Revues (26)

Revues

Esprit, mai 2007, n° 5.

La revue publie des extraits de l’allocution de Jacques Chirac, président de la République, à l’occasion de la cérémonie nationale en l’honneur des Justes de France, le 18 janvier 2007 au Panthéon. Comme le précédent texte qu’il a prononcé sur l’Affaire Dreyfus il y a une dizaine d’années, ce discours montre qu’il est des moments où un homme politique parle pour dire quelque chose, que ce quelque chose le dépasse, dépasse la médiocrité des partis, et donne à sa fonction de représentant du pays un caractère essentiel.
Nous souhaitons signaler ce numéro surtout parce qu’il contient une très belle étude de Paul Thibaud : « La longue mémoire du « délaissement » des Juifs de France », pp. 112-140. Nourrie de références aux meilleures sources historiques mais aussi philosophiques ou morales, c’est une réflexion, à la fois nuancée, sereine et sans concession, sur l’espèce de divorce à retardement entre la France et les Juifs français, sur fond de décomposition de l’État républicain et d’exploitation simplificatrice de l’histoire, instrumentalisée par la concurrence des victimes.
La conclusion de ce bel essai, qui témoigne aussi du rôle irremplaçable des revues dans la vie d’un pays, est un appel. Appel à la France pour qu’elle retrouve des ambitions à la hauteur de « ses » Juifs, des ambitions qui la rendent à nouveau admirable et, pourquoi pas ? aimable. Les Juifs, rappelle Thibaud, si inconfortables et naïvement autocentrés qu’ils puissent être, ont le grand mérite, là où ils s’impliquent, d’accroître les exigences. Selon une formule célèbre : s’ils barrent le cours de l’histoire humaine, c’est pour en élever le niveau. Il faut espérer que l’auteur soit entendu et suivi.


La Femelle du Requin, revue de littérature et cétacés, automne 2008, n° 31.

Jacques Roubaud fait l’objet d’un important dossier, comportant un long entretien, des études sur son œuvre, une bibliographie commentée, un inédit. Un autre dossier est consacré à l’écrivain mexicain Jorge Volpi, qui prend ses distances, avec humour, par rapport aux discours glorifiant « la » littérature latino-américaine.


Dossier « L’avenir de la francophonie », sous la dir. de D. BILLION. La Revue internationale et stratégique (IRIS), n° 71, automne 2008.

La francophonie est-elle autre chose qu’un thème de discours consensuel, tout au moins en France ?
Multiplier ou simplement renforcer les possibilités d’apprendre le français, d’apprécier la culture française, d’étudier en français en ouvrant des formations universitaires à l’étranger, c’est aussi augmenter le nombre d’étudiants étrangers en France, à une étape ou une autre de leur parcours. Or, si notre pays se préoccupe d’être accueillant et de rester parmi les grands lieux d’apprentissage, il est aussi méfiant et craint ces mêmes étrangers à la formation desquels il contribue. Dans la même ambassade, certains services essayent de convaincre de bons étudiants de venir en France, quand d’autres essayent de les en dissuader. Schizophrénie, schizophrénie inévitable dans l’état du monde actuel ? Arrivé en France, l’étudiant refait un parcours du combattant en préfecture : cette fois, c’est le ministère de l’Intérieur qui peut mettre en doute ses raisons de venir dans notre pays. Des progrès sont possibles et les bonnes volontés comme l’énergie ne manquent pas non plus, y compris dans les administrations. Les formules de guichet unique pour toutes les démarches se multiplient dans les universités. Il semble aussi que la France décide de s’aligner à partir de la rentrée prochaine sur les grands pays développés (à l’exception de l’Allemagne) : elle a annoncé que désormais les visas d’études longs délivrés pour la première fois seraient assortis d’un titre de séjour pour la première année indiqué sur le passeport.
Ce numéro de La Revue internationale et stratégique dresse un état des lieux contrasté sur cette francophonie dont nous ne savons plus très bien ce qu’elle revêt. Tahani Omar, ancienne ambassadrice déléguée permanente d’Egypte auprès de l’UNESCO et ancienne présidente de l’Université française d’Égypte, fait état de chiffres rassurants : « Grâce à son statut de langue officielle dans 51 États et 34 pays, le français reste la deuxième langue du monde sur le plan de l’importance politique. […] Au dernier recensement, la Francophonie […], représentant les pays ayant en partage le français, fait état de 710 millions de personnes. » Les « locuteurs » du français n’auraient jamais été aussi nombreux. Soit, et on ne s’en désolera pas, refusant cette étrange complaisance dont les « déclinologues » français nous abreuvent. Le numéro signale aussi des initiatives intéressantes (réseaux de chercheurs sur le développement durable mis en place par l’Agence universitaire de la francophonie, ouverture de formations de qualité en Afrique en partenariat avec de grandes universités françaises). Le Lt Gén. Babacar Gaye évoque la façon dont la francophonie contribue à la paix dans les opérations de l’ONU.
En même temps, il faut écouter le grand cinéaste cambodgien Rithy Panh (Un Barrage contre le Pacifique, S21, la machine de mort khmère rouge, Les gens de la rizière), qui nous alerte sur l’exclusion dont sont victimes les milieux modestes et les classes moyennes traditionnelles : « Les institutions de la francophonie se portent bien. Le bilan est inverse concernant la pratique de la langue elle-même. Si l’on prend le cas du Cambodge, le français y devient une langue d’élite. Non par désintérêt populaire, mais du fait des taris prohibitifs désormais exigés pour accéder ne serait-ce qu’aux cours de langue et à la bibliothèque du centre culturel français : rien de moins que l’équivalent de deux mois du salaire d’un instituteur par trimestre. » Même constat en Tunisie chez Mongi Bousnina : « La dépense pour le 1er cycle des lycées français représente près de 5 fois le SMIG tunisien et, pour le 2e cycle encore plus. […] Quant aux dictionnaires de la langue française, leur prix peut varier, selon la taille, d’un SMIG entier (Larousse en 2 volumes) à un quart ou un tiers du SMIG […], ce qui rend les publications françaises […] hors de portée de la majeure partie des étudiants. Pour les journaux quotidiens [ils correspondent] à deux dinars tunisiens, environ, soit toujours le quart du SMIG quotidien. »
Outre ce dossier, la revue présente un article de Jean-Christophe Victor et Hubert Védrine sur « Le grand public face aux questions internationales ».


La Semaine juridique, édition générale, 14 janvier 2009, pp. 3-5.

Le professeur Xavier Labbée, directeur de l’Institut du droit et de l’éthique de l’université de Lille 2, dénonce le privilège de juridiction du procureur de Nantes, réaffirmé en décembre 2008 par le tribunal de grande instance de… Nantes. Actuellement tous les Français dont le mariage à l’étranger est contesté au moment de sa transcription dans l’état civil, centralisé à Nantes, sont tenus de se rendre dans cette ville et d’y prendre un avocat, où qu’ils habitent. Cette obligation est doublement contestable, sur le plan interne et sur celui du doit européen : « Le procureur de Nantes ne quitte pas le palais de justice de Nantes. Il assigne chez lui des justiciables de Lille, Strasbourg ou Marseille, alors que le principe d’indivisibilité du Parquet devrait le conduire naturellement à pouvoir se faire représenter par son homologue local. Car la République est indivisible. » L’article évoque le souci d’efficacité mis en avant par la Justice, mais pour son auteur le droit à un procès équitable, qui passe aussi par les conditions matérielles de son organisation, devrait s’appliquer à tous, et en priorité à des personnes souvent défavorisées par la vie. Il y a encore du chemin à faire pour appliquer concrètement la devise républicaine qui orne nos bâtiments publics.