Les frontières discrètes

LES FRONTIERES DISCRETES

Le Banquet

Les critères traditionnels sur lesquels se sont érigées les frontières se transforment ou font place à d’autres. La puissance ne marque plus ses limites par des bornes en bois mais par l’investissement des territoires économiques, intellectuels ou culturels. Cette transfiguration de la puissance, qui ne se matérialise plus dans un territoire, a pour conséquence que tout ce qui faisait les attributs d’une nation se trouve pour ainsi dire orphelin d’un espace. La politique étrangère était française, deviendra-t-elle inter-régionale ? Le cadre de vie était français : l’écologie est mondiale. L’Etat est-il français quand il se comporte (à hauteur tout de même de 5% du budget) comme un percepteur supranational ?
D’autres critères de constitution d’espaces non territoriaux (et plus forts que ceux qui constituent les nations) apparaissent, qui sont beaucoup plus discriminants : entre les peuples sans histoire et ceux qui sont enracinés, une frontière passe. La représentation occidentale du monde, qui se croyait sans frontières, s’est retrouvée occidentale par l’effet des allergies qu’elle a déchaînées : exemple de rétractation des idées qui marque aussi de nouveaux clivages. Nous verrons dans peu de temps des chercheurs nous expliquer que le marxisme n’aurait jamais dû dépasser les faubourgs de Londres après avoir embrassé le monde et l’histoire. Les frontières ne sont pas les mêmes pour tous : entre un ayatollah qui situe les droits de l’homme dans l’Occident pourri et qui n’en veut pas et un occidental qui voudrait voir la démocratie partout, le dialogue a lieu entre un exclusif fanatique et un consensuel naïf, c’est mal parti.
Ces critères créateurs de nouveaux clivages sont analysés par Jean-Michel Debrat et Nicolas Tenzer sous l’angle de l’immigration, puis pas François Ivernel et Jérôme Schmidgen sur celui de l’environnement. Dans cette création de nouveaux territoires, l’Europe a évidemment sa place. Mais elle ne sera un territoire que si le discours politique s’inverse, que ne sont plus confondus les moyens et les fins, les contraintes et les objectifs. Des pistes d’avancées ponctuelles sont décrites par Rodolphe Delacroix et Nicolas Tenzer tandis que Philippe Latorre parle d’un autre territoire : l’Espagne où s’exacerbent en même temps tous les futurs possibles d’une Europe transnationale. Vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà ?