Cinéma (28)

Cinéma

The Response, de Sig LIBOWITZ, 2009. Site sur la Toile : www.TheResponseMovie.com

Ce film est la reconstitution d’un procès, fondée sur les comptes rendus intégraux des tribunaux militaires de Guantánamo (qui ont aussi inspiré le Guantánamo de Franck Smith, Seuil, 2010). Ce moyen-métrage fait partager le face-à-face entre un homme suspecté de soutenir al-Qaida (et d’être le responsable de la mort de plusieurs soldats américains) et les trois juges militaires qui doivent décider de son sort. Est-il la victime d’une accusation totalement infondée comme il le prétend ? Si les trois juges et l’accusé sont des personnages composés à partir de plusieurs modèles, la situation présentée est, elle, authentique.
Ce « docudrame », très bien interprété, qui s’inscrit dans une riche tradition américaine du film de procès, est avant tout très professionnel : ce sont des juristes engagés dans la défense des droits de certains prisonniers de Guantánamo qui l’ont réalisé, avec le soutien de la Faculté de Droit de l’université de Maryland. Il a reçu plusieurs prix importants aux États-Unis, a été projeté au Pentagone et au ministère de la Justice. Rob Kirsch, avocat membre du cabinet Wilmer, et étroitement associé au projet, a obtenu que son client, Lakhdar Boumediene, se voie signifier une décision de remise en liberté (en même temps que quatre autres clients du cabinet). À la suite d’un accord franco-américain, il est arrivé à Paris, devenant le premier prisonnier américain de Guantánamo à être reçu par un pays européen, auquel rien apparemment ne le rattachait.
Dans un récent numéro de la New York Review of Books (‘‘What to Do About Guantánamo ?”, October 14, 2010, pp. 48-50), D. Cole étudie trois livres récents, des témoignages de juristes ayant eu à pénétrer dans cette prison pour y défendre des accusés, le livre de deux conservateurs américains, Because it is wrong, les Fried père et fils, attaquant résolument le principe de la torture, le rapport présenté au président Obama, qui avait promis de fermer très vite le camp. L’auteur, tout en reconnaissant que l’État américain peut avoir raison de garder certains prisonniers, remarque : 176 hommes s’y trouvent encore, sans qu’on parle de procès ni qu’on puisse produire des preuves contre eux ; six cents environ ont été libérés, faute du moindre élément retenu contre eux, sans excuse ni réparation. Il reste totalement interdit aux détenus de faire la moindre allusion aux tortures dont ils ont été les objets, comme aux juristes qui ont reçu des informations sur elles. Le président Obama a exclu de son côté que l’on entreprenne enquêtes et procès contre les responsables les plus haut placés qui ont agi au nom de l’État américain.