…)
Comme tout nous ramène au présent dans l’histoire, G. Minois n’oublie pas notre époque. Sans être pessimiste, il faut méditer sa conclusion : « La flèche du temps a perdu sa pointe et ses ailettes […] Les prophètes ne savent plus vers où regarder. […] Dans la science-fiction actuelle, les super-héros ont des rayons laser futuristes, mais une cuirasse gréco-romaine à l’antique, un sens moral remontant à l’époque de la loi du talion. […] Ils voyagent dans le temps et se battent à l’épée. Ces traits anecdotiques sont révélateurs d’une époque qui cherche la sortie, qui ne sait plus prédire parce qu’elle ne sait plus où est le futur ». On aura compris que, sous la plume de Minois, l’anecdote est lourde de sens, que le détail est plein de général. Spécialiste de l’histoire des religions et de leurs institutions, G. Minois signe là un beau livre. Puissent les autres historiens nous en fournir d’aussi intelligents et goûteux : l’intérêt pour l’histoire y gagnera et la pensée aussi.


Émile DURKHEIM, Sociologie et philosophie, P.U.F., coll. « Quadrige », 1996, LXII et 142 pages

Voici la réédition d’un ouvrage publié pour la première fois en 1924. C’est à cette époque que Célestin Bouglé prend l’initiative de rassembler trois textes d’É. Durkheim sous le titre Sociologie et philosophie. L’homme et le moment ne sont pas indifférents. Quand ce livre paraît, l’École sociologique française est constituée tant du point de vue théorique qu’institutionnel. C’est-à-dire que, selon la terminologie de Kuhn, le paradigme fondamental de la sociologie en tant que science sociale est désormais défini. Elle n’est plus une région spécialisée du continent de la philosophie, elle est un continent à soi seule. Ce nouveau paysage tectonique apparaît de façon nette dans Les règles de la méthode sociologique : la sociologie scientifique est « indépendante de toute philosophie » et elle « n’a pas à prendre parti entre les grandes hypothèses qui divisent les métaphysiciens. Elle n’a pas plus à affirmer la liberté que le déterminisme. Tout ce qu’elle demande qu’on lui accorde, c’est que le principe de causalité s’applique aux phénomènes sociaux ».
Le séisme a donc eu lieu et la philosophie n’est plus — comme au moment de la lutte théorique — ce dont il faut se séparer. Elle est devenue « autre chose » que la sociologie, un « extérieur » avec qui les rapports peuvent être redéfinis. Bouglé, élève de Durkheim, s’est toujours voulu médiateur entre institutions philosophique et sociologique à la différence de ses collègues plus radicaux (Simiand, Halbwachs, Mauss), voire plus radicaux que Durkheim lui-même. Les textes d’É. Durkheim que Bouglé réunit en 1924 ont donc un statut ambigu, mais intéressant : après la rupture, ils permettent non seulement de mieux mesurer l’effet de la séparation dans le champ philosophique, mais aussi et surtout de mieux comprendre le type de réflexion philosophique qui peut s’élaborer sur la spécificité de la pratique sociologique. De fait, cette problématique était déjà à l’œuvre dans Les règles, car la sociologie « à mesure qu’elle se spécialisera, fournira des matériaux plus originaux à la réflexion philosophique » provoquant ainsi, par le divorce lui-même et les nouveaux objets qu’il dégage, une relance de l’activité philosophique. Comment déterminer l’effet sociologique en philosophie ? Par ceci : en la confrontant à un construit situé historiquement et socialement, la sociologie durkheimienne touche directement l’idée d’intemporalité dans la pratique philosophique (la philosophia perennis) et détermine son appartenance irréductible au social et à l’histoire. En ce sens, le « séisme sociologique » joue de façon paradoxale comme séparation et constitution de champs et comme transformation du champ philosophique devenu extérieur. Une dialectique subtile entre extérieur et intérieur s’établit donc qui autorise aussi à penser la pratique sociologique comme « autrement » philosophique. ce que Bouglé voulait dire à sa manière quand il écrit dans sa préface à propos de Durkheim : « Il devait être pourtant à traiter à sa manière des grands problèmes généraux qui ne se laissent pas oublier. […] Une science à l’état naissant […] invite les esprit à réfléchir sur les rapports des sciences entre elles, sur les différences de méthodes, sur la hiérarchie des formes de l’être : toutes questions qui impliquent une philosophie [nous soulignons] »
C’est dans ce contexte, lisible dans les textes eux-mêmes, qu’il faut donc comprendre les écrits de Durkheim intégrés dans ce volume : problème des représentations collectives et individuelles, détermination du fait moral, jugements de valeur et jugements de réalité. On y découvrira une pensée dont le va-et-vient est constant entre la pratique sociologique et ses implications philosophiques, une pensée qui, loin de tout esprit mécaniste et positiviste, tente de poser la spécificité du social et de s’interroger sur le général qui est en lui. Un Durkheim à redécouvrir.


Robert FRAISSE, Jean-Baptiste DE FOUCAULD (dir.), La France en prospectives, O. Jacob, 1996, 402 pages

La plupart des ouvrages collectifs comportent des contributions d’un intérêt variable, mais le plus souvent à l’intérieur d’un spectre de différenciation raisonnable. Ici, le meilleur et le correct avoisinent avec le pire, voire avec le délire pur et simple. Les textes de Jean-Louis Dayan (sur la population française d’ici à 2015) et de Michel Glaude (sur la cohésion sociale) apportent des éléments de constat et de réflexion intéressants. Ils constituent des bases solides à des travaux prospectifs futurs. Le texte de Denis Kessler sur les conflits entre générations est, lui aussi, bien argumenté, même si l’on peut en désapprouver la perspective. Le style posé et précis de l’article de Henri Mendras (« Les Français parmi les Européens »), même si ses conclusions sont peut-être trop optimistes, contribue à en faire un texte utile et de bon niveau. Le beau texte de France Quéré (« Une société du corps ! »), décédée prématurément, invite aussi de manière originale à la réflexion, malgré certaines conclusions hasardeuses sur la médecine au début du siècle, les rapports des religions au sexe et le statut de l’embryon. Le texte le plus remarquable est sans doute celui de Marc Augé (« Pour une retour à l’exceptionnalité française »). On retiendra tout particulièrement ses développements sur l’hypothèse d’une « auto-colonisation généralisée » et on appréciera son souci de définir avec rigueur ses concepts.
Du côté de l’indignité, signalons le texte de Jean-Pierre Dautun, au titre plein de finesse et de bon goût : « La crise du sens contaminé » et au sous-titre limpide « Aperçu sur les processus négligés des mutations contemporaines et prochaines des significations ». On n’en saura pas plus sur le propos, certainement profond, de ce Nostradamus des sciences sociales. Que l’auteur soit un publicitaire au chômage est certes triste, mais n’excuse pas tout. A défaut de pouvoir citer tout l’article, signalons ces remarques profondes : « Cette théorie de l’inaudible des civilisations est donc d’autant plus juste qu’elle n’est pas entendue. […] Elle est aussi d’autant plus utile à la collectivité qu’elle concerne que celle-ci peut moins l’entendre. Elle l’est plus que jamais aujourd’hui » (p. 212). Ou encore : « La crainte qui vient à notre époque est d’avoir composé un Nouveau Testament sans Apocalypse » (p. 217). Il est vrai que « le monde […] change tout simplement, complètement et littéralement d’espace-temps » (p. 220). Et le socio-philosophe, devenu historien, nous apprend que « les relations d’ordre audiovisuel que l’homme noue avec le monde sont plus proches des mondes audiovisuels non électriques du Moyen Age (ce que fut le monde “oculo-oral” : un audiovisuel sans électricité) » (p. 228). On pourra sans doute en inférer que la diligence, c’est le chemin de fer moins la locomotive, la marine moderne, la marine à voile plus le moteur ou l’ampoule à filament, la lampe à huile plus l’électricité. On se demande comment un éditeur sérieux a osé publier un tel texte.
L’article de Marc Guillaume (« Une société commutative ») ne le rachète pas, pas plus que celui de Zaki Laïdi (« La société française entre l’Europe et la mondialisation »). Pour le premier, qui prétend lire l’histoire de la modernité à travers l’affrontement de deux modèles (la contagion et l’irradiation) qu’il hybride en modèle commutatif pour caractériser la société qui s’annonce, l’autocommutateur téléphonique est le nouveau modèle de la société française. Celle-ci sera d’ailleurs « hyperurbaine » et il faudra aider les pauvres à commuter. Le second, de part en part contradictoire, qui fait fond aussi sur cette fameuse « crise du sens », ici appliquée à l’Europe, qui nous donne la nausée, se réduit en incantations générales. Toutes ses hypothèses ne sont pas absurdes, mais comme on dit aux étudiants : « des lectures non assimilées » (en l’occurrence, Rawls et Taylor). Quant au texte de Touraine (« Pour une recomposition du monde », diable !), il comporte tout et le contraire de tout. On y apprend l’avènement d’un « nouvel ensemble historique » défini par de « nouveaux modèles de connaissance, d’investissement et de moralité », caractérisés par « le remplacement du citoyen ou du travailleur par le Sujet et donc de l’intégration sociale par le bonheur personnel, but ultime de la gestion politique » (p. 367). On y apprend aussi que « les mouvements [sociaux] d’aujourd’hui ne sont plus politiques mais éthiques » (p. 368) que la gauche et la droite achèvent de se décomposer (p. 370) et que l’objectif fixé par le progrès « défini par l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre […] est désormais hors d’atteinte » (p. 357). Textes aussi de Robert Rochefort, de Jean Leca, de Paul Rivier et des deux directeurs de l’ouvrage.


François BOESPFLUG, Françoise DUNAND et Jean-Paul WILLAIME, Pour une mémoire des religions, La Découverte, 1996, 204 pages

Analyser le retour du fait religieux relève aujourd’hui de l’exercice de style : l’apparition de nouvelles religiosités, la redécouverte des traditions religieuses, l’essor des fondamentalisme signifient suffisamment que la sécularisation n’est pas synonyme de la mort du religieux.
Les réflexions sur un nouvel âge de la laïcité et les prétentions des Églises à retrouver un rôle plus actif dans l’espace public ont suscité de nouveaux débats sur l’enseignement religions. La laïcité française, issue d’un combat contre une Église longtemps hostile aux principes démocratiques, n’a eu que trop tendance à ignorer le fait religieux. L’inculture en matière religieuse atteint aujourd’hui des proportions inquiétantes dommageables tant à la connaissance du patrimoine culturel et artistique et des évolutions historiques qu’à la tolérance. Cet ouvrage de professeurs d’histoire des religions et de sociologie religieuse dépassionne le débat. Prônant une approche interdisciplinaire et déconfessionnalisée du fait religieux, les acteurs refusent d’enfermer l’enseignement des religions dans une nouvelle discipline dont la charge serait confiée aux Églises. Au contraire, l’enseignement des religions doit être celui non seulement des « religions vivantes » que des religions du passé dans le cadre des disciplines historiques, philosophiques et littéraires.
Le projet participe d’une nouvelle approche de la laïcité, celle d’une « laïcité ouverte » refusant tout dogmatisme antireligieux et la construction d’un espace public pluraliste.