Miettes critiques (3)

Miettes critiques

Dans le numéro 2 du Banquet, nous avions fait part de notre volonté de procéder à des critiques plus libres et délibérément politiques d’ouvrages qui nous paraissaient significatifs. Nous avons continué cette entreprise dans le numéro 3. Il reste que la masse d’ouvrages importants, soit en eux-mêmes, soit par ce qu’ils signifiaient, nous empêchait de les analyser aussi complètement que nous l’aurions souhaité. Dès lors, il était indispensable d’opérer un tri déchirant. C’est pour pallier notre insatisfaction et celle de nos lecteurs que nous avons résolu d’introduire ces miettes critiques.
Différentes des notules des revues savantes ou de la reprise textuelle des « prière d’insérer » des éditeurs, ces miettes tendent à donner un éclairage que nous souhaitons à la fois introductif, synthétique et rigoureux. Ni résumés, ni analyses, elles expriment des points de vue et sont des invitations à une lecture critique.
Evidemment, le parti-pris n’en est pas absent et le pire serait de ne pas le reconnaître. Parti-pris politique d’abord qui peut choquer et que nous revendiquons : politique non point tant au sens partisan que dans la mesure où il nous paraît possible de parler d’une politique de la pensée, c’est-à-dire de défense de la pensée contre tout ce qui l’abolit et tue le regard critique. Cette défense de la pensée vaut aussi bien pour les ouvrages de philosophie que d’analyse historique, sociologique ou politique, car la défense de la sphère politique et celle d’une zone de liberté des consciences sont inséparables. Parti-pris de la liberté ensuite. Faut-il redire ici que nous ne cherchons ni à louer, ni à défendre, ni à flatter. C’est l’honnêteté d’un texte qui guidera nos interprétations et notre jugement. Ni complaisance, ni retenue donc dans l’expression de ce que nous pensons des ouvrages, ce qui, nous l’espérons, donnera d’autant plus de poids aux éloges qu’il nous semblera légitime de discerner. Parti-pris aussi du « faire lire » : la critique est un point d’entrée dans une œuvre mais ne saurait dispenser de sa lecture. Il nous semble qu’une critique qui permet de se dispenser de lire l’ouvrage est une mauvaise critique. Il nous est ainsi agréable de souligner, lorsque cela paraît justifié, le courage de certaines maisons d’éditions qui se lancent dans la publication d’œuvres difficiles. Défendre la liberté de jugement, c’est aussi inviter le lecteur à acheter le livre car sans un minimum de prospérité économique des maisons d’éditions, en particulier des plus petites d’entre elles, la politique de la pensée est un vain mot.