Brèves (25)

Brèves

François AUTRAND, Philippe CONTAMINE, Lucien BÉLY, Thierry LENTZ (vol. 1) ; Laurent THEIS, Pierre GUILLEN, Jean-Claude ALLAIN, Georges-Henri SOUTOU, Maurice VAÏSSE (vol. 2), Histoire de la diplomatie française. I. Du Moyen Âge à l’Empire ; II. De 1815 à nos jours, Perrin, « Tempus », 634 et 632 pages.

Neuf historiens des différentes époques répertoriées se sont réunis pour dresser en ces deux tomes une histoire complète de la diplomatie française. Cet ouvrage, paru en 2005, muni d’une préface de Dominique de Villepin, est réédité sous un format de poche. Son spectre est donc très large dès la première question posée : y a-t-il des affaires étrangères de la France médiévale à l’avant-veille du référendum sur la Constitution de mai 2005 ? Cet ouvrage rédigé à plusieurs mains remplit son rôle qui était d’analyser la fonction de la diplomatie dans la marche des affaires, d’en expliquer le fonctionnement et d’en retracer les péripéties et les spécificités, les acquis et les résultats. La France a toujours entretenu un rapport au monde qui en fait la singularité. Devenue aujourd’hui puissance moyenne à ambition mondiale, a-t-elle les moyens de celle-ci ? Même si les auteurs ne se sont pas tous posé cette question finale, leurs développements y mènent. Le large coup d’œil historique doit nous conduire à la prudence, et peut-être à l’humilité, sans pour autant renoncer à nos valeurs. Le titre des différents chapitres du second tome exprime ces questions permanentes : « entre besoin de repos et désir de gloire » (1815-1870), « la puissance recouvrée » (1870-1914), « le deuil de la puissance » (1914-1958), enfin « la puissance et l’influence » (1958-2004). Certes, le général de Gaulle a inauguré une nouvelle politique et la France s’est voulue un moment « au milieu du monde », ou selon le titre d’un ouvrage de Paul-Marie La Gorce, « contre les Empires ». Pourtant, malgré les changements de titulaires à la présidence, il s’est agi plus de continuité que de changement ou de « rupture ». Quant aux résultats, ils apparaissent en demi-teinte pour ce qui en est des présidences de Jacques Chirac. Ces deux volumes comportent des cartes, d’amples biographies, des chronologies détaillées, ce qui en fait des instruments de référence utiles.


Atlas Historique DUBY, Larousse, 2007, 352 pages.

Il s’agit d’une nouvelle édition, entièrement refondue du Grand Atlas historique, publié pour la première fois en 1987 sous la direction de Georges Duby. Il était temps de mettre à jour cet utile instrument de savoir, les problèmes mondiaux, et notre façon de les appréhender, s’étant modifiés en deux décennies. Loin de porter uniquement sur les événements contemporains, cette remarque s’applique également au déroulement historique depuis l’origine de l’humanité. Quel est l’ancêtre le plus lointain de l’homme, par exemple, où et quand est apparue d’abord la bipédie ? Même si les cartes figurant aux pages 12 et 13 n’apportent pas toutes les réponses à ces questions controversées, elles permettent de nous faire une idée plus précise des cousins de l’homme de 7 à 1 millions d’années avant notre ère. La thèse d’Yves Coppens sur l’East end, selon laquelle nos ancêtres ne sont apparus qu’à l’est du grand rift, ne peut plus être tenue pour exclusive. Aux pages 14 et 15, on embrasse d’un coup d’œil la dissémination des hommes de 160 000 à 1 000 ans, d’où un auteur français a tiré l’origine du langage parlé : celui-ci serait apparu lors de l’arrivée par groupes des premiers hommes en Australie, franchissant îles sur îles et s’étant alors transmis les informations utiles par la parole. Il en est de même de la carte de la page 17 sur les origines de l’agriculture il y a 10 000 à 1 800 ans. Celle-ci est apparue il y a plus de 10 000 ans sur le plateau anatolien. Mais qui, en dehors des lecteurs de Jerry Diamond, a pris conscience du fait qu’un foyer « autonome » qui n’a jamais été relié aux autres zones de civilisation (Mésopotamie, Égypte, Croissant fertile, Mohendjo Daro) est apparu dans l’actuelle Papouasie-Nouvelle Guinée, à peu près à la même date et qu’il a subsisté, comme isolat, pratiquement intact jusqu’à la pénétration de l’homme blanc au cours des premières décennies du XXe siècle ? S’agissant de l’Iran actuel, comment ne pas se référer à la carte de la page 33 sur l’extension maximum de l’empire achéménide (556/330 avant J.-C.) qui nous indique que, de Pasargades ou de Persépolis, les souverains mèdes et perses, régnaient de l’Indus jusqu’à la Cyrénaïque, actuelle Libye, et de l’actuel Oman jusqu’en Thrace, ce jusqu’aux conquêtes d’Alexandre. L’empire perse ne voulait-il pas contrôler tout l’espace situé entre l’Empire romain et l’Empire du Milieu, dans un jeu de conquêtes et d’équilibre qui doit avoir laissé quelques réminiscences chez les actuels dirigeants iraniens, lointains descendants de Zarathoustra ? On peut poursuivre jusqu’aux enjeux actuels, une telle investigation enrichissant notre conception du monde : zones de tension dans l’Europe du sud-est, partage de la Bosnie, guerre au Kosovo, conflits du Caucase.


Fabrice BOUTHILLON, Et le bunker était vide. Lecture du testament politique d’Adolf Hitler, Hermann, 2007, 96 pages.

Avant de mettre fin à ses jours, Adolf Hitler eut le temps de dicter deux testaments, dont l’intégralité est reproduite, pour la première fois en français, agrémentée d’un copieux commentaire de Fabrice Bouthillon, agrégé, docteur en histoire, maître de conférences à la Faculté de lettres de Brest. En soi, ces deux textes sont courts, à peine un peu plus de cinq pages. Ils ont certes un réel intérêt historique, mais ils ne révèlent rien de nouveau ou de ce que nous pouvions supposer. Le Führer y exalte toutes les vertus nationales, raciales et militaires allemandes et mande ses officiers d’aller jusqu’à la mort. Mais par-dessus tout, ses derniers mots demandent au peuple et à ses responsables de rester fidèles aux lois raciales et « de résister impitoyablement à l’empoisonneur mondial des peuples, la juiverie internationale ». Fabrice Bouthillon fournit une habile et savante exégèse y voyant l’ultime manœuvre diplomatique du dictateur resté conscient, comme le souligna le général de Gaulle dans ses Mémoires, jusqu’à la dernière heure. Il y décèle également une dimension théologique, ainsi qu’une fascination pour la propagande. « Je resterai parmi vous », a jeté le Führer à son peuple après l’avoir entraîné dans l’abîme. Heureusement, cette tentative ultime de prolonger le nazisme sous forme de religion a échoué, conclut F. Bouthillon.


Daniel et Jonathan BOYARIN, Pouvoirs de Diaspora. Essai sur la pertinence de la culture juive, Cerf, 2007, 167 pages.

La diaspora, concept que l’on relie généralement à l’histoire du peuple juif, est dans cette histoire accompagnée d’un signe négatif. La remise en cause récente de l’État-nation et le développement de la mondialisation, en identifiant d’autres formes de diaspora que la diaspora proprement juive, ont inversé les choses. C’est de cette inversion et de l’utilisation désormais élargie de ce concept que les auteurs tirent parti dans ces trois essais pour repenser la diaspora juive dans sa positivité. Cet appel au comparatisme politique appliqué à un concept généralement entendu dans un sens théologique ou historique en éclaire à la fois les spécificités et en fait surgir des aspects inattendus. Le second essai, remettant le judaïsme en son centre, cherche à décrire les différentes stratégies qu’a déployées la diaspora juive au cours de sa longue histoire. Identifiée à la femme, la diaspora, en une sorte de contre-mythe opposé à l’épisode viril de Massada, a le pouvoir de féconder Israël. Le dernier essai est, lui, consacré au cas « Kyrias Joel », jugé en 1994 par la Cour Suprême et concernant une zone de scolarisation réservée aux juifs hassidiques dans l’État de New York. On peut saluer dans cet ouvrage le fait que l’utilisation de sources aussi diverses que la philosophie, l’anthropologie mais aussi la psychanalyse ou l’exégèse talmudique permette de renouveler l’analyse du phénomène diasporique. On regrettera pourtant que cette multiplication de références jette de la confusion sur les niveaux de discours auxquels on se situe. Ainsi se perd-on trop souvent dans les méandres de l’argumentation.


Hamit BOZARSLAN, Histoire de la Turquie contemporaine, La Découverte, 2007, 128 pages.

De manière étrange, aucun ouvrage de synthèse, complet et objectif, sur la Turquie moderne n’avait été publié en français depuis le « Que sais-je ? » de Robert Mantran de 1968. Cette lacune est comblée par Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, codirecteur de l’IISMM (Institut d’études de l’islam et des sociétés du monde musulman). Plusieurs chapitres, conduits de main de maître, brossent un tableau complet de l’histoire politique du pays : règne de l’Union et Progrès (1908-1918), guerre d’indépendance (1919-1922), État kémaliste, de l’abolition du sultanat au pluralisme politique (1922-1950), multipartisme et régimes militaires (1950-1983) aux décennies de crise (1983-2002). Le seul intitulé montre combien cette vie politique fut heurtée. D’où l’intérêt de l’épilogue qui témoigne de la novation apportée par les élections générales du 3 novembre 2002. Celles-ci marquèrent une rupture importante dans la vie politique turque. Ce fut en effet le crépuscule de la classe politique traditionnelle. Les géroncrates comme Ecevit ou Erbekan qui avançaient dans leur neuvième décennie, ou leurs cadets comme Yilmaz, Ciller ou Bahçeli, qui s’approchaient de la soixantaine, furent balayés. Le Parti de la gauche démocratique de Bulent Ecevit, premier parti en 1999, avec plus de 21% des voix, obtint 1,23%. Chacun de la myriade des partis kémalistes devait se contenter de 0,5%. Deux partis seulement entrèrent au Parlement : l’AKP de Recep Tayyip Erdogan (Parti de la justice et du développement, scission de l’ancien parti islamiste) obtint 34,26% et le CHP de Deniz Baykal 19,4%. Le système électoral issu du coup d’État de 1980 laissa hors de la représentation parlementaire 46% des suffrages exprimés. Cette Turquie nouvelle a entamé les négociations d’adhésion à l’Union européenne le 3 octobre 2005. Cette perspective, dont l’échéance n’avait jamais été envisagée avant 2015, est devenue désormais incertaine, la France ayant obtenu que seuls 30 des 35 chapitres de négociation soient ouverts.


François DAVID, Itinéraire d’un énarque gâté, Le Cherche Midi, 2007, 232 pages.

Ayant passé une partie de sa jeunesse à Londres où son père dirigeait une société de métaux précieux, François David compare avec un humour tout britannique les éducations française et anglaise. Puis il retrace son parcours, celui d’un ancien de l’ENA ayant intégré la direction des relations économiques extérieures (DREE) à la sortie, avant d’en prendre la direction, après avoir dirigé la direction internationale de l’Aérospatiale. Aujourd’hui à la tête de la COFACE, il veille à la solvabilité de millions d’entreprises, clientes de sociétés françaises. Ce parcours, émaillé de séjours à l’ambassade de Londres, lui permet d’évoquer négociations internationales à Bruxelles et à Genève, dîners à l’Élysée, cabinets de Jean-François Deniau ou de Michel Noir. Il évoque, à cette occasion, la figure de ce qu’on appelait encore les grands commis de l’État. Mais ce sont surtout les histoires savoureuses tirées de sa longue pratique du négoce international qui captiveront le lecteur, comme un fameux dîner à Hong-Kong au Pétrus où les six convives commandèrent des crus rares, à 30 000 euros la bouteille, ou des nombreuses péripéties des entreprises françaises cofacées à l’export.


Michel DAVID-WEILL, L’esprit en fête, Robert Laffont, 2007, 266 pages.

Héritier d’une prestigieuse banque d’affaires dont il a perdu les commandes, surnommé le « dernier empereur de Wall Street, », Michel David-Weill est un personnage hors du commun, un des derniers représentants de ces hommes de la Renaissance. Est-il juif ou catholique ? Français ou américain, banquier ou mécène ? Cet homme d’exception, comme le caractérise Marc Fumaroli dans sa préface, frappe par son originalité. Tour à tour séduisant, imprévisible, travailleur et hédoniste, sa philosophie de vie est tout entière orientée vers le bonheur et l’art. Et puis il a ce sens de l’humour et du détachement qui allège en ces temps de doute ou de tristesse. Ne pratiquant aucun sport, même le golf, n’aimant pas la musique, il s’est trouvé une capacité à s’abstraire, lui qui se qualifie d’anti-joueur, des dangers de la spéculation financière. Résumant sa conception de l’histoire, il estime que ce n’est ni l’argent, ni le sexe qui mènent le monde, mais le goût du sang, l’acte de tuer. Son dernier chapitre sur l’argent, vis-à-vis duquel il n’a jamais ressenti ni culpabilité, ni fierté, mérite d’être examiné avec attention. On connaît les rapports particuliers qu’entretiennent les Français à l’argent ; en ce moment de critique des stock-options, les propos de Michel David-Weill apporteront de l’eau au moulin. Trouvant que le métier de banquier d’affaires est trop bien rémunéré, il s’en accommode, ne voyant pas comment faire autrement en ces temps de rude concurrence. L’argent donne une extraordinaire liberté et crée des devoirs, d’où le mécénat auquel il se livre en matière d’art, de santé et à l’égard des institutions juives.


Catherine DONZEL, Voyages en Asie, Chêne, 2006, 320 pages.

Le voyage en Asie n’est pas un voyage, mais une aventure. Mais qu’est-ce donc que l’Asie dans l’imaginaire des voyageurs du XIXe siècle, qu’ils fussent les premiers touristes argentés, les globe-trotters sur les traces de Phileas Fogg, les bourlingueurs aux cœur tendre, pour ne pas parler des voyageurs par nécessité ou vocation, missionnaires, marchands, administrateurs, militaires et marins, enseignants ? Pour nombre d’entre eux, l’Asie fut bien ce continent, vaste comme un monde, varié comme l’imagination qu’ils échafaudèrent sans jamais en venir à bout. Dans un style émouvant, aidée d’une iconographie exceptionnelle où clichés anciens, bistres ou grès, se mêlent à une collection de vieilles carte postales, Catherine Donzel restitue cet entrelacs d’itinéraires, de routes maritimes, mode de transport obligé avant qu’on en vînt à l’avion, qui lui aussi n’était pas ce qu’il devint par la suite. Que l’on songe qu’avant la Seconde Guerre mondiale, Tokyo restait à quarante-trois heures de vol de l’Europe ! Endroits mythiques, qui ont produit tant d’œuvres littéraires : la mer Rouge, le golfe d’Aden, puis Ceylan, le Singapour de Somerset Maugham, qui se reposait au Raffles où parfois un tigre venait se coucher sous une table de billard. Les riches collectionneurs, comme Henri Cernuschi ou Émile Guimet, révélèrent leurs trésors au public et suscitèrent des vocations. Alexandra David-Neel se souvient que c’est précisément au musée Guimet (inauguré en 1889) qu’elle décide à vingt ans de sa vocation d’exploratrice. Les parents de Marguerite Duras, tous deux instituteurs, postulent pour l’Indochine, « victimes de la propagande coloniale mais aussi – et plus sûrement encore des ténébreuses lectures de Pierre Loti ». Car il n’y aurait pas de voyage en Asie sans Pierre Loti qui promène sa mélancolie de Colombo à Nagasaki. Ce voyage en Asie s’effectuait jusqu’en 1950 par mer. Il durait des semaines, sinon des mois, avant l’ouverture du Canal de Suez, ponctué d’escales mythiques : Port Saïd, Aden, Djibouti, Colombo, Singapour… Les voyageurs européens rencontrent alors les Américains voyageant à travers le Pacifique ou, après 1896, lorsque onze paquebots japonais assurent la liaison entre le Japon et l’Europe, les Japonais à l’affût de la modernité. L’Ouest rencontre l’Est dans une double fascination pour l’Orient et l’Occident. Ces rêves se rencontrent, se fécondent ou se heurtent. Le voyage en Asie nous conduit à Ceylan, en Inde, Indochine, Malaisie, Indonésie, Chine et Japon. Un livre savoureux, qui nous met sur les pistes de l’imaginaire et nous apprend beaucoup sur l’Asie d’aujourd’hui.


Stéphane FOUKS, Les nouvelles élites, Plon, 2007, 136 pages.

Qu’est devenue la « génération Mitterrand », dont les parents avaient fait 1968 et qui a voté à gauche en 1981 ? La génération des nouvelles élites est celle des « déçus de la gauche ». Âgés de 30 à 45 ans, les membres de cette génération sont arrivés au pouvoir avec la présidence de Nicolas Sarkozy. Quel regard portent-ils sur la France ? Quelles sont leurs attentes, leurs valeurs ? Avec ses équipes, Stéphane Fouks président d’Euro-RSCG, a conduit à partir de 2005 une enquête approfondie sur ce groupe d’âge. Première caractéristique : un assez net regret de la « disparition » des idéologies. Loin d’être conçue comme une simple libération, elle est vécue souvent comme une privation, voire la confiscation d’un cadre de référence et d’un système de pensée permettant de s’acculturer à la vie politique et sociale. En tendant à s’accaparer le rôle de la dernière « génération révolutionnaire », leurs parents, les soixante-huitards, ont contribué à stériliser le débat politique et l’élan romantique. Il convient pourtant d’ajouter le rôle qu’a joué la crise économique dans ce nivellement d’idéologies. La nouvelle génération, la troisième ou quatrième de l’après-guerre, intègre pleinement le risque comme facteur de progrès, est partisane des débats participatifs et s’oppose farouchement au cumul des mandats. Pour elle, les valeurs mises en avant sont la liberté, l’engagement, l’efficacité, la responsabilité, la création, en un mot l’action. Retour du débat, aussi, de la parole et invention d’un nouveau langage. L’élection présidentielle de mai 2007 a révélé que la priorité des nouvelles élites est d’établir « qu’une des choses à changer est la forme de la démocratie », qu’il faut rebâtir les règles du jeu. Pour elles, la démocratie participative est « une vraie conviction générationnelle ».


Édouard GLISSANT, Mémoires des esclaves, Gallimard, 2007, 178 pages.

« Le 10 mai 2001, le Parlement adoptait à l’unanimité une loi faisant de l’esclavage un crime contre l’humanité. La France devenait ainsi le premier pays à reconnaître l’ampleur des souffrances et de l’humiliation subies par des millions d’hommes et de femmes à travers le monde », rappelle Dominique de Villepin dans sa préface. Aussi fut-il demandé à Édouard Glissant de poser les jalons d’une réflexion visant à préciser les contours d’un futur Centre national consacré à la traite, à l’esclavage et à ses abolitions. Il s’est acquitté de cette tâche en n’hésitant pas à brasser mémoires, blessures, souvenirs, questions. Il se souvent qu’arrivé à Paris, en 1946, des dames lui demandaient : « Monsieur, puis-je toucher vos cheveux ? » Comment et pourquoi, aussi longtemps, et en tant de lieux en Afrique, au Moyen-Orient, aux Amériques, l’homme a-t-il traité d’autres hommes de manière dégradante ? Il ne s’agit pas d’explorer ce seul passé, mais surtout inscrire l’avenir dans une nouvelle trajectoire. Édouard Glissant a contribué ainsi à jeter les fondements d’un nouvel humanisme. Peut-on encore utiliser ce terme ? Certainement, pense Glissant. Une mémoire partagée est indispensable pour bâtir une France de la diversité. Certes, la « différence des vécus et des conceptions que nous avons de l’identité collective, mais aussi de l’histoire et de la mémoire, et des intérêts de la nation, celle qui est la nôtre, comme celle que nous souhaiterions avoir, et peut-être des relations entre nations, selon les communautés envisagées, vient creuser encore l’écart entre ceux que la question d’un centre à la mémoire de l’esclavage intéresse ou passionne et ceux qu’elle rebute ». Il a tenté de combler ce fossé par les réflexions, les propositions et les orientations de ce rapport. Mais il ne sera nullement aisé de financer un Centre de 5 000 m2 doté d’un effectif de 23 personnes, d’un mémorial et de trois agences d’exécution.


Ruy GONZALES DE CLAVIJO, La route de Samarkand au temps de Tamerlan, Imprimerie nationale, 2006, 352 pages.

Ruy Gonzalez de Clavijo, ambassadeur du roi de Castille, s’est rendu de Cadix à Trebizonde, sur les rives de la mer Noire, en bateau, en 1403, puis de là, en caravane, jusqu’à Samarkand où il regarda dans les yeux le redoutable Tamerlan, Timour Lang ou Timour Beg, Timour, pour le fer, Beg, pour seigneur. Puis ses compagnons et lui s’en retournèrent en Castille, apprenant en chemin la nouvelle de la mort du redoutable chef de guerre. Clavijo rédigea, en 1406, le récit de son périple, avec une précision inégalée, unique récit que l’Occident possède du voyage d’un Européen dans l’empire de Tamerlan. Celui-ci apparaît sous les traits d’un vieillard, âgé de soixante-neuf ans, sobrement vêtu, digne et sévère, plein de distinction, actif et au courant de tout, craint et obéi au doigt et à l’œil par ses sujets, courtois avec ses invités et attentionné, même envers ces chrétiens qui lui arrivèrent du bout du monde. Ceux-ci ne sont d’ailleurs pour lui que les représentants, après d’autres, de ces mêmes « Francs » avec qui il avait déjà échangé des promesses d’alliance, en particulier le roi de France auquel il avait adressé un message, en 1403, dont l’écriture défiait les connaissances des clercs de la chancellerie de Charles VI. À cette époque, Tamerlan règne sur un empire qui s’étend de la Turquie actuelle au Sinkiang chinois, englobant les territoires de l’Asie centrale, de l’Iran et du Pakistan contemporains. Ce récit, transcrit et modernisé, complété en certains endroits, nous permet de suivre jour par jour ce périple exceptionnel de Trébizonde à Tabriz par la route : l’Arménie, l’Iran occidental, le Khorasan, puis l’entrée dans le pays de Samarkand. À sa lecture, on perçoit les traces que l’occupation tatare a laissées en Russie, le mot d’origine mongole Yamtchï désignant les hommes qui sont chargés du service des relais des chevaux étant devenu yamtchik dans la vieille Russie. Sur les yourtes, les jardins de Samarkand, les réceptions, Clavijo livre des informations savoureuses qui, sur certains points, demeurent actuelles comme les délicieux melons des environs de Samarkand.


Valérie GUILLAUME et Dominique VEILLON, La Mode. Un demi-siècle conquérant, Gallimard, « Découvertes, 2007, 128 pages.

La mode incarne la civilisation de son temps. S’y reflète l’évolution des habitudes, des comportements et des corps. Elle est essentiellement une mise en scène de soi, se trouvant à l’intersection de l’intime et du public. À son propos s’affrontent les forces d’individualisation et d’égalisation. Mais depuis plusieurs décennies les frontières traditionnelles ont éclaté. L’unisexe hybride échange et brouille les codes masculins et féminins, Un vêtement ne doit pas être avant tout masculin ou féminin, mais plutôt refléter l’interaction, le jeu de rôle. Le succès d’une mode dépend pour une large part de l’existence d’une « mise en scène ». Le spectacle, symbolisé par le défilé, vite devenu un « show », est l’un de ses éléments essentiels. Le propre de la mode, c’est d’être vue et de voir. Beaucoup de choses ont pourtant évolué du fait d’une relative démocratisation de la mode et du rôle croissant joué par le marketing et la communication. En quelques années, on est passé des stars, qui étaient jugées sur leur degré de divergence vestimentaire par rapport à la norme, aux mannequins professionnels, devenus les idoles des temps modernes. Mannequins devenant stars ou stars se muant en mannequins, tout est devenu fluide… Les deux auteurs présentent l’évolution de la profession et ses différentes composantes et s’étendent sur l’économie de la mode, la France détenant encore le tiers du marché mondial, mais devant subir la concurrence des griffes italiennes, puis des marques mondiales. Du créateur aux divers points de vente, toute la chaîne de cette activité est présente. Une synthèse vivante et suggestive, cinquante ans après l’apparition du terme « consommation », pour la première fois en France, dans la revue Esprit.


Gérard HADDAD, Le Péché originel de la psychanalyse. Lacan et la question juive, Seuil, 2007, 313 pages.

Psychanalyste et traducteur de Y. Leibowitz, Gérard Haddad a toujours croisé ces deux mondes culturels pour proposer sur l’un et l’autre un regard original. C’est la psychanalyse, en la personne d’un de ses papes du XXe siècle, Jacques Lacan, qu’il interroge ici au miroir du judaïsme. L’affaire remonte à 1963 au moment où Lacan est exclu de l’Association internationale de psychanalyse. C’est l’interprétation que Lacan donna de cette « excommunication », à l’image de Spinoza auquel il s’identifia, qu’examine ici Gérard Haddad en montrant comment celle-ci entendait mettre au jour chez Freud un refoulé : l’objet juif. Piste à suivre : la première séance du Séminaire et l’idée qu’il existe selon l’expression de Lacan lui-même « un péché originel de la psychanalyse » qui renvoie à un refoulé chez Freud. Remettre l’analyse sur pieds, tout comme Marx entendait remettre la philosophie sur les siens, implique de dévoiler ce non-dit au cœur de la découverte de l’inconscient. À cela répond en écho l’idée chez Lacan qu’il « faut remettre en question l’existence des Juifs ». Fort de ses relations personnelles avec le maître défunt, Gérard Haddad prolonge l’interrogation y ajoutant ses propres mondes. C’est ce qui explique que le livre se présente à la manière d’un puzzle, montage de citations de Lacan que l’auteur assemble à partir de la fascination exercée par le judaïsme sur Lacan, et l’idée que sa doctrine s’est en partie constituée dans une confrontation avec la représentation qu’il s’en faisait. G. Haddad ne craint pas de bousculer l’autoportrait du père, montrant comment « la Chose » juive sur laquelle travaille Lacan n’a que peu à voir avec la réalité du judaïsme. Ce que Lacan ignore surtout, selon l’auteur, ici dans la suite de la pensée de Leibowitz, c’est la « dégénérescence » qu’a connue le judaïsme depuis l’Émancipation. Plus grave surtout, à partir de cette idée fausse du judaïsme, Lacan a entraîné ses disciples dans une problématique dépourvue de sens autre que celui se rapportant à son histoire personnelle. En refaisant le chemin, c’est cette impasse dont Gérard Haddad entend faire sortir la quête psychanalytique.


Joseph KESSEL, Jugements derniers. Les procès Pétain, de Nuremberg et Eichmann, Tallandier, 2007, 238 pages.

Le maréchal Pétain, ex-chef de l’État français assiste, muré dans le silence, à son procès au Palais de Justice à Paris en août 1945. À la barre des témoins défilent des hommes que tout oppose, de Laval à Blum. Pierre Lazareff a demandé à Joseph Kessel de couvrir pour France-Soir le procès du Maréchal devant la Haute Cour. Devant Georges Bernanos, François Mauriac et Léon Werth qui suivent le procès respectivement pour Combat, Le Figaro et Résistance, il faut en effet une plume à la hauteur de l’événement. Le nom de Kessel, qui a donné à la Résistance à la fois son épopée et son hymne, L’Armée des Ombres et le Chant des Partisans, s’impose comme une évidence. À Nuremberg en novembre 1945, vingt-et-un dignitaires du IIIe Reich prennent place sur le banc des accusés. C’est encore Joseph Kessel qui suit les premières audiences de ce procès au cours duquel les « faux dieux » nazis sont mis à nu lors d’un procès international, le premier du genre. À Jérusalem, en avril 1961, Adolf Eichmann, seul dans son box de verre, répond devant un tribunal israélien de sa participation à la Solution finale. Là encore, Joseph Kessel est l’envoyé spécial de France-Soir pour y assister. Il s’est trouvé en ces trois lieux, à ces trois moments. Son talent exceptionnel d’homme de lettres, son expérience personnelle des drames du XXe siècle se mettent ici au service d’un récit dramatique où la justice rencontre l’histoire. Ses comptes rendus d’audience sont d’une lecture captivante. Il ne s’attarde guère sur la procédure. Seuls les hommes l’intéressent : leurs gestes, leurs regards, leurs voix, leurs silences, les incidents de séance, les émois de l’auditoire. On aurait tort cependant de ne lire ces chroniques judiciaires que comme une succession de morceaux de bravoure. Car derrière l’éclat du style transparaît autre chose : un discours qui, par ses obsessions comme par ses non-dits, reste marqué par des schémas de pensée qui semblent aujourd’hui surannés.


Yves LACOSTE, Atlas géopolitique, Larousse, 2007, 192 pages.

Yves Lacoste, géographe et historien, spécialiste de la géopolitique, directeur de la revue Hérodote, vient de mettre à jour son Atlas géopolitique paru en 2006. Non seulement il analyse à l’aide de cartes et de réflexions toujours percutantes, les grands ensembles géopolitiques (États-Unis, Russie, Chine, Inde, Brésil) et passe en revue les points chauds (Afrique, Méditerranée, Balkans, ex-URSS, Iran, Irak, monde musulman, islamisme, géopolitique du pétrole, détroits internationaux), mais surtout il fournit une cartographie originale. Celle-ci superpose différents plans, accompagnés d’encadrés factuels et chiffrés. L’un des apports d’Yves Lacoste est de distinguer les zones par leurs surfaces, des très grands espaces de plus de 10 millions de km2 aux analyses de terrain, ponctuelles, comme le verrouillage actuel de Gaza, opéré par Tsahal. Du terrain, enjeu de luttes de proximité jusqu’aux enjeux planétaires (Occident/islam), une série de plans intermédiaires s’étagent, autant de théâtres d’affrontements idéologiques, stratégiques ou économiques ou enceintes de dialogue. Cette nouvelle version de l’Atlas géopolitique, plus maniable que la précédente, fournit une bonne synthèse de la gamme des problèmes géopolitiques contemporains.


François LAGRANGE et Jean-Pierre REVERSEAU, Les Invalides. L’État, la guerre, la mémoire, Découvertes Gallimard, 2007, 128 pages.

C’est en 1675 que, par munificence royale, Louis-le-Grand a fondé les Invalides pour ses soldats et ceux à venir dans la suite des temps. Quaremère de Quincy a résumé l’essentiel en 1808 : « De tous les monuments élevés par Louis XIV il n’en est peut-être aucun qui soit plus digne que celui-ci d’illustrer son règne : sublime par la dignité de son objet, remarquable par la grandeur de son plan et la beauté de son exécution, cet édifice attestera pendant plusieurs siècles la bienfaisance du monarque qui l’a fondé ». Le dôme de Jules Hardouin Mansart est particulièrement réussi avec sa coupole intérieure, ouverte en son centre pour laisser voir la peinture des apôtres, puis sur le bandeau fleurdelisé les douze rois de France. Les Invalides furent tout à la fois un couvent, un hôpital, un atelier et une caserne. Mais c’est la décision, prise en 1840 par Louis-Philippe, de faire édifier dans l’église du Dôme le tombeau de Napoléon, qui convertit les lieux en panthéon militaire national. Puis, dernière fonction devenue essentielle, celle de musée, celui de l’Armée, qui n’a cessé de se développer. L’originalité des Invalides est d’avoir sauvegardé pour l’essentiel ses fonctions d’origine. Le pouvoir d’État dans sa composante militaire est représenté à un niveau élevé : le gouverneur militaire de Paris y séjourne. Il est fort peu probable que survienne un nouveau président qui, comme François Mitterrand en 1981, envisage d’y établir la présidence de la République – il dut d’ailleurs y renoncer pour des raisons de coût.


Antoine LORGNIER, Pays-Bas, VILO, 2006, 142 pages.

Longtemps considérés comme un modèle d’intégration sociale et de réussite économique, les Pays-Bas traversent une période d’interrogation. Le non à la Constitution européenne, l’assassinat du leader populiste Pim Fortyun et du réalisateur Theo van Gogh traduisent un malaise au sein de la société néerlandaise où coexistent deux cents nationalités comme à Amsterdam, la « Venise du Nord » ou la « San Francisco des Brumes ». Ces chocs ont été un traumatisme pour les Néerlandais qui cultivent volontiers un humanisme hérité du XVIIIe siècle avec Érasme, Baruch Spinoza ou encore Hugo Grotius qui fixe, dès 1619, les premières règles du droit à respecter en temps de guerre. Pourtant, les Pays-Bas ont été souvent au cœur de l’Europe et la ville de Maastricht, ville la plus méridionale du pays, a symbolisé cet effort de l’unification, en donnant son nom au Traité. Là, la notion de frontière est plus floue qu’ailleurs. Les habitants parlent le flamand, l’allemand et le français aussi couramment que le néerlandais. Liège est à un quart d’heure, Aix-la-Chapelle à moins d’une demi-heure, Luxembourg à une heure et quatre des plus grandes villes européennes (Amsterdam, Bruxelles, Paris, Bonn) se trouvent à moins de cinq heures de voiture. Les Pays-Bas peuvent également s’enorgueillir d’être un pays performant. Troisième exportateur mondial de produits agricoles après les États-Unis et la France, huitième exportateur mondial grâce à Rotterdam, ils font preuve d’une grande générosité en matière d’aide au développement en y consacrant 0,8% de leur PIB. C’est le moment de revisiter ce pays, qui fait encore l’objet de clichés (tulipes, fromage, Amstel Beer) chez la plupart des Français qui, encore fréquemment, le dénomment la Hollande, mauvaise habitude, héritée de l’éphémère Royaume de Hollande, fondé en 1806 par Napoléon et qui englobait alors la riche région de Hollande. Le nom de Pays-Bas date pourtant de 1581. La toute jeune République fut baptisée Provinces-Unies des Pays-Bas et l’actuelle reine Béatrix, qui porte le titre de Koningin der Nederlanden, règne sur un ensemble plus vaste que les Pays-Bas : les Antilles néerlandaises (Saint-Martin, Bonaire, Curaçao, Saba, Saint-Eustache) et l’île d’Aruba dans les Caraïbes. Plus d’un tiers de la superficie du pays où la pression démographique est l’une des plus importantes du monde (478 habitants au km2) se trouve au dessous du niveau de la mer et c’est là que se concentre l’essentiel de la population, soit près de 10 millions de personnes sur les 16 que compte le pays. Un voyage culturel, social et politique à travers ce pays et ses villes, comme Rotterdam, le plus grand port du monde, La Haye, ville internationale, et Delft, berceau historique du pays.


Joseph DE MAISTRE, Œuvres, éd. établie par Pierre Glaudes, Robert Laffont « Bouquins », 2007, 1348 pages.

Certes, Joseph de Maistre était le théoricien de la contre-révolution. Il serait inexact pourtant de faire l’amalgame entre Bonald, Ballanche et Maistre. Certes, Maistre développe une philosophie de la transcendance, qui emprunte à ce que Weber devait appeler la légitimation de la domination par la tradition. Adversaire des droits de l’homme et de la démocratie, Maistre doit-il être banni de nos lectures ? Ne peut-on rien en apprendre ? Quelles raisons a-t-on de lire un tel penseur au début du XXIe siècle ? s’interroge Pierre Glaudes, professeur de littérature française à l’université de Toulouse II. Des hégéliens, des saint-simoniens et des fouriéristes s’intéressent à lui. Proudhon le cite à treize reprises dans son Guerres et Paix (1861) ; Auguste Comte s’y intéresse. Au XIXe siècle, ses adversaires, tel Larousse, lui rendent hommage. À la suite de Baudelaire, l’intérêt pour de Maistre est constant chez des écrivains tels Verlaine, Claudel, Bloy, Camus – et bien sûr Maurras. Suarès fait de lui l’écrivain véritablement chrétien et oppose son christianisme de foi au christianisme de littérature de Chateaubriand. Cioran s’intéresse paradoxalement à son dogmatisme « aussi habile à compromettre ce qu’il aime que ce qu’il déteste ». George Steiner suggère aussi qu’il annonce le malaise idéologique de la modernité en montrant la violence inscrite dès l’origine dans l’émancipation révolutionnaire. On peut aussi s’intéresser à sa langue, belle et ample, quoique désuète. Cet ouvrage réunit un choix de ses œuvres les plus célèbres Considérations sur la France, Essai sur le principe générateur…, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, Eclaircissement sur les sacrifices , mais aussi des textes moins connus et partiellement inédits. Ce volume s’accompagne d’un petit dictionnaire de la pensée maistrienne.


Jean-François MATTÉI, Le regard vide. Essai sur l’épuisement de la culture européenne, Flammarion, 2007, 306 pages.

Que la culture soit au cœur de la construction de l’Europe, voilà ce que l’on savait depuis longtemps. Que la culture soit partie prenante de sa crise, mais aussi voie de sortie, c’est ce que nous avait appris le philosophe Marc Crépon à travers une réflexion sur les langues. J.-F. Mattéi rouvre ici le dossier, formulant l’hypothèse qu’en se montrant infidèle à la nature même de son identité culturelle, l’Europe a perdu sa substance. C’est donc celle-ci qu’il lui faut recouvrer en opérant un retour sur elle-même. L’identité européenne avant tout comme une « formation du regard », « regard d’emblée universel et par là même abstrait », dirigée dans une triple direction, le monde, la cité et l’âme. Cette dimension du regard implique donc la dimension d’un voyage, voyage qu’il nous faut à tout moment renouveler et qui nous met à l’abri des scléroses politiques. À condition toutefois de renouer avec la dimension transcendante du regard qui, de l’Antiquité au XXIe siècle, a tracé le chemin des Européens.


Jean-Claude MICHÉA, L’Empire du moinde mal. Essai sur la civilisation libérale, Castelnau-le-Lez, Climats, 2007, 209 pages.

C’est une pensée originale que celle de Jean-Claude Michéa, philosophe, spécialiste de l’œuvre de George Orwell, qui examine le libéralisme à la lumière de son développement interne. Familier des auteurs libéraux, loin de caricaturer leur pensée comme c’est souvent le cas, il prend pour point de départ la conception que le libéralisme se fait de la nature de l’homme. Son pessimisme rompt en effet avec l’idée qu’il s’agit sur terre de préparer l’avènement d’un monde meilleur pour au contraire chercher à instaurer la moins mauvaise des sociétés possibles. C’est à cela que s’appliquent les deux mécanismes fondateurs du libéralisme, la société de marché, dont le but est d’équilibrer les volontés individuelles, et l’organisation politique. Mais il en souligne au passage les contradictions internes. Celles-ci seraient heureusement résolues si le libéralisme, renonçant au dogmatisme de l’égoïsme, en venait à accorder aux hommes un peu plus de générosité et d’oblativité. Ce manque de pragmatisme débouche alors sur le paradoxe ultime du libéralisme. Par désespérance sur la nature humaine, il en vient à postuler, pour assurer le fonctionnement de ses principes, l’existence d’une nature humaine idéale qui leur corresponde. L’individu libéral devra ainsi sacrifier sa vie pour permettre à son entreprise d’être plus compétitive, uniquement vouée au marché, annihilant toutes ses autres caractéristiques. Pendant de cette fuite en avant, l’outil technologique permet seul de dépasser la contradiction entre l’avènement de l’Homme nouveau que requiert un libéralisme globalisé et l’égoïsme individuel dans lequel les citoyens s’acharnent à se complaire. Ainsi passe-t-on dans un ultime glissement et, par une pirouette dont J.-C. Michéa a le secret, de l’Empire du moindre mal au Meilleur des Mondes.


Stéphane MOSÈS, Exégèse d’une légende. Lectures de Kafka, Éd. de l’Éclat, 2007, 123 pages.

C’est un dernier cadeau que Stéphane Mosès nous a laissé quelques mois avant sa disparition : une méditation comme il les aimait autour de l’œuvre de Kafka. Il n’est d’ailleurs pas indifférent que cette dernière lecture porte sur Franz Kafka, l’un des auteurs qui l’a accompagné durant toute sa vie. De cette œuvre, explorée comme sans doute aucune autre au XXe siècle, Stéphane Mosès choisit à travers quatre courts essais de mettre en exergue la sophistication de la structuration, des « contes pour dialecticiens » disait l’ami de Kafka, Max Brod, mais aussi la pluralité des interprétations que l’auteur lui-même offre à ses lecteurs. C’est tout l’art de l’interprétation de Stéphane Mosès, entre érudition et fulgurances, l’attachement qu’il portait à ses auteurs de prédilection et sa volonté de transmettre celui-ci à ses lecteurs qui se laissent lire ici. Du « Silence des Sirènes » au Procès en passant par La Métamorphose, voici d’une certaine façon la boucle bouclée. La dernière leçon que nous livre Stéphane Mosès tient dans le fait que, pas plus que dans l’herméneutique rabbinique que Kafka s’était plu à mettre en une forme sécularisée, aucune interprétation ne prévaut sur une autre, aucune n’invalide les suivantes. C’est pourquoi au contraire de l’auteur sombre et tragique qu’on décrit souvent, le Kafka qu’il nous laisse en héritage est aussi lumineux que généreux « renonçant à tout dénouement définitif ».


Jean NIZET, La sociologie de Anthony Giddens, La Découverte, 2007, 128 pages.

On connaît surtout l’ancien directeur de la London School of Economics comme le père spirituel de la « troisième voie » chère à Anthony Blair. Mais en dehors des spécialistes, peu connaissent l’œuvre impressionnante de ce sociologue, né en 1938, auteur de quelque 35 livres, sans compter les co-éditions, et de centaines d’articles. Très tôt il s’est attaché à revisiter l’œuvre des grands fondateurs, Emile Durkheim, Max Weber et Karl Marx ainsi que celle des maîtres du XXe siècle. Son apport fondamental repose sur la théorie de la structuration qui consiste à dépasser le dualisme rencontré presque partout entre le rôle des acteurs et celui des structures, que l’on oppose trop facilement. Puis il a voulu mieux décrire les spécificités des sociétés modernes qui reposent sur quatre institutions, l’une d’entre elles, la puissance militaire, constituant un apport d’une grande originalité, tandis que les trois premières – le capitalisme, l’industrialisation et la surveillance se rattachent aux auteurs classiques ou contemporains. De même, sa conception de la « modernité radicale » met l’accent sur les expériences quotidiennes des individus, en particulier les rapports qu’ils ont avec leur corps (leurs choix en matière d’alimentation et de santé par exemple) et dans leurs relations intimes (relations de couple, d’amitié, etc.). Il n’en est pas resté à ce stade théorique, mais a réfléchi à la manière dont on devait pratiquer la politique autrement, ce qui a beaucoup contribué aux succès du New Labour. Sur le plan politique, il préconise une démocratie « participative », fondée sur la transparence des choix et processus de décision. L’idée de « politique générative » va au-delà et implique celle d’une politique préventive. Elle doit anticiper les problèmes plus qu’elle ne s’attaque aux conséquences négatives qu’ils ont déjà occasionnées. Une telle politique suppose également une décentralisation de l’action. Quant à la troisième voie, il ne s’agit pas tant d’effectuer une synthèse entre capitalisme et socialisme, comme certains le pensent hâtivement, mais de tenter de se frayer un chemin entre un couple de notions opposées : modernisation/conservatisme, individu/collectivité, autorité/démocratie. « Dans une société où la tradition et la coutume perdent de leur force, la seule manière d’établir l’autorité, c’est la démocratie. Le nouvel individualisme n’est pas forcément destructeur de l’autorité, mais celle-ci demande alors à être envisagée sur une base plus active ou participative ».


Alain REY, L’amour du français. Contre les puristes et autres censeurs de la langue, Denoël, 2007, 300 pages.

À l’heure où l’identité nationale suscite tant de débats, Alain Rey, l’homme des dictionnaires, le chroniqueur érudit spécialiste de l’étymologie, l’humaniste qui a consacré sa vie aux mots, offre ici une charge argumentée contre tous les faux « défenseurs » de la pureté de la langue française. Nombreux sont aujourd’hui les Cassandre qui prédisent l’agonie imminente du français, ou ceux qui se plaignent d’un recul de leur langue, qu’ils rêvent pure, claire et universelle, éternelle et riche d’un vaste et incomparable vocabulaire, résistante à toute « créolisation ». L’antienne à propos du déclin du français est aussi vieille que celui-ci : déjà au XVIIe siècle, on redoutait l’influence néfaste… de l’italien. Or, le français est bien une sorte de créole, qui s’est lentement imposé comme une langue majeure en combattant le latin tyrannique après être passée par les stades du « roman » et du « vieux français ». Mieux placé que quiconque pour savoir que les vigies de la décadence et les apôtres de la contention des langues mènent un combat d’arrière-garde, Alain Rey se range aux côtés de Rabelais et de Céline plutôt que de Malherbe et Vaugelas. Le génie d’une langue, c’est le produit de son histoire, notamment de toutes ses évolutions et de tous ses métissages. Dépassant les vaines querelles, Alain Rey affirme ici son amour du français, d’un français vivant, multiple et changeant, d’une langue que l’on peut d’autant mieux défendre que l’on connaît son histoire – et que l’on se garde de prendre pour argent comptant les mythes véhiculés par ses gardiens trop zélés. Sans craindre de se confronter à tous ses usages, du langage le plus châtié jusqu’aux SMS, il nous invite à un voyage savant le plus souvent divertissant – au pays du français tel qu’il est et non tel qu’on le rêve.


Merrit RUHLEN, L’Origine des langues, Gallimard, « Folio Essais », 2007, 423 pages.

À l’origine des recherches linguistiques au XVIIIe siècle, défendu par certains spécialistes de la grammaire comparée au XIXe siècle, le mythe de la « langue-mère », vieux rêve d’une humanité commune, ressurgit de temps à autre comme un serpent de mer dans les sciences humaines. On le trouve ici défendu sous la plume du linguiste américain Merritt Ruhlen dans la traduction d’un ouvrage paru aux États-Unis en 1994 et traduit en français en 1997. Élève du linguiste Joseph Greenberg et auteur d’une Comparaison des systèmes phonologiques de 400 langues, il participe des nouvelles interrogations qu’on voit ressurgir depuis quelques années sur l’origine du langage. Celles-ci se développent autour de deux directions : d’une part, des études physiologiques, à partir de fossiles, concernant les capacités des hommes préhistoriques, de l’autre, des spéculations sur une possible analogie entre les familles linguistiques et parentés génétiques des populations qui les parlent. Ce sont ces travaux qui ont poussé M. Ruhlen à proposer l’existence d’une langue commune à l’humanité remontant à plus de quarante mille ans. Partant des systèmes de classification des langues indo-européennes (chapitre 1) et africaines, asiatiques ou amérindiennes (chapitre 2), il établit la présence de principes communs au fonctionnement de ces taxinomies. Les chapitres qui suivent élargissent à l’ensemble du monde ces observations puis poussent plus loin encore la méthode comparatiste en montrant comment classifications linguistiques et classement génétiques répondent également à des critères communs. C’est de ces similitudes que M. Ruhlen tire la conclusion d’une langue commune à l’ensemble de l’humanité et dont descendraient toutes les autres.


Pauline SCHMITT PANTEL et François DE POLIGNAC (dir.), Athènes et le politique. Dans le sillage de Claude Mossé, Albin Michel, 2007, 351 pages.

Au sein du trio formé par J.-P. Vernant, P. Vidal-Naquet et C. Mossé au sein du Centre Louis Gernet, la dernière a incarné le point de vue de l’histoire. C’est à cette grande historienne de la Cité grecque, auteur d’une thèse sur la Fin de la démocratie athénienne et d’une bibliographie non moins importante, centrée autour de l’étude des institutions grecques mais aussi des questions sociales ou économiques comme la place de la femme, de l’esclavage ou du travail en Grèce, qu’est consacré ce recueil de textes. Hommage de ceux qui ont été ses élèves et sont maintenant des spécialistes de la discipline, il réunit entre autres les textes de F. Lissarague, A. Schnapp, C. Darbo-Peschanski, P. Schmitt Pantel, F. de Polignac ou F. Hartog. On a, à travers ces différentes approches, un aperçu de la question de la place d’Athènes dans le paysage religieux et politique de la Grèce ancienne mais aussi de la façon dont les études antiques et la lecture des auteurs classiques éclairent les questions économique et sociale de l’époque. On devine enfin tous les prolongements qu’ouvre aujourd’hui l’œuvre de Claude Mossé.


Michel SERRES, Rameaux, Le Pommier, 2007, 208 pages.

La pensée de Michel Serres est une arborescence nourrie de science et de philosophie, d’histoire, de cultures et de religions. Autrement dit, la lecture de Rameaux est parfois difficile, méandriforme et un effort certain est imposé pour retrouver un fil conducteur égaré dans un labyrinthe. D’emblée la thèse est présentée : nous avons à quitter notre vieux monde pour aborder un nouveau rameau évolutif et l’enfantement se fait dans la douleur. La tige ancienne s’étiole, elle représente le père, la répétition des lois, le format et le surgeon incarne le fils, le nouveau, l’aventure, l’événement, l’avènement. Même si le format est nécessaire puisqu’il impose la rigueur de la formation, le travail et la production (chacun est à sa place), il faut faire éclater le carcan et s’engager dans la voie de la création, du risque et de l’erreur possible. Les vrais novateurs font progresser la connaissance, mais ils ne sont pas forcément reconnus ; leurs projets sont refusés et la gloire ne vient pour eux que lorsque la génération précédente laisse la voie libre. À partir de l’inerte, l’évolution a fait naître le vivant, les espèces se sont diversifiées, l’homme a inventé les techniques, puis les biotechnologies. La frontière entre la matière et le biologique est abolie. Comme d’habitude, Michel Serres ne nous raconte pas la fin du « grand récit » : c’est à nous de le construire. Est-ce pour nous un message d’espoir ou d’inquiétude ?


Michel SERRES, Le mal propre, Polluer pour s’approprier ?, Le Pommier, 2008, 96 pages.

Dans cet essai, Michel Serres défend et même martèle la thèse suivante : les animaux et les hommes marquent leur territoire de leurs excréments et de leurs déchets pour s’approprier le lieu qu’ils ont souillé. Le propre, le nettoyé, le net n’appartient à personne, le sale est à celui qui a laissé sa marque et qui n’est pas incommodé par ses immondices. La démarche de l’appropriation est une nécessité, mais celui qui revendique un terrain a souvent à lutter contre un rival qui veut posséder le même bien. Dans le sol de la nation, les morts sont enterrés et cette terre des ancêtres devient sacrée après avoir été conquise et purifiée par le sang. Après avoir tellement abusé de la pollution, de l’accumulation des déchets, nous perdons notre qualité de propriétaire. Les gestes de salissures correspondent à une expansion de l’humain dans l’espace que nous ne pouvons plus posséder. C’est la voie de la désappropriation et de la décolonisation des lieux. Pourrons-nous repenser un nouveau contrat, accepter de n’être que des locataires, enlever des strates de déchets pour redévoiler la beauté du monde ? Cela suppose beaucoup d’efforts, mais il s’agit de survivre, de défendre des biens inestimables comme l’eau, l’air, le feu, la terre et le vivant, et d’aller vers une nouvelle liberté. Avons-nous un autre choix ?


Georges SOREL, Les illusions du progrès suivi de L’avenir socialiste des syndicats, L’Âge d’homme, 2007, 316 pages.

Si ses Réflexions sur la violence ont été assez souvent lues, tout au moins abondamment citées, en raison de leur titre évocateur, en revanche Les illusions du progrès sont restées dans l’oubli. Seul Gramsci a reconnu plus tard les mérites de la théorie sorélienne de la lutte des classes tout en évoquant ses faiblesses de caractère. Mais le pire, on le sait, est d’avoir servi d’inspirateur aux fascistes italiens, ce qui a contribué à le discréditer durablement. D’où l’intérêt qui s’attache à ces deux œuvres, introduites par Yves Guchet, agrégé de droit public, professeur émérite de l’Université de Paris X-Nanterre. Pour la bourgeoisie, pensait Sorel, l’idéologie du progrès avait pour principe de trouver des explications simples permettant de « résoudre les difficultés que présente la vie quotidienne ». Pour lui, le progrès n’apparaît pas « comme l’accumulation de savoirs mais dans l’ornement de l’Esprit qui, débarrassé des préjugés, sûr de lui-même et confiant dans l’avenir, s’est fait une philosophie assurant la bonheur à tous les gens qui possèdent les moyens de vivre largement ».


Jacques THUILLIER, La galerie des Glaces, Gallimard, « Chef-d’œuvre Découvertes », 2007, 128 pages.

Achevée en 1684, la somptueuse Galerie des Glaces qui renfermait, outre son décor de marbre et de bronzes dorés, 357 miroirs, allait constituer le cadre privilégié des grandes fêtes de la Cour. Mais ce chef d’œuvre incomparable était mort, victime des outrages du temps et des restaurations abusives. Après avoir servi d’hôpital aux troupes allemandes de la guerre de 1870, elle vit la cérémonie du sacre de Guillaume 1er de Prusse, nouvel empereur d’Allemagne en 1871, puis la signature du traité de paix de 1919. La faire revenir à sa splendeur passée fut le défi lancé en 2002, tenu en moins de cinq ans grâce au mécénat de VINCI. Tout le monde y était entré, mais personne ne l’avait vue, car elle était invisible. La voilà désormais redevenue visible de tous, ce qui, avoue Jacques Thuillier, professeur honoraire au Collège de France, relève du miracle.


Chaïm WIRSZUBSKI, Pic de la Mirandole et la cabale. Suivi de Gershom Scholem, Considération sur l’histoire des débuts de la cabale chrétienne, Éd. de l’Éclat, 2007, 498 pages.

La cabbale chrétienne est un des chapitres singuliers des relations judéo-chrétiennes. Parue en 1989, cette étude consacrée à Pic de la Mirandole comble un vide. Le nom de Pic est en effet généralement cité comme la principale figure de la cabale chrétienne sans que les commentateurs aillent plus avant dans leurs études. Disciple de Gershom Scholem, C. Wirszubski, disparu en 1977, livre non seulement ici une étude approfondie du personnage de Pic, mais aussi un éclairage encore inédit sur les sources cabalistiques dont il a usé ainsi que son interprétation des doctrines fondamentales de la Cabale. La thèse qui parcourt l’ouvrage et s’y trouve pour la première fois véritablement étayée fait de Pic de la Mirandole le fondateur de la Cabale chrétienne. En effet, le rapprochement de ses sources et de leur utilisation, notamment à travers son mode de traduction, montre comment la cabale chrétienne n’a pu naître que du type de syncrétisme très particulier auquel aboutit sa pensée. Ceci en fait un livre indispensable non seulement pour ceux qui s’intéressent, au-delà de la Cabale, aux formes antiques et modernes du mysticisme, notamment autour du néoplatonisme de Marcile Ficin, mais plus encore à la manière dont l’hébreu et la littérature cabalistique ont, dès le XVe siècle, participé à la formation de la pensée occidentale, au-delà du rôle de passeur que l’on reconnaît généralement aux juifs. L’étude de C. Wirszubski réintroduit ce faisant le judaïsme dans l’histoire culturelle de l’Europe. On saluera le travail d’édition que l’on doit à Michel Valensi, notamment à travers la mise au point d’un appareil critique ajoutant une chronologie, une table de l’alphabet hébreu et une bibliographie, mais également la traduction des citations d’œuvres cabalistiques souvent inédites, ainsi que l’ajout de notes qui éclairent de nombreuses notions inconnues du lecteur contemporain. Ceci permet de mettre à la portée d’un public curieux mais non averti un ouvrage que sa présentation antérieure condamnait à l’érudition. Enfin, la publication du texte de G. Scholem consacré aux débuts de la Cabale chrétienne contribue à rendre plus accessible encore l’ensemble en le replaçant dans un panorama plus vaste.