La Corée du Sud, entre dynamisme et péril

La Corée du Sud, entre dynamisme et péril

Nicolas Tenzer

Ce numéro spécial sur la Corée du Sud, qui comprend des entretiens avec des personnalités de tous les horizons, est issu de multiples rencontres effectuées spécialement lors d’un déplacement à Séoul. Après le numéro sur le Japon et les deux consacrés aux think tanks aux États-Unis, il poursuit notre enquête sur des pays trop souvent connus à partir d’un prisme extérieur. Il vise à donner à entendre des grandes voix d’ailleurs capables de jeter un regard à la fois impliqué et distancié sur leurs propres pays. Il donnera, je l’espère, une autre image de ce pays trop souvent réduit à des stéréotypes faciles.

La réalisation de ce numéro n’aurait pas été possible sans l’appui chaleureux de mes amis Jérôme Pasquier, ambassadeur de France en Corée du Sud, et Étienne Rolland-Piègue, premier conseiller, que je remercie très vivement pour la qualité de leur accueil. Ils m’ont ouvert bien des portes. Je tiens aussi à exprimer ma très profonde gratitude au professeur Yoo Junghwan qui m’a mis en relation avec de nombreuses personnalités et a fait preuve d’une extraordinaire disponibilité. Il m’a aussi réservé un accueil exceptionnel à Séoul et m’a permis de découvrir certains recoins de la ville, ce qui est aussi utile à la bonne compréhension du pays. Enfin, je tiens à remercier mon ami Benjamin Demière, lui aussi excellent connaisseur de la Corée, et qui m’a introduit auprès de plusieurs auteurs ici présents. À tous, je dis ma très vive reconnaissance.

Toute division est naturellement artificielle, d’autant que plusieurs des personnalités interrogées ne traitent pas que d’un champ mais abordent leur pays par des analyses qui associent géopolitique, économie, sociologie politique et culture. Un pays ne se donne lui-même à comprendre qu’en confrontant les perspectives des différents champs et c’est cette compréhension globale qui, seule, autorise une appréciation à moyen terme du potentiel du pays et des risques qu’il encourt. Il n’en reste pas moins que, pour faciliter la lecture, une division entre ces quatre grands blocs nous a paru s’imposer. Comme pour les autres numéros, enfin, nous avons choisi de publier les articles dans les deux langues dans lesquelles les entretiens ont été réalisés, le français et l’anglais, l’un d’entre eux ayant été réalisé à la fois en coréen, en français et en anglais.

L’ensemble du numéro a été placé sous le signe à la fois du dynamisme et des périls. Le dynamisme de la Corée du Sud, peut-être le plus évident à l’extérieur, est ce qui frappe d’emblée le visiteur qui débarque à Séoul. Il frappe aussi dans les propos qu’on lira ici : la Corée est un pays qui a le regard tourné, de manière confiante et volontariste, vers l’avenir. C’est sans doute un pays qui doute intérieurement, mais qui veut avancer, y compris pour ce qui reste la grande question : celle de la possible réunification entre les deux Corées. Mais c’est aussi un pays qui sait qu’il doit affronter des périls réels. Au-delà de la menace nord-coréenne, permanente, c’est aussi une nation qui connaît des périls intérieurs : celui d’une société qui reste duale et qui sécrète une tension inimaginable chez ses jeunes, celui d’une économie prospère, mais qui connaît des zones de fragilité, celui d’une classe politique qui n’est pas toujours à l’image du pays, celui d’une histoire qui reste encore à assumer pleinement. C’est d’ailleurs au fond de ces contradictions que nous avons consacré nos propres impressions de voyage qui ouvrent ce numéro.