Philosophie, arts et lettres (26)

Philosophie, arts et lettres

« Écrivains français lecteurs de Jules Vallès », Textes réunis et présentés par Silvia DISEGNI. Autour de Vallès. Revue de lectures et d’études vallésiennes, n° 35, Saint-Étienne, Université Jean-Monnet, décembre 2006, 274 pages

« À tous ceux qui crevèrent d’ennui au collège
ou qu’on fit pleurer dans la famille,
qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres
ou rossés par leurs parents,
je dédie ce livre. »

Que connaît-on de Vallès dans le public cultivé d’aujourd’hui, à part ce long ressentiment qui nourrit ses trois grands livres, L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé ? L’intérêt de l’ouvrage est d’abord de nous rappeler l’importance de l’écrivain, qui ne se réduit pas à la figure maîtresse du Communard, même si la Commune de Paris est l’événement autour duquel se construit et se reconstruit sa vie littéraire, pour lui comme pour ses contemporains.
Politique d’abord ? Oui, dans la mesure où le grand ébranlement de 1871 obsède les esprits pendant près d’un demi-siècle, jusqu’à ce que d’autres tragédies majeures le fassent peu à peu entrer dans une histoire lointaine et moins brûlante. Non, parce que la plupart des écrivains, y compris parmi ceux que la Commune a révulsés (la majorité), ont reconnu en Vallès l’un des leurs, ont lu ses livres avec respect, curiosité, passion même. Sans lui épargner leurs attaques, certes, mais certaines attaques ne valent-elles pas tous les éloges ?
Il se dégage de ces pages un sentiment très contraire à celui qu’inspire souvent la vie littéraire avec son cortège de vanités, de jalousies, de sectarismes : celui de la générosité avec laquelle on y accueille le talent, même lorsqu’il dérange, peut-être parce que le talent profite au fond à toute la « corporation » en manifestant le prestige de la littérature. Monde englouti que S. Disegni nous permet de visiter, en nous ouvrant des perspectives inattendues puisqu’elle nous mène jusqu’à Michel Tournier et au deuxième vingtième siècle.
Comment rendre compte d’un ouvrage aussi riche, sans énumérer, même incomplètement, les grandes voix qui lui donnent son intérêt ? Intérêt double parce qu’il permet de mieux comprendre Vallès, de mieux comprendre l’histoire politique, littéraire, sociale de la France. Nous n’évoquerons ici que les efforts de Zola et du groupe de Médan en faveur de Vallès, les jugements des frères Goncourt (dont Vallès défend Henriette Maréchal contre le camp républicain), des lettres de Maurice Barrès et de Léon Bloy à Séverine, une étude de Léon Daudet, une évocation de Lucien Descaves, une apologie d’Henri Guillemin. Jean Guéhenno, dans un article du Figaro, dont Vallès a été le collaborateur (car Le Figaro a une longue histoire, et Villemessant ne manquait pas de libéralisme. C’est une grande tradition à maintenir), explique qu’il a hésité quelque temps entre le Vingtras de Vallès et le Caliban de Shakespeare et de Renan.
Trois textes présentent un intérêt tout particulier, encore de nos jours : un bel article de Jean Richepin sur Le Bachelier en 1881, qui s’élargit en une réflexion passionnante sur le baccalauréat, exaltation, fortement argumentée, et à contre-courant, de l’idéal égalitaire ; l’analyse du « cas Vallès », « Psychologie d’un révolutionnaire », par Paul Bourget, l’auteur du Disciple (dont le héros s’est consciencieusement empoisonné par la lecture de Vallès) ; la découverte de l’écrivain par Louis Guilloux, dans la dernière année de la Grande Guerre : Vallès me sauva (des mensonges dans lesquels nous vivions).
Il est inévitable que nous lisions un autre Vallès aujourd’hui. Revendiquant notre liberté d’interprétation, Jean Paulhan, qui, à La Nouvelle Revue Française, a œuvré pour sa redécouverte et sa légitimation dans les années trente, écrivait en 1954 : L’Enfant est à nous tous. Mais il échappe à Vallès comme il échappe au long, à l’obstiné dégoût de la bourgeoisie pour elle-même.
Le présent cahier est en tout cas une porte d’entrée largement ouverte vers une œuvre qui ne cesse pas de nous rappeler des vérités importantes, même si le temps où les maîtres tyrannisaient les écoliers et les parents rossaient leurs enfants s’efface devant d’autres tyrannies et d’autres violences.


André LAUDE, Œuvre poétique. Avant-dire d’Abdellatif Laâbi, préface de Yann Orveillon. Éd. de La Différence, 2008, 730 pages.

Les amis d’André Laude (1936-1995) nous offrent ici, pour la première fois rassemblés en un fort volume, les 26 recueils publiés par le poète au long du dernier demi-siècle et devenus introuvables. Il faut saluer ce travail de sauvegarde, « devoir de mémoire poétique », écrit Abdellatif Laâbi dans son avant-dire.
Fils d’ouvrier, enfant d’Aulnay-sous-Bois comme Éluard, le jeune André Laude fait le choix d’entrer en poésie à l’adolescence par la rencontre de Serge Wellens, dont les parents tiennent une librairie. On lira en fin de volume une remarquable étude biographique d’André Cuzon. Le poète lui-même avait publié le récit de sa vie en 1979 sous le titre de Liberté couleur d’homme. Il avait conclu cet « essai d’autobiographie fantasmée » par un lancinant et douloureux poème – car Laude était poète au-delà de tout – La Fleur parmi les ruines, judicieusement repris dans cet Œuvre poétique :

« Le paysage de l’enfance morte s’étend devant nos yeux.
En pure perte nous cherchons le visage du père, le visage de la mère
Cette solitude n’a pas de nom,
Rien qu’un immense désert ossifié.
Nous avions vécu, par instants miraculeux, d’herbes folles,
de fruits sauvages, acides
Puis vint le temps de la grande famine
Alors nous entrâmes dans les villes avec l’allure superbe
de ces lions
aux ongles coupés
aux crocs limés.
Tout meurt sous les paupières des rêveurs obstinés,
Y compris la mort. »

Dans cette « allure superbe » en effet, André Laude ne s’éternisera pas. Il scintilla un instant au firmament du Paris journalistique et littéraire – on lisait ses billets à la une du Monde, ses flamboyantes critiques dans les Nouvelles Littéraires, on restait en état de veille en écoutant ses Nuits magnétiques de France Culture – et cette image exténuée ne pouvait le fixer plus longtemps. André Laude était irréconciliable. Quant à « couper ses ongles » ou « limer ses crocs », ceux qui l’ont approché savent assez que ce n’était pas dans son registre.
Depuis les premiers recueils sous l’égide de Marc Alyn ou des Cahiers de l’Orphéon jusqu’aux ultimes Feux, cris, diamants, il y a toujours chez André Laude l’unité de ton d’une confession, jamais lassante, car elle signe l’authenticité et la complicité avec le lecteur. Les « scoliastes futurs » diront combien cette poésie est tissée d’emprunts, des régurgitations d’immenses lectures, mais toujours fondus dans le même élan lyrique qui emporte tout. Il n’y a qu’à se laisser entraîner par ce poème-fleuve, qui, – s’il ne charrie pas que des pépites – est toujours porté par un souffle épique et généreux, une musique envoûtante ponctuée d’allitérations jamais superflues ou fabriquées, dont l’évidence enchante les images :

« dans un pays troué
j’écris mes famines
Avec le bleu de mon sommeil
j’élimine les ogres et les fous
dans un pays roux
je m’efforce Je m’échine
La mort gagne à tous les coups
Je meurs d’une œillade assassine
je meurs d’un songe de Chine
d’une lune égorgée par cent loups. »

Ces vers ouvrent le recueil intitulé Un Temps à s’ouvrir les veines, sans doute le chef-d’œuvre du poète, celui qu’il faudrait rééditer à part, pour offrir aux jeunes lecteurs un accès plus limpide à André Laude que ce bel Œuvre poétique.


François NOUDELMANN, Le toucher des philosophes. Sartre, Nietzsche et Barthes au piano, Gallimard, 2008, 177 pages

L’époque est aux émotions. On se dévoile, on s’expose, on affirme le corps dans ce qu’il a de plus cru. C’est le contraire d’un exhibitionnisme que nous offre F. Noudelmann. Philosophe et producteur sur France-Culture, auteur de plusieurs ouvrages consacré à Sartre et à R. Barthes, l’éclairage qu’il offre ici à nouveau de leur œuvre est doublement inattendu. Il aborde en effet celle-ci par la marge, leur pratique pianistique, accordant à l’idée de mélomane, au son produit au piano le pouvoir de traduire l’inscription du moi dans le monde. C’est donc d’abord un livre sur l’écriture et le rapport au monde qu’entretiennent ces écrivains penseurs et dans lequel vient s’intercaler un portrait de Nietzsche musicien. C’est aussi une manière de composer avec une autre temporalité que celle de leurs propres engagements. Le second moment de surprise nécessite d’entrer plus avant dans la description de la pratique pianistique. Là où l’on aurait pu frôler une forme de voyeurisme que requiert le fait de pénétrer dans l’intimité d’une personne, c’est au contraire un grand dépouillement, une pudeur de style qui invite non pas au rapprochement mais au maintien d’une certaine distance. À la manière dont chacun des trois penseurs s’empare des notes qu’il joue, les distend, les tord pour mieux en rendre l’esprit, on comprend comment musique et pensée se répondent en écho à travers une sensualité du toucher qui est aussi abstraction de la pensée. Sans doute est-ce là la plus grande réussite du livre. Car le rapport au réel se « joue » dans la façon dont les doigts effleurent les touches, dont le corps s’inscrit dans le piano, captés notamment à travers l’empreinte des doigtés. Aussi F. Noudelmann nous donne-t-il à voir l’amateur, s’attardant moins sur le choix des œuvres ou les compositeurs favoris que sur les formes de la pratique elle-même, les moments où le penseur se met au piano, la façon dont il joue, l’oreille qu’il prête à la production de ses propres sons, la compagnie dont il y jouit.
Le temps passé au piano est pleinement subjectif et ne peut être distrait de la construction de l’œuvre. Tel est le sens de la pratique amateur. La chose est évidente avec Nietzsche dont l’adoration puis le rejet de Wagner constitue un moment essentiel de la philosophie. Sait-on par exemple que l’intellectuel engagé ne céda jamais aux objurgations de ses amis politiques et se réserva, jusqu’à ce que la cécité le lui interdise, des plages de temps arrachées au militantisme pour se livre à la nostalgie ou au plaisir de jouer ? C’est avec le dernier essai, celui consacré à R. Barthes, que l’exercice touche au sommet, en saisissant le moment où le sensuel et le cérébral se rencontrent et se mêlent pour laisser percer non seulement une vision du monde mais révéler l’approche de soi. Barthes, on le sait, a lui-même écrit sur la musique et la relation au piano, son inscription dans le temps et dans l’espace, entretenant en permanence un va-et-vient entre son jeu et sa pensée. Si l’image à laquelle il consacre un nombre important de ses écrits traduit une forme d’intrusion de la société dans nos vies, le rapport à la musique nécessite notre approbation à cette forme d’abandon du quant-à-soi. Écrivain, philosophe, homme de radio, en refermant ce livre, on l’aura compris, F. Noudelmann appartient, lui aussi, à la communauté de ceux pour qui le piano permet quotidiennement de reprendre goût au monde.


Pierre BERGÉ, L’Art de la préface. Anthologie, Gallimard, 2008, 285 pages

Pierre Bergé est un collectionneur, on le sait. C’est aussi l’auteur d’un album de la Pléiade consacré à Jean Cocteau. Si les livres sont à tous et se disent pour être lus, les préfaces sont comme les objets d’art faites pour l’intimité du lecteur. Certaines, on le sait, ont fait événement. C’est le cas de la préface à Cromwell de Hugo qui en 1827 posait les bases du drame romantique. Mais que dire du préfacier lorsque celui-ci n’est pas l’auteur et s’insinue comme une tierce personne entre celui-ci et son lecteur ? Il lui faut à la fois rester neutre et se livrer, pousser le lecteur à l’intérieur du livre et s’en tenir à la lisière, s’inventer une connivence tout en cultivant le bon goût de la discrétion. Être suffisamment convaincant enfin pour emporter l’adhésion et accepter pourtant de se faire abandonner en chemin. Aussi lorsque P. Bergé parle de l’art de la préface, il ne s’agit pas là d’un vain mot.
Chacune des préfaces rassemblées répond à sa façon à ces critères. En amateur éclairé, il nous livre ici quelques joyaux de sa collection. La préface a ses exigences. Littéraires d’abord, celle de la concision. Elle est souvent l’occasion d’un portrait lapidaire, obligeant à dire en peu de mots la complexité d’une âme, à décrire en un temps bref un mouvement d’ensemble. Ainsi le portrait que livre André Maurois de Las Cases et du Mémorial, mais aussi de Napoléon. Les formules sont ramassées qui font un va-et-vient constant entre description et interprétation. La préface n’a pas le temps d’une peinture de genre. Intellectuelles ensuite. La préface doit se justifier. Elle révèlera un aspect du livre, éclairera le cheminement de l’auteur. Aussi le préfacier commence-t-il souvent à la manière de M. Arland préfaçant B. Constant par se rattacher à une question académique. Adolphe est-il un roman classique ? Allons donc ! L’auteur y trace en réalité comme au scalpel le portrait de deux âmes. C’est donc sur une voie nouvelle que nous guide le préfacier. Comme J. Gracq qui nous tend le « négatif » de Chateaubriand. Paul Valéry se penchant en 1927 sur Lucien Leuwen et menant une comparaison de Balzace et Stendhal.
Mais la préface est d’abord et avant tout un voyage. Celui auquel nous convie le préfacier. Celui que dessine pour nous son auteur. Elle retarde d’autant le plaisir de lecture. La préface se définit comme la possibilité de suspendre le temps et une certaine forme de renoncement. Ce ne sont plus, on l’aura compris, les caractères de l’époque. Aussi le livre de P. Bergé sonne-t-il quelque part comme un regret et ouvre-t-il lui-même à un plaisir de lecture.


Michel SERRES, La guerre mondiale, Éditions Le Pommier, « Essais et Documents », 2008, 192 pages

Michel Serres a horreur de la guerre, de toutes les guerres : enfant, il a vu son père, gazé à Verdun, devenu un homme fragile, souffrant et silencieux ; adolescent, il côtoie les réfugiés de la guerre civile espagnole, puis ceux de 1939-1945 venus de toute l’Europe ; élève de l’École navale, il démissionne pour ne pas utiliser des armes ; enfin, élu membre de l’Académie française, il ne portera jamais l’épée.
Profondément marqué par les tueries du vingtième siècle, il rejette les affrontements sanglants de tout son être. Aussi lorsqu’il aborde le thème de La guerre mondiale, il assume sa subjectivité et, selon son habitude, sa réflexion emprunte un chemin labyrinthique où se mêlent des anecdotes autobiographiques, mythes, concepts philosophiques, moments d’histoire et réflexions sur le sacré sans négliger la politique ou l’environnement. Il se veut témoin plus qu’historien.
Il s’interroge sur la violence, celle des rixes dans les bars à matelots et des rencontres sportives. Les bagarres commencent pour presque rien et une phase de croissance correspond au déchaînement de la mêlée générale. Ensuite il est fasciné par la phase de décroissance marquée par un désengagement progressif des participants, ce désintérêt aboutissant au corps à corps entre deux individus.
La guerre a un cadre légal entre la déclaration officielle et l’armistice ou le traité. Les pays et les combattants ennemis sont identifiés. En revanche, le terrorisme évolue dans le non-droit : il frappe n’importe qui, n’importe où. Pourtant la frontière est mince entre le soldat héros autorisé à tuer et le criminel fanatique qui peut lui aussi devenir héros si sa cause est légitimée a posteriori. Dans les mythes, le sacré peut réguler les conflits et un sacrifice peut inverser le déroulement de la violence. Michel Serres observe le déroulement du film à l’envers comme si l’inversion et la décroissance de la violence permettaient de mieux comprendre l’escalade. La violence dure est encadrée par des règles douces et c’est cette dualité qui tempère l’affrontement. Le droit organise et fait décroître la violence.
Que signifie pour l’auteur une guerre mondiale actuellement ? C’est celle que nous menons contre la terre et qui peut nous conduire à l’apocalypse. Notre genre humain s’oppose à son environnement : appropriation des ressources naturelles et des êtres vivants. Le monde a été considéré comme infini et inépuisable. Nous avons pillé, abusé et nos actions peuvent être considérées comme terroristes. Nous avons provoqué la pollution, le dérèglement climatique et accéléré l’effet de serre. L’auteur plaide pour l’instauration de règles et de tribunaux pour juger les crimes contre le monde. Nous sommes embarqués sur une arche mondiale qui menace de couler. L’utopie est de penser que l’urgence oblige les hommes à arrêter leurs luttes. Mais avons-nous un autre choix ?


« Moi public » et « moi privé » dans les mémoires et les écrits autobiographiques du XVIIe siècle à nos jours, études réunies par Rolf WINTERMEYER, Rouen, Publication des Universités de Rouen et du Havre, 2008, 440 pages

Issu d’un colloque tenu à Rouen en 2006, ce recueil regroupe les textes de différents spécialistes de littérature et de philosophie et des historiens autour des diverses dimensions de la subjectivité qui se font jour notamment au XXe siècle. Car si les Confessions de Rousseau et Poésie et vérité de Goethe qui lui fait écho marquent dans l’expression de l’intimité du moi l’émergence d’un genre nouveau, que relaya le romantisme, les notions de « moi privé » et « moi public » se constituent progressivement. Que dit-on quand on parle de soi ? Les mémoires aux XVIIe et XVIIIe siècles qui prennent soin d’exposer le moi public voient parallèlement l’auteur entrecroiser son discours avec des réflexions plus personnelles qui découvrent d’autres facettes, plus intimes de sa personnalité et authentifient en un sens ses jugements. C’est le cas notamment, comme le montre N. Langbour, des Salons de Diderot qui mêlent moi public et moi privé en brouillant les frontières. L’un des articles centraux est celui que Ph. Lejeune consacre à Marie d’Agoult et aux différentes formes littéraires que prit l’expression de sa passion pour Liszt. Il montre comment le moi public met en quelque sorte au défi le moi privé.
L’usage du moi se complique encore au XXe siècle à mesure que se diversifient les genres littéraires. Les différents articles mettent d’abord en avant le hiatus qui caractérise souvent la rencontre des deux moi. Aussi n’est-on pas toujours très sûr de l’importance exacte à lui accorder. Sans être au centre du récit le moi peut par ailleurs lui fournir son axe, dessinant alors des cercles concentriques sur lesquels se répartissent les protagonistes comme alors autant d’alter ego. Tel est par exemple le cas du dernier volume de l’autobiographie d’E. Canetti qui se veut une sorte de portrait moral de l’Angleterre.
En écho à cette seconde partie portant sur le terrible XXe siècle, la réflexion de M. I. Brudny sur H. Arendt et la disparition de la frontière entre public et privé que réalise la philosophe dans son œuvre. De H. Mann à Ilse Aichinger, de V. Klemperer à Th. Bernhardt, à travers ces paysages si différents du moi que nous donnent les auteurs germanophones convoqués ici, nous sortons persuadés de la nécessité qui s’impose aujourd’hui de recourir à une vision élargie de l’écriture autobiographique.