Les tribulations d’un patron de presse en Chine

Les tribulations d’un patron de presse en Chine

Michael Mills

À propos de Bruce Dover, Rupert’s Adventures In China : How Murdoch Lost a Fortune and Found a Wife, Édimbourg, Mainstream Publishing, 2008, 304 pages.

Tous ceux qui s’intéressent à la mainmise sur les grands groupes de communication mondiaux le savent : quand Robert Maxwell, est passé par-dessus bord, lors d’une croisière sur son yacht en Méditerranée (après avoir pillé jusqu’au dernier centime le fonds de pension de ses employés), sa mort accidentelle a laissé alors un seul rival en lice : Rupert Murdoch. Et nous étions en 1991.
Murdoch, de son côté, dans le cadre de sa stratégie pour le contrôle total de l’information sur toute la planète, avait entrepris de saturer l’Asie du Sud-Est de « nouvelles » bien conditionnées (dans tous les sens du mot) et de ses campagnes de publicité, lancées à partir de ses station d’émission par satellite de Hong Kong. Nous étions en 1985, année où il estima qu’il était suffisamment introduit auprès de ceux qui tiraient les ficelles de l’administration et de l’économie chinoises. La suite montre qu’il n’avait pas absolument tout compris de la situation. Par exemple, si ses relais privilégiés à Hong Kong parlaient cantonais, sur le continent la langue officielle de la Chine était le mandarin, parallèlement à une bonne centaine de langues régionales. Il ne semble pas s’être aperçu non plus que le pouvoir, volatile, passe vite d’un groupe à un autre. Pas plus qu’il n’était averti de la défiance chinoise très ancienne à l’égard de l’action des entreprises capitalistes étrangères.
Bruce Dover raconte cette histoire, et beaucoup d’autres, avec un talent certain. Talent qui ne doit pas faire oublier qu’il est loin d’être un témoin impartial. Placé par le capitaine Murdoch comme second à bord lors de l’expédition chinoise, et le représentant pour toutes les décisions à prendre, il devait se livrer, de façon très naturelle, à un panégyrique de son patron. Ils s’étaient après tout embarqués dans la même aventure. Mais l’on se sépara dans l’aigreur et le ressentiment. À présent, Dover est au service des principaux adversaires de Murdoch. D’où un récit qui ne vise pas vraiment à l’objectivité.
Cela dit, les futurs spécialistes de gestion et de science politique peuvent avoir intérêt à lire ce livre, ne serait-ce que pour apprécier en connaissance de cause certaines friandises « typiques » lorsqu’ils assisteront à des banquets officiels en Chine.
Si le lecteur excuse le caractère quelque peu rapide des remarques qui précèdent, il pourra aussi être attentif à la leçon qu’elles suggèrent. Argent et puissance sur le terrain qui vous est familier ne vous donnent pas un permis de tuer (ou de faire fortune) sur le terrain de chasse d’autrui. Lapalissade ? Sans doute. Il n’empêche que la longue suite de faux pas de Murdoch en Asie du Sud-Est peut alimenter un bon manuel de tout ce qu’il ne faut pas faire quand on s’avance sur des terres inconnues. Avis aux hommes d’affaires ou aux diplomates qui rêvent d’empires à conquérir.