Le livre oublié

Le livre oublié

Par Jean-Pierre Viola

À propos de Jacques Delors, L’unité d’un homme, entretiens avec Dominique Wolton, Ed. Odile Jacob, 398 pages.

Contre toute attente, Jacques Delors a décidé de ne pas être l’un des protagonistes des élections présidentielles. Du moins pas directement. Mais, par le vide qu’a causé sa décision à gauche, il en est, par défaut, l’un des acteurs essentiels. Pour justifier sa non-candidature, il a notamment évoqué le faible intérêt de ses amis politiques supposés pour son livre d’entretiens avec Dominique Wolton.

De ce livre-testament, peut-être provisoire, on retiendra, réflexion prémonitoire ou annonce, qu’à la question posée par Dominique Wolton : « Quelle est la valeur la plus importante pour un homme politique de gauche ? » Jacques Delors répondit : « La fidélité à soi-même, au risque même de perdre le pouvoir ou de refuser d’y prétendre » (p. 381). Jacques Delors, fidèle en cela à Pierre Mendès France, ne prise guère le tropisme mitterrandien du pouvoir à perpétuité. Après une attente inutile, il a signifié à ceux qui l’ont un instant encensé, au point de prôner, pour qu’il n’y ait pas de gêne mutuelle, un découplage entre le programme du candidat Delors et celui de son principal soutien, qu’il ne serait pas le sauveur de la gauche aux présidentielles en vue des municipales. Depuis, Jacques Delors a repris du service politique en devenant président du comité de soutien à la candidature de Lionel Jospin. L’estime que lui porte une grande partie de l’électorat n’est bien sûr pas étrangère à cette nouvelle fonction.

L’histoire d’une permanence

L’unité d’un homme se présente surtout comme un ouvrage à caractère historique, retraçant plusieurs pages décisives de l’histoire de la France contemporaine : c’est tout d’abord le conseiller chargé des affaires sociales auprès de Jacques Chaban-Delmas, avant que l’aile conservatrice du gaullisme — dont sont issus MM. Chirac et Balladur —, n’obtienne sa destitution, négociant avec le patronat et les syndicats les « compromis dynamiques » de la « nouvelle société » qui donnèrent un débouché concret aux revendications de mai 1968 ; c’est ensuite, après l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1981, le ministre de l’économie et des finances soucieux du possible qui, avec Pierre Mauroy, convainquit in extremis le Président de la République de la nécessité de la rigueur en 1983 ; c’est enfin le président de la Commission européenne pendant dix ans, qui relança, après le règlement de la question de la contribution britannique au budget européen par François Mitterrand à Fontainebleau, le projet européen en rupture avec l’euroscepticisme ambiant, en imprimant sa marque, parfois à son corps défendant, sur le marché unique de 1992 et l’Union européenne de Maastricht. Jacques Delors est un bâtisseur : le dialogue prend le pas sur l’invective dans le monde du travail, l’inflation cesse d’être un mode de résolution des conflits de répartition entre le patronat et les salariés, la clôture nationale s’ouvre à une Europe-espace économique et, demain, territoire politique. Le point de cohérence de ces différents rôles historiques est la quête du progrès collectif et individuel, de la conciliation de l’utopie et du possible et d’un comportement de grand commis de l’État non prisonnier de dogmes idéologiques a priori.

Ce qui frappe à la lecture, c’est la revendication de la permanence de son propos politique. Il ne prétend pas énoncer des idées radicalement nouvelles par rapport à celles qu’il met en avant, avec un écho variable, depuis une trentaine d’années. En avant-propos, il invite d’ailleurs le lecteur à voir que « certaines des innovations [qu’il a] proposées sont toujours d’une brûlante actualité et, pour certaines, porteuses d’avenir ». Quelles en sont les principes fondateurs ? C’est tout d’abord une certaine idée du social comme espace de négociation entre patronat et syndicat et expression d’une solidarité globale de la société. C’est en deuxième lieu l’idée d’une réalisation de la France par l’Europe qui lui permettra de maîtriser le processus de mondialisation. C’est enfin — et là est peut-être le plus important — l’idée d’un progrès de l’individu sur lui-même par l’éducation et par la vie en société. Ce credo est inspiré par une philosophie concrète de l’existence en commun : « Si l’on devait résumer en une formule l’orientation vers laquelle on devrait aller, c’est “à chacun selon ses besoins essentiels”, qu’il s’agisse de l’éducation, de la santé, du droit à un travail, d’un revenu décent pour vivre. Mais aussi “à chacun selon ses mérites” dans l’effort qu’il accomplit pour contribuer au progrès de la société et de la solidarité vis-à-vis des autres » (p. 380). Dans l’ordre du concret, on notera les propositions relatives à la mise en place d’un droit à l’éducation permanente, à la création d’une « banque du temps » qui permettrait à chacun de bénéficier de deux années de congé de formation au cours de sa vie active, à la conduite d’une politique des revenus permettant de favoriser l’emploi grâce à la modération salariale, ainsi qu’à la création d’un troisième secteur économique, partiellement socialisé, « n’obéissant ni totalement à la logique du marché, ni totalement à la logique des administrations », qui permettrait de créer des emplois de proximité répondant à des besoins utiles mais non satisfaits.

On devine que c’est cette constance revendiquée qui, en jouant un rôle de point fixe dans un paysage politique surtout animé par des joutes personnelles, a séduit une partie de l’opinion. Jacques Delors ne prétend pas être autre que ce qu’il a été. Il n’indique pas qu’il pourrait être autre que ce qu’il est. L’unité d’un homme, c’est avant tout sa continuité. Mais il risque de prêter le flanc à la critique d’une pensée figée, tournée vers le passé, vers une époque plus lisible, plus facile aussi où c’était le surplus qu’il fallait redistribuer.

Une identité décalée ?

Le livre contient peu de révélations sur sa conception de la vie politique. Sur son identité politique personnelle, Jacques Delors s’affirme social-démocrate, tout en notant que cette définition lui sied mal en raison des caractéristiques de la vie politique et sociale en France — inexistence d’un « double compromis entre l’État et le marché, d’une part, entre le patronat et les syndicats, d’autre part » (p. 360), à laquelle on aurait pu rajouter l’extrême faiblesse numérique des syndicats et l’absence de lien parti-syndicat. La notion a longtemps été utilisée comme un repoussoir au sein du parti socialiste par ceux qui voulaient ou prétendaient vouloir rompre avec le communisme. S’il se considère comme « un chrétien qui ne porte pas son catholicisme en bandoulière, qui s’est affiché social-démocrate […] pour se positionner au sein d’un combat d’idées, au sein de la gauche, […] la crise morale de la démocratie invite à penser qu’un courant social démocrate-chrétien peut retrouver demain, notamment en France, une large audience » (p. 360), en favorisant la naissance d’une « pensée régénératrice » qui pourrait inclure, mais « non pas afficher une dimension morale » (p. 361). Est-ce le signe d’une ouverture au centre-droit ? On voit mal, pourtant, l’actuel C.D.S. devenir le rôle de référence de la pensée politique, ni d’ailleurs, sur un terrain plus pratique, comment l’appui donné par ce dernier à une tentative de gouvernement de centre-gauche, pourrait être compatible avec notre système majoritaire qui implique la bipolarisation. Hors circonstances exceptionnelles, une rencontre des hommes de bonne volonté transcendant le clivage gauche-droite peut-elle être quelque chose de plus grand que la poursuite par d’autres moyens de l’obsession de tout notable : durer ? Les parcours individuels de la plupart des ministres dits d’ouverture de 1988 en témoignent éloquemment. Gestionnaires autoproclamés et immuables, ils se situent politiquement là où le leur dicte un souci bien compris de conservation électorale et leur viabilité politique dépend souvent de l’absence de menace sérieuse venant de la droite. La question des alliances politiques peut-elle même être définie par référence à des affinités spirituelles qui se trouvent demeurer étrangères à la culture majoritaire de la gauche ?

Il est vain bien sûr de supputer rétrospectivement les chances de Jacques Delors candidat. Elles étaient indéniablement fortes. Moins évidente aurait été la transformation d’un succès aux présidentielles en un succès aux législatives, d’où le syndrome du « roi fainéant » cohabitant avec une majorité parlementaire de sens opposé ou s’épuisant à rechercher des « majorités d’idées » au-delà des socialistes et ne rencontrant qu’un soutien hésitant du centre-droit. Mais c’est peut-être surtout cette « étrangeté mutuelle » entre les socialistes et Jacques Delors qui aurait rendu difficile un discours à l’unisson, peut-être moins d’ailleurs par différence de contenu programmatique que par des dissonances dans les intonations, les références et les justifications avancées à telle ou telle proposition. Au-delà de l’élection présidentielle, le refus de Jacques Delors de se porter candidat à la présidence de la République a peut-être rendu service à la gauche en la contraignant à procéder à un aggiornamento accéléré. Avant sa déclaration de non-candidature, Jacques Delors estimait qu’« en jouant un peu les rabat-joie, [il avait] peut-être contribué à la progression intellectuelle et politique de la gauche, dans la voie du réalisme » (p. 388). Son abstention a obligé la gauche à se remettre en mouvement pour inventer son avenir après F. Mitterrand.

Pourtant, manifestement, L’unité d’un homme constituait le premier acte d’un démarrage de candidature. Une seconde publication aurait fourni la matière d’un projet pour l’avenir qui ne soit pas uniquement le prolongement de propositions avancées dans un passé déjà lointain. À l’heure médiatique, le jeu politique impose de l’innovation, même apparente. Mais l’identité politique de Jacques Delors lui aurait-elle permis d’aller dans cette voie ? S’il affirme que son unité — clairement à gauche — réside dans « la contestation permanente de l’ordre établi » (p. 388) qui « incite à relancer constamment la réflexion et l’action », manque singulièrement une réflexion sur l’essence et la conflictualité du pouvoir. Les positions qu’exprime Jacques Delors n’ont jamais aucune ambiguïté ; elles sont parfaitement claires, limpides, avancées avec la certitude de pouvoir convaincre. C’est peut-être pour cela aussi qu’il affirme ne pas avoir de conseiller en communication : dire les choses n’a pas besoin d’apprêt. Or peut-on s’engager dans ce qu’on appelle précisément le combat politique sans une stratégie un peu « machiavélienne » et une certaine envie avouée de domination ? À moins d’avoir un temps d’avance dans le combat, en jouant un rôle de pionnier. Mais un pionnier finit toujours pas être rattrapé par la difficulté.

L’Europe à cœur

S’il est attaché au dialogue entre les forces sociales, Jacques Delors récuse l’idée d’« “État modeste”, car, dans la crise actuelle de la société française, il faut un État fort » (p. 102). Cette conception solidariste se prolonge au niveau européen par un combat pour l’Europe sociale, inspiré par l’idée de défendre « le modèle européen de société », fondé sur « l’importance du marché comme élément d’orientation et de sanction des activités économiques », « le rôle de l’État […] pour fixer les grandes orientations du développement et corriger les effets négatifs du marché », « la négociation sociale » et « un système de sécurité sociale […] qui garantit à chaque citoyen des droits minima lorsqu’il est en difficulté, ou bien lorsqu’il a bien mérité de se reposer » (p. 244). C’est ce qu’ailleurs il définit comme « un modèle de société ouvert, équilibré, tempéré », qui est un facteur explicatif important de la « demande d’Europe ». Son combat pour l’Europe se confond avec celui pour la social-démocratie : « Si je n’avais pu faire avancer ce modèle de société, je ne serais pas resté dix ans à Bruxelles. […] Il y a un lien pour moi entre ma conception historique de l’Europe et le modèle social-démocrate ».

Jacques Delors n’est pas partisan du dépérissement de l’État-nation et d’une intégration des nations dans l’Europe qui les conduirait à disparaître en tant qu’entités singulières. Il prend au contraire un soin particulier à marquer son attachement à la nation, puisque « il faut redonner un sens à la vie collective et mettre l’accent sur notre sentiment d’appartenance à la nation » (p. 382). Il ne fait pas « l’apologie de l’effacement de la nation » (p. 382), mais entend donner au citoyen des points de référence : « la nation, qui reste une grande famille, la construction de l’Europe, qui est une formidable aventure collective et, si possible, des possibilités accrues de participation à la vie politique, économique et sociale » (p. 385). Parce qu’elle « plonge ses racines dans un passé commun et, je le crois aussi, dans un avenir commun » (p. 285), la nation n’appartient pas seulement au registre des sentiments et d’un passé nostalgique.

Concrètement, Jacques Delors affirme son adhésion à l’idée que les États nationaux doivent conserver de larges domaines de compétences indépendants de ceux des institutions européennes. Il y inclut même une partie de la législation économique et la plus grande partie de la législation sociale. Du temps s’est écoulé depuis l’affirmation flamboyante, lancée en 1988 depuis la tribune du Congrès des syndicats britanniques, selon laquelle, 80% de la législation économique, fiscale et peut-être même sociale appliquée en Europe serait décidée à Bruxelles dans un délai d’une dizaine d’années. L’évolution qu’il envisage conduit toutefois à transférer à l’Europe de larges pans de souveraineté aujourd’hui du seul domaine des États. Il n’affirme faire sien aucun schéma institutionnel prédéfini, ni le fédéralisme, ni la stricte coopération intergouvernementale. Sa conception de l’équilibre institutionnel entre l’Europe et ses nations est celle d’une souveraineté partagée : « La construction européenne a besoin des nations. J’ai toujours été pour une fédération des nations. Simplement, dans mon esprit, nos nations, en toute souveraineté, considèrent que, pour être plus efficaces, elles doivent exercer en commun une partie — et une partie seulement — de cette souveraineté ». Ainsi, lorsqu’il critique, dans L’unité d’un homme, l’absence de pouvoir d’initiative de la Commission européenne pour les deux autres piliers de l’Union européenne que constituent la sécurité et la justice, d’une part, la diplomatie et la défense, de l’autre, le fait-il uniquement au nom de considérations d’efficacité : historiquement, c’est seulement lorsqu’une volonté extérieure aux États a contraint ces derniers à accorder leurs positions que l’Europe a pu avancer.

L’Europe des incertitudes

Comme nous y invite Jacques Delors lui-même, il est utile de se remémorer que l’Acte unique n’a été accepté par les gouvernements européens qu’après que ceux-ci aient récusé les autres options de relance de la Communauté présentées par Jacques Delors concernant la défense, la monnaie et la réforme institutionnelle et en sous-estimant notablement les difficultés suscitées par la suppression des frontières aux échanges, aux hommes et aux capitaux. De fait, on constate dix ans plus tard que des conceptions très antagonistes s’affrontent quant au degré souhaitable de mise en commun des souverainetés nationales, que la monnaie unique demeure incertaine, que la question des institutions sera repensée l’an prochain et que la politique étrangère et de sécurité commune n’a pas de réalité concrète, comme l’ont montré à loisir les incohérences européennes à propos de l’ex-Yougoslavie.

D’autres difficultés de l’Europe sont tues ou à peine esquissées. Il en va ainsi de la réticence allemande à aller vers la monnaie unique et du déphasage grandissant entre la conjoncture économique et le schéma gradualiste conçu par Jacques Delors et les gouverneurs des banques centrales pour en organiser l’avènement. S’il est bien identifié, le problème de l’absence d’interlocuteur politique à la future banque centrale européenne dotée d’un statut de quasi-indépendance n’appelle pas de préconisations claires. Quand Jacques Delors pointe « le manque d’ambition et la nostalgie du passé » (p. 307) comme le plus grand danger pour l’Europe, il souligne un conflit latent à l’intérieur même des pro-Européens entre ceux qui veulent que l’Europe joue un rôle politique à la hauteur de sa puissance économique et ceux qui ne lui prêtent pas d’autre but que d’assurer la prospérité économique. Par défaut, il met aussi en évidence le fait que l’Europe, si elle ne contribue pas à restaurer au niveau collectif des moyens d’action diminués sur le plan national, peut être invoquée pour renoncer à utiliser ceux qui y subsistent ou annihiler leur emploi.

Enfin, si les risques que comporte l’élargissement de l’Union pour l’efficacité de ses mécanismes de décision sont évoqués, Jacques Delors n’entre pas dans les modalités qui permettraient de les surmonter. Peut-être parce que ces modalités comporteraient une extension de la règle de la majorité et une Commission où les petits pays ne seraient pas en permanence représentés. Lorsqu’il estime, dans Le Débat, qu’approfondissement et élargissement sont incompatibles dans le même cadre institutionnel, il n’évoque pas les moyens d’organiser une Europe à plusieurs vitesses qui soit mutuellement supportable. Les rugosités, les conflits de puissance et d’intérêts entre les États, sont gommés. En particulier, Jacques Delors, peut-être parce qu’il était encore en fonction à cette époque, n’évoque pas une question centrale : le caractère potentiellement minoritaire de la France en Europe sur des questions ressenties par l’opinion publique comme décisives qu’il s’agisse du niveau des exportations agricoles, de l’avenir des industries culturelles ou celui des services publics.

Un autre sujet n’est qu’esquissé : les raisons de la défiance des citoyens européens par rapport au projet européen. Il est un peu court, même si c’est vrai, d’imputer le refus du traité de Maastricht par près de la moitié du corps électoral à un déficit de communication par les hommes politiques nationaux sur les avancées de l’Europe, dès l’Acte unique, ou à une conjoncture économique défavorable. Le « non » danois à Maastricht et le « non » norvégien à l’adhésion, venant de la part de pays modestes, ouverts et attachés à jouer un rôle international positif auraient mérité quelque introspection. Comment ne pas voir que cette Europe est apparue menaçante pour certains traits saillants des identités nationales ? Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, la logique du grand marché européen, c’est bien de rapprocher les différentes sociétés nationales entre elles, par la suppression des facteurs juridiques qui les rendent distinctes. Comment ne pas comprendre que l’Europe a paru devoir conduire pour de nombreux citoyens à une perte d’identification et de responsabilité des politiques et que, ainsi, elle a paru signifier une gigantesque impuissance devant des évolutions qui paraissaient non maîtrisées ?

La tension entre l’Europe-espace et l’Europe-puissance, c’est-à-dire le libre-échangisme pur et le libre-échangisme corrigé et complété par des politiques communes, est en train de changer le contenu du débat européen en prenant le pas sur le clivage Europe/nation. Si Jacques Delors dit essaye de « faire en sorte que l’aventure européenne ne se résume pas à l’élaboration d’un gigantesque supermarché où le consommateur trouve de plus en plus de produits de moins en moins chers, ce qui est un des résultats positif du marché intérieur » (p. 305), la résolution de cette tension est très incertaine. L’Europe peut retrouver, par un effort accepté d’organisation interne, une position éminente sur la scène mondiale, en assumant pour elle-même son destin, ou avoir pour seule ambition de demeure la bulle d’une vie somme toute prospère et heureuse, en maintenant à distance, si besoin est, les pays de l’Est candidats à l’adhésion. Si l’« on ne fait pas l’histoire avec le plus beau supermarché du monde » (p. 305), il faut que quelqu’un porte un tel projet. Or « il n’y a que la France qui puisse proposer. À preuve le document émané de la C.D.U.-C.S.U. allemande : il s’agit d’une lettre recommandée à la France. Et nous n’avons pas trois ou quatre ans pour répondre : nous avons quelques mois. Qui parlera clair et fort avant l’élection présidentielle ? Qui prendra des risques ? ». Personne, en effet.