Un divorce franco-allemand ?

Un divorce franco-allemand ?

Le Banquet

Entre l’Allemagne et la France, les sujets de friction semblent se multiplier depuis l’unification, qu’il s’agisse de l’élargissement de l’Europe à l’Est, du G.A.T.T. ou de la politique monétaire. La diffusion par le parti du Chancelier H. Kohl d’un document appelant de ses vœux la constitution d’un noyau dur européen à partir du couple franco-allemand a ouvert le débat de la réforme des institutions européennes. Mais, outre le fait qu’il est récusé par les autres Etats, peu désireux de voyager en seconde classe dans le train européen et qu’il suscite en France la crainte d’un tête-à-tête déséquilibré avec l’Allemagne, ce document soulève, sans y prêter attention, l’interrogation de fond qui commande tout l’avenir de la construction européenne : le schéma fédéral qu’il esquisse est-il réaliste au regard des différences institutionnelles qui séparent nos deux pays ?
L’article de Klaus Reeh tend à montrer que, dans le construit politique qu’est l’Europe, le heurt, de plus en plus violent à mesure même que l’intégration avance, entre notre deux cultures politiques compromet l’avènement d’une Europe politique accessible aux citoyens. Mais, en projetant sur l’Europe une vision inspirée d’une expérience politique, le fédéralisme, qui a effectivement connu certains succès, il donne la preuve que chacun voit spontanément l’Europe en fonction du schéma institutionnel de son pays. Si, comme il le pense, la seule Europe démocratique possible est nécessairement une Europe fédérale, elle présuppose des institutions communes beaucoup plus proches de celles de l’Allemagne que de celles de la France mais peut-être aussi une conception du rôle de la politique moins éloignée de la nôtre que de celle de nos voisins.