Philosophie et lettres (7)

Philosophie et lettres

Georges LIÉBERT, Nietzsche et la musique, P.U.F., 1995, 264 pages

Nietzsche fut musicien avant d’être philosophe et, comme le dit G. Liébert, « philosophe parce que musicien ». En tout cas, il fut le plus musicien des philosophes, celui dont la musique marqua le plus profondément la vie et la philosophie. Avec une érudition éblouissante et une rigueur exemplaire servies par un style aéré, G. Liébert entreprend de pister l’accompagnement musical de la philosophie — et de la rhétorique — nietzschéennes. Comme il le dit finement : « Si, à proprement parler, jamais Nietzsche ne pense la musique […], c’est à partir d’elle qu’il pense » (p. 11). Un point d’entrée figure peut-être dans cette phrase de 1887 : « Par rapport à la musique, toute communication par des mots est éhontée. Le mot amoindrit et abêtit : le mot dépersonnalise, le mot rend commun ce qui est rare ». Perspective de fuite et désespoir dans le monde et, en même temps, appropriation et amour du monde par la musique. Analysant de manière neuve les relations entre Nietzsche et Wagner — de haine, de peur, d’amour, d’éblouissement —, G. Liébert montre aussi, à travers une fine chronologie des rapports entre l’auteur de La Naissance de la tragédie et la musique, cette tension entre une passion sans frein pour la musique et un effroi implacable — on lira notamment le très beau chapitre Cave musicam ! Lorsque, dans sa folie finale, les mots le quittèrent, Nietzsche n’eut pour compagne que la seule musique — « comme si Dionysos survivait un moment au crépuscule d’Apollon » (p. 263).


Maurice MERLEAU-PONTY, La nature, Le Seuil, 1995, 381 pages

Il s’agit là des notes retranscrites des cours que M. Merleau-Ponty donna au Collège de France de 1956 à 1960. Ce document passionnant, révélant un don pédagogique remarquable, qui restitue une parole et une pensée en train de se faire, explore le concept de nature dans son histoire et ses multiples énigmes, référence partout présente et, en même temps indescriptible, réductible ni au végétal, ni à l’histoire. Exceptionnelle exploration du « non-construit ». D’Aristote à Bergson et à la phénoménologie, de la physique à l’esthétique, du temps au sujet, un effort de pensée pure. La précision et la décomposition de l’analyse, l’honnêteté fondamentale dans son effort pour comprendre le monde, font de l’ouvrage une vraie leçon de philosophie.