Un petit manuel de l’escroc

Un petit manuel de l’escroc

Michael Mills

À propos de Dr. Jim Williams, How to be a Charlatan and Make Millions, Authors.OnLine Ltd, 2008, 197 pages.

L’immoralité du livre fera grincer… Le livre du « Dr » Williams a ceci de particulier qu’il indique la méthode, comment en rire… tout en poursuivant allègrement son chemin d’escroc financier ou vers une situation importante, dans ce monde ou dans l’autre.
C’est le manuel pratique dont on rêve : écrit par un charlatan, qui se déclare tel et a magnifiquement réussi, estimant seulement être allé un peu plus loin que les autres dans « la voie ». Souhaitons-lui de continuer à prospérer. Dans le cas contraire, il ne laissera pas un grand souvenir car il aura péri dans quelque fossé entre Bogotá et Kiev. Le « Dr » Williams a écrit sous d’autres noms huit romans, qui se sont plutôt bien vendus. Outre ses lettres de noblesse en littérature, c’est un juriste de haut vol, au service d’une grande multinationale.
L’auteur veut montrer comment des individus réputés intelligents, peut-être séduisants, dans tous les cas très malins, peuvent tromper de la plus belle manière quantité de gens. Leur excès d’ambition et de confiance en soi ne les empêche pas pour autant de se tromper sur eux-mêmes et de tomber très bas. Mais comme il ne doit être question ici que de succès, les échecs apparaissent seulement comme des contre-exemples utiles.
Religions, médecine, sciences, authentiques ou cherchant à l’être : Williams passe au crible penseurs et hommes d’action qui s’en réclament, balayant tous les continents. Non content de mettre en relief la crédulité étonnante qui a facilité le travail des charlatans d’autrefois et d’aujourd’hui il analyse aussi leurs méthodes.
Il arrive au lecteur de se demander pourquoi l’auteur s’est donné la peine d’informer son public avec une telle précision. En dévoilant ses modes opératoires bien rodés, ne risque-t-il pas de tuer la poule aux œufs d’or ? Ou bien la manipulation est-elle plus complexe ? Son jeu est-il double, voire triple, quadruple, dépassant l’entendement ?
C’est Tartuffe qui orne la couverture du livre et l’on se demande quelles identités se renvoient à l’infini ces miroirs qui abolissent la croyance en un individu précis.
Précisons que l’ouvrage est d’abord drôle. C’est sa première qualité. Il apprend aussi beaucoup. On y retrouvera bien des escroqueries qui ont défrayé la chronique, en craignant de se retrouver parmi ceux qui s’y sont laissé prendre. Pour le passé plus récent, les lecteurs actuels seront sans doute surpris et peut-être vaccinés contre la réédition de coups qui ont bien marché. Leur rire fera parfois place aux larmes, quand ils comprendront qu’ils ont été roulés, peut-être par l’auteur lui-même, dont la personnalité reste mystérieuse.