Le Banquet a un an

Le Banquet a un an

Avec ce numéro, Le Banquet entre dans sa deuxième année. L’accueil réservé aux deux premiers numéros nous a conduit à poursuivre l’aventure et à l’inscrire dans la durée même si la rédaction — composée entièrement de bénévoles — ne cache pas ce que chaque numéro représente de labeur et parfois d’inquiétude… Revue du Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique (C.E.R.A.P.), Le Banquet reflète à la fois le point de vue des membres du C.E.R.A.P. après qu’il a été soumis à débat interne et celui d’intervenants extérieurs. Cette singularité fait du Banquet une revue différente de ses aînées : Le Débat, Commentaire et Esprit notamment. Pour continuer notre action, nous lançons un appel pressant à nos lecteurs pour qu’ils s’abonnent ou pour qu’ils fassent abonner leurs proches et connaissances et, à ceux qui en ont la possibilité, pour qu’ils nous soutiennent par des annonces publicitaires ou des subventions. Car la réalité est là : Le Banquet n’équilibre pas encore ses comptes et si son existence ne sera pas mise en cause avant plusieurs années, dans la mesure où le C.E.R.A.P. peut encore le supporter financièrement, il est souhaitable de parvenir à l’autofinancer à partir des abonnements — les ventes en librairie ne rapportant à peu près rien à la revue elle-même. C’est aussi à partir de ce moment-là qu’il nous sera possible d’envisager les étapes ultérieures du développement du Banquet : engagement d’un secrétaire de rédaction, augmentation de la périodicité — pour satisfaire davantage notre lectorat, il faudrait que de semestriel Le Banquet devienne trimestriel —, étude d’un supplément livres spécifique, etc.
Le numéro 3 est, à maints égards, exemplaire de la démarche du C.E.R.A.P. en tant qu’il allie la réflexion de nature « philosophique » — du moins que nous entendons telle — et le souci programmatique concret, ici centré sur la politique sociale.
La première partie de cette livraison traite de la question sociale au sens large, question centrale entre toutes — car elle englobe tout le reste — et sur laquelle nous avons voulu donner plusieurs éclairages. Non seulement, pour nous, les risques de déchirement du lien social sont les plus graves qu’on puisse envisager, mais — comme cela a été dit dans le numéro 2 du Banquet — le renouveau d’une capacité de décider en politique, qui passe par le renforcement de l’espace public, suppose qu’on parte désormais davantage de la société et des citoyens qui la composent que d’une instance collective et, en particulier, de l’Etat. C’est pour cette raison que la prévisibilité la plus grande possible du devenir de chaque citoyen, sa sécurité personnelle devant les incertitudes et les adversités du sort, sa confiance dans le futur sont les seuls gages de survie de la politique — et, partant, de la société tout court que, seule, une réelle citoyenneté permet de maintenir dans la durée.
La deuxième partie de ce numéro part du constat, aujourd’hui trop peu partagé — mais qui nous semble le seul possible —, que la philosophie ne consiste pas à révéler un devoir-être ni ne s’inscrit dans le cadre de fondements posés de toute éternité, et ne peut désormais recourir à des garanties d’ordre théorique : la raison n’est pas pourvoyeuse de fins, l’universel ne peut être invoqué à l’appui d’une quelconque morale. La philosophie en tant que telle sera toujours impuissante à combattre le mal ; la vérité est une notion contingente et mouvante et est, en tout cas, d’utilisation impropre dans le domaine politique : l’ordre social et même l’ordre humain n’échappent pas à la convention — le droit et le langage en sont les deux exemples les plus frappants. Cela ne signifie pas pour autant la disparition de toute ambition philosophique ni même, nécessairement, de toute métaphysique pourvu que celle-ci soit débarrassée de la prétention d’accéder à la vérité.
C’est dans ce mouvement historiquement et conceptuellement nouveau que nous nous situons. Nous n’en avons pas encore mesuré toutes les conséquences et devrons certainement y revenir dans des numéros ultérieurs. Pour nous, en tant que club politique dont la renommée vient de ce que nous avons été parmi les premiers à lancer un cri d’alarme contre la dépolitisation des débats, la question est de savoir si, dans un univers politique sans fondations, quelque chose comme un discours politique, une pensée politique voire une philosophie politique sont encore possibles. Notre réponse est sans conteste : « oui ». Encore faut-il définir clairement ce qu’est cette philosophie, son domaine et sa possible ambition.
Nous clôturons de manière désormais traditionnelle avec une « fin de banquet » caustique et irrévérencieuse : cette liberté de ton à l’égard de tous est une des caractéristiques de notre association. Nous la pensons sinon rare du moins indispensable à l’esprit et à la démocratie. Une place a été accordée également à la critique d’ouvrages. Beaucoup se dit et s’écrit — en France et ailleurs —, mais ce qui s’en dit et s’en écrit ne correspond pas toujours au plus juste et au plus important.

Le Banquet