Fin de Banquet (3)

Fin de Banquet

Voici une série d’écorchés, c’est-à-dire de sujets qui offrent un aspect extérieur que la curiosité de l’honnête homme exige de dépasser. Chacun dans son genre appelle le scalpel : L’Evénement du Jeudi est trop furieux pour être vraiment indigné, la publicité est trop bête pour être innocente, Jacques Delors est trop lisse pour être sans ambition et les chambres de commerce trop inefficaces pour exister toujours sans vocation. Quant à l’Italie, semper eadem, pourra-t-elle vraiment changer ?
L’Evénement du Jeudi offre pour l’amateur d’amusantes perversions que masque la polémique ronronnante et anecdotique de ses pages de couverture. Marin de Viry a tenté d’être le Laclos de la relation coquine et dévoyée entre l’hebdomadaire et ses lecteurs. Nicolas Tenzer répond à de subtils spécialistes de la promotion des ventes qui l’ont pris pour cible d’une méthode d’assimilation rapide des chefs-d’œuvre de la littérature classique, à base de fiches illustrées et de jugements express. C’est l’occasion d’un dialogue charpenté entre le savoir-investissement — de même que les emprunts russes en étaient — et la culture classique. André-Luc Molinier a réussi, dans un renversement de perspective héroïque à la Lewis Caroll, à trouver quelque chose de consistant dans les rapports de Jacques Delors au delorisme (dolorisme ?). Fallait-il que l’exploration fût profonde et la direction précise… En revanche, il a fallu à Pascal Monmont balayer une épaisse couche de poussière et écarter dirigeants autoproclamés et statuts dignes d’une association de chevaliers de Tastevin, pour que se révèlent des institutions — les chambres de commerce — qui pourraient être utiles si on y laissait s’exprimer les compétences qu’elles détiennent.
L’Italie ouvre cette fin de Banquet : c’est justice, puisqu’elle a inventé la perspective, qui appelle à d’autres œuvres et l’assomption des querelles dans la beauté, choses si étrangère à la France. Fin de Banquet espère ainsi répondre à son rôle, qui est de disperser la communauté des lecteurs au terme de ce long numéro, de préférence en appétit pour le suivant.