Résumés/Summaries (28)

Résumés/Summaries

Anne DEYSINE, Les dérives de la sous-traitance militaire au secteur privé (The Dangers of Contracting Military Activities).

Aux États-Unis la sous-traitance d’activités régaliennes de l’État à des sociétés privées remonte à un demi-siècle au moins. Depuis le décret du Président Eisenhower, elle s’est vue constamment renforcée, par les Démocrates comme par les Républicains. Les deux grands conflits ont été l’occasion pour le département de la défense et le département d’État d’étendre de façon considérable le recours à l’externalisation au secteur privé. L’article étudie cette montée en puissance ainsi que les conséquences négatives en termes d’efficacité tant militaire que financière et en termes d’image des États-Unis dans le monde.

The subcontracting of government activities to the private sector dates back to the mid 1950’s when President Eisenhower’s executive order recommended this practice and since then it has continuously been expanded by both Republican and Democratic administrations. With the wars in Iraq and Afghanistan, this phenomenon has reached unprecedented levels. The article studies this dramatic increase as well as the negative effects and consequences in terms both of military and financial efficiency and of the image of the US worldwide.


Uri DADUSH, Les trois crises qui viennent (The three next crises)

Dans cet entretien, UriDadush rend compte des trois facteurs majeurs des crises futures : une crise européenne, une crise majeure de l’emploi aux Etats-Unis, quelle que soit la reprise, le succès, qui peut être menacé, des pays émergents dans un contexte de liquidités internationales abondantes et de taux d’intérêt bas. Sans prévoir un éclatement de la zone euro, Dadush discerne d’importantes difficultés pour l’Europe dans les années qui viennent, même si l’Allemagne devrait mieux s’en sortir. Les pays émergents peuvent aussi se diviser entre un groupe qui résiste et un autre qui décline et une nouvelle crise financière peut les atteindre, avec des effets de contagion forts. Certaines entreprises manufacturières pourraient en faire les frais. Quant aux pays exportateurs de matières premières, ils vont aussi se scinder entre des pays qui bénéficient d’importantes réserves et ceux qui n’en disposent pas.

In this interview, Uri Dadush describes the three major factors that could bring the next crises : an European crises, the employment crises in the United Statdes, what ever the growth could be, the success, which would be jeopardized, of the emerging countries when there are huge amounts of international money and low interest rates. Even if he doesn’t forecast a splittering of the Euro-zone, Dadush foresees major difficulties for Europe in the next coming years, even if Germany should be in a better position. The emerging countries will divide into a group which resists and another which could decline. A new financial crisis could frigilize them, with spread effects all around the world. Some manufacturing companies could also disappear. As far as the oild and raw materials exporters are concerned, there will be great discrepancies between some which have high reserves and others that have not.


Emmanuel AUBER, La Turquie dans l’Europe (Turkey in Europe).

Á mesure que l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne se profile, la candidature turque est de plus en plus contestée, en Europe comme en Turquie. De fait, dans le nouveau monde multipolaire et mondialisé, l’Europe doute d’elle-même quand la Turquie prend conscience de son poids de pays émergent et charnière. Cet argument géopolitique et le fait de savoir que l’approfondissement des politiques communautaires passera nécessairement par des « coopérations renforcées » entre États membres entachent d’anachronisme l’inquiétude, souvent exprimée, de voir le projet européen dissout du fait d’un ultime et fatal élargissement à la Turquie. Sous réserve de garanties à obtenir, l’adhésion de la Turquie à l’Union comporte, sur le moyen-long terme, des avantages dont l’Europe ne peut plus se priver.

As the entry process of Turkey in European Union seems to progress, this perspective is more and more disputed in Europe as in Turkey. In a new multipolarized and globalized world, Europe knows some doubts about its own future and Turkey is more aware of its weight as it becomes an emerging and regional key country. If we consider the geopolitical argument and accept that the deepening of European policies will drive to reinforced cooperation between some European States, then to worry about the enlargement to Turkey sounds anachronic. It won’t be fatal to Europe and won’t dissolve it. I some guarantees shall be demanded, there would be major and vital adavantages for Europe in the mid and long run if Turkey finally joins Europe.


Dick HOWARD, De quelques bonnes raisons d’étudier l’histoire de la pensée politique (Why Study the History of Political Thought ?)

Pourquoi l’auteur a-t-il consacré la majeure partie de son travail, pendant les dix dernières années, à redécouvrir l’histoire de la pensée politique, plutôt que de se jeter dans la joute sur la philosophie politique telle qu’elle a été pratiquée depuis Rawls et ses disciples ? Son article est un témoignage, fondé sur des exemples précis, mais il a le mérite de résumer la thèse au cœur de sa dernière œuvre, La prééminence du politique. Histoire de la pensée politique, des Grecs aux Révolutions américaine et française. Il met en place une théorie générale du politique, montre qu’il existe bien une tendance au refus du politique consubstantielle à toutes les entreprises politiques, illustrée par la montée du totalitarisme au XXe siècle. Il propose en conclusion des pistes pour trouver les moyens d’affronter une telle difficulté.

This article explains why the author has spent much of the past decade rediscovering the history of political thought (rather than enter into the fray of political philosophy as it has been practiced since Rawls). The article is only an illustration ; but its virtue is that it summarizes in a short space the thesis developed in Dick Howard, The Primacy of the Political. A History of Political Thought from the Greeks to the American and French Revolutions. It lays out a general theory of the political, demonstrates that there exists an inherent anti-political tendency within all politics (as seen in the rise of 20th century totalitarianism), and tries to suggest how this difficulty can be confronted.


François CHAUBET, Figures de l’intellectuel républicain (Great Figures of the Republican Intellectual).

À travers la haute figure de Paul Desjardins, fondateur de l’Union pour la vérité et animateur des Entretiens de Pontigny, dont l’œuvre est continuée par les Colloques de Cerisy, F. Chaubet s’interroge sur le modèle de l’intellectuel républicain, son rapport complexe au pouvoir politique : comment garder à l’égard de ce dernier la vigilance et la posture critique nécessaires, sans renoncer à exercer une influence réformatrice ? Loin d’être un modéré conciliant, l’intellectuel républicain a su prendre ses responsabilités dans l’Affaire Dreyfus ou la contestation de la fausse victoire de 1918. Son héritage moral se retrouve dans l’opposition des « chers professeurs » à la Guerre d’Algérie. Mais le XXIe siècle a-t-il encore besoin de cet intellectuel ?

Through the towering figure of Paul Desjardins, the founder of the Union pour la vérité and the driving force behind the Entretiens de Pontigny, whose work lives on in the Colloques de Cerisy, F. Chaubet questions the model of the republican intellectual and his complex relationship with political power : how can one observe, with regards to the latter, the requisite vigilance and critical distance, and yet not renounce any influence for reform ? Far from being a conciliatory moderate, the republican intellectual was able to face his responsibilities during the Dreyfus Affair and in the challenge to the false victory of 1918. His moral heritage can be found in the opposition of the “dear professors” to the Algerian War. But does the21st century still need this intellectual ?


Philippe BOULANGER, Un publiciste libéral au XXe siècle : Jean-François Revel (A Liberal Publicist in XXth Century : Jean-François Revel)

L’homme dont le parcours est retracé dans cet article est singulier : vrai libéral, progressiste perçu comme conservateur, attaché à la vérité et à la liberté de l’esprit, contempteur farouche du communisme et de tous les totalitarismes, critique du gaullisme au nom de la démocratie libérale, tranché et généreux, ennemi de tous les radicalismes, il a été vitupéré par la gauche et ne se reconnaissait pas vraiment dans la politique de droite. Philosophe, éditeur, éditorialiste, auteur de nombreux ouvrages, il a toujours été, comme le dit l’auteur, à la fois aux marges et au centre du débat politique.

Revel is a very singular figure in the French political and intellectual stage : true liberal, progressist but perceived as conservative, lover of truth and liberty of mind, rough criticizer of communism and totalitarianism, fighter of gaullims for sake of liberal democracy, hard and generous, enemy of all species of radicalism, he was hated by a large part of the left, but never accepted the policies of the right side of political spectrum. He was a philosoph, an editor, a columnist and the author of many books. As the author of this essay wrote, he was at the same time at the margins and in the very center of political debate.


Christian COMELIAU, Resituer l’économie dans la société (How to give a Right Place to Economy in the Society)

Christian Comeliau s’interroge, au terme de sa carrière d’économiste du développement, sur la confusion provoquée par la suprématie de l’économie dans nos sociétés. Nécessaire, cette discipline exerce un impérialisme qui privilégie le « comment ? » au détriment du « pourquoi ? ». N’est-il pas temps de reconsidérer la hiérarchie de nos valeurs, dans notre intérêt, celui de nos descendants, dans l’intérêt aussi des pays auxquels nous n’avons su proposer qu’un modèle unique ?

As he ends his career as a developmental economist, Christan Corneliau wonders about the confusion created by the supremacy of economics in our society. While necessary, this discipline exerts an imperialism which privileges the “how” at the expense of the “why”. Is it not time to reconsider our hierarchy of values, for our own sakes, for those of our descendants, and also for those of those countries to which we have been able to suggest but one model ?


Cyrille BÉGORRE-BRET, Petite philosophie appliquée des remaniements ministériels :
des remaniements ni boniments ni reniements ?
(A philosophy on government reshuffles : neither hanky-panky, nor betrayal)

Par nature, les remaniements ministériels sont pris dans un dilemme. Ou bien ils sont limités et sont critiqués au motif qu’ils constituent seulement une opération de communication. Ou bien ils sont profonds et sont alors réprouvés pour leur caractère non démocratique. Même si le coût d’un remaniement peut être élevé, ses bénéfices politiques et administratifs sont limités mais souvent sous-estimés. Le récent remaniement ministériel français illustre ces aspects ambivalents de la vie démocratique.

By nature, government reshuffles are on the horns of a dilemma. Either they are limited and are criticized for being made only for communication purpose, or they are drastic and they are condemned for being undemocratic. On the one hand, the costs of government reshuffle can be heavy. On the other hand, the political and administrative benefits of reshuffles are meager yet frequently underestimated. The recent French government reshuffle emphasizes those ambiguous aspects of democratic life.