Remarques sur la théorie de la décroissance

Remarques sur la théorie de la décroissance

Drieu Godefridi

« J’aimerais nous renvoyer au temps de la civilisation des Bonobos »
Serge Latouche

“I’m already thinking ahead to the necessity of these authoritarian methods in order to save the human species”
Hans Jonas

La décroissance est un concept à la mode : des séminaires sur la décroissance sont organisés dans nos universités ; des colloques internationaux rassemblent sur le sujet des experts du monde entier ; la presse généraliste s’en montre de plus en plus friande. L’objectif de cet article est de définir la décroissance, d’en examiner la généalogie théorique et d’évaluer les effets pratiques de son hypothétique mise en œuvre. Il sera temps, alors, de conclure sur un concept qui n’est peut-être pas aussi neuf et engageant que ses promoteurs le soutiennent.

Définition

« Pour concevoir la société de décroissance sereine et y accéder, il faut littéralement sortir de l’économie. Cela signifie remettre en cause sa domination sur le reste de la vie, en théorie et en pratique, mais surtout dans nos têtes. Une réduction massive du temps de travail imposé pour assurer à tous un emploi satisfaisant est une condition préalable. […] On peut […] synthétiser tout cela dans un programme en six “r” : réévaluer, restructurer, redistribuer, réduire, réutiliser, recycler. Ces six objectifs interdépendants enclenchent un cercle vertueux de décroissance sereine, conviviale et soutenable. On pourrait même allonger la liste des “r” avec : rééduquer, reconvertir, redéfinir, remodeler, repenser, etc., et bien sûr relocaliser, mais tous ces “r” sont plus ou moins inclus dans les six premiers. »
Décroissance : théorie selon laquelle il faut amener l’humanité à consommer moins de richesses, sous peine d’épuiser les ressources naturelles et de causer des dommages graves et irréversibles à notre environnement. La décroissance économique ne serait que le prélude à une décroissance démographique, le volume actuel de la population mondiale étant réputé intenable pour la « biosphère ».

Généalogie de la décroissance

La théorie de la décroissance est la reprise, en plus radical, du concept de « croissance zéro » prôné dans les années 1970 par le Club de Rome . Idéologiquement, cette théorie repose, d’une part, sur une vision malthusienne de l’économie qui veut que les ressources de la Terre étant limitées, il faut enrayer d’autorité la progression de la population mondiale si l’on ne veut pas condamner notre espèce à un brusque basculement dans la famine et, d’autre part, sur l’idée que l’humanité, trop nombreuse, menace la « biosphère », l’environnement.

Malthus : l’humanité comme menace pour elle-même

Le pasteur et économiste anglais Thomas Robert Malthus (1766-1834) tenait que la population progresse de manière géométrique et la production alimentaire de manière arithmétique , et il en concluait que l’avenir de l’humanité est menacé si les individus sont laissés libres de se reproduire à leur guise . Les thèses de Malthus reposent sur une vision statique des ressources naturelles et de la technique. L’histoire humaine depuis la révolution industrielle montre que le progrès technique permet, à l’inverse de ce que prévoyait Malthus, de nourrir à chaque génération davantage d’individus, notamment en exploitant des ressources que les avancées techniques mettent nouvellement à notre portée .
Reprenant à leur compte la contradiction qu’avait cru déceler Malthus, les partisans de la décroissance font valoir que notre monde, espace fini, n’est pas capable de nourrir une infinité d’êtres vivants . Il revient à l’économiste et statisticien américain d’origine roumaine Nicholas Georgescu-Roegen d’avoir mobilisé au profit de cette thèse classiquement malthusienne la deuxième loi de la thermodynamique, la loi de l’entropie, pour affirmer la dégradation inéluctable, par leur usage, des ressources naturelles utiles à l’humanité, et cela quels que soient les progrès techniques, lesquels sont inaptes à créer de nouvelles ressources.
Toutefois, si le progrès technique ne crée pas de nouvelles ressources, il les invente, et cela de deux manières : d’une part, en conduisant à une exploitation plus efficace des ressources connues (par exemple les terres agricoles), d’autre part, en amenant l’homme à exploiter des ressources dont il n’avait jusque-là pas même conscience. L’énergie nucléaire est un bon exemple : la technique n’a certes pas créé l’énergie nucléaire, mais sa découverte a doté l’homme d’une source d’énergie qui dépasse les visions les plus fabuleuses des siècles précédents . À ce titre, la thèse de Georgescu-Roegen comme, avant lui, celle de Malthus, pèche par sa vision statique des ressources naturelles et de la technologie .
D’un point de vue empirique, constatons que la globalisation des échanges est concomitante d’un recul généralisé de la faim dans le monde. Les rapports successifs de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) l’attestent : jamais autant d’êtres humains n’ont habité la planète ; jamais la proportion d’hommes souffrant de faim n’a été aussi faible .
Faut-il cependant concéder l’existence d’un seuil de population, même théorique, au-delà duquel les ressources naturelles seraient insuffisantes à nourrir tout le monde ? Nous ne le pensons pas, pour deux raisons logiques, l’une et l’autre décisives. D’une part, si les six milliards d’êtres humains qui peuplent actuellement la terre en épuisaient les ressources, que dire du volume cumulé de la population humaine à travers l’histoire depuis la genèse de l’humanité, soit approximativement 100 milliards d’êtres ? C’est à la disparition de la plupart des ressources naturelles que l’on aurait, logiquement, dû assister depuis fort longtemps. Or, non seulement la plupart de nos ressources n’ont jamais été aussi abondantes, mais elles n’ont jamais été aussi bon marché . D’autre part, le progrès technique n’a jamais été aussi soutenu et fécond que de nos jours. Bien malin, par conséquent, qui pourrait déterminer de manière crédible un « seuil malthusien ».

La Deep ecology : l’humanité comme menace pour la « biosphère »

L’idée que l’humanité est une menace pour l’environnement, ou la « biosphère », procède quant à elle du courant philosophique de la deep ecology. Lorsque les théories qui se réclament de Malthus se prévalent d’une préoccupation humaniste (c’est la survie de l’humanité qu’il s’agit d’assurer), la deep ecology quitte expressément la sphère de l’humanisme pour un inhumanisme parfois revendiqué , toujours implicite : ce n’est plus la survie de l’humanité qu’il s’agit prioritairement d’assurer, mais celle de la « biosphère ». La deep ecology est une idéologie qui considère que l’homme étant une nuisance pour la nature, il faut ramener l’humanité à de plus justes proportions : 500 millions pour certains auteurs écologistes, 100 millions pour d’autres, trois milliards pour d’autres encore. Comment ramener la population mondiale à de telles proportions ? C’est une question à laquelle la deep ecology ne répond jamais explicitement.
Au vrai, la deep ecology procède moins d’une analyse rationnelle que d’une vision romantique de la nature, car il n’est pas possible de déterminer de manière scientifique le niveau de population qui serait objectivement incompatible avec la préservation de la « biosphère », un concept holiste aux contours flous . Surtout, la deep ecology ne propose aucun plan concret pour sortir de l’économie de marché, sinon des généralités embarrassantes comme la « dictature bienveillante » chère à l’un des pères spirituels du courant deep écologiste, le philosophe allemand Hans Jonas .
Bien sûr, les théories dominantes en matière climatique accréditent l’idée que notre mode de vie actuel doit être adapté pour tempérer le réchauffement global observé au XXe siècle. Toutefois, ce constat n’implique nullement de verser dans les thèses de la deep ecology. Des rapports médiatisés comme le rapport de Sir Nicholas Stern soutiennent, tout au contraire, la possibilité, la nécessité même, de combiner une réduction des émissions humaines de gaz à effet de serre, et le développement économique. Ce sont là des considérations non valides pour la deep ecology, qui tient le concept de développement durable pour un oxymore, et qui s’est d’ailleurs construite bien avant qu’il n’ait jamais été question de réchauffement global .
Commune aux théories malthusiennes et à la deep ecology, la hantise de la croissance indéfinie de la population mondiale « si rien n’est fait », est aujourd’hui remise en cause par plusieurs études, qui constatent une diminution générale de la natalité dans les pays développés, de plus en plus nombreux, et qui prédisent, en conséquence, une prochaine stabilisation de la population mondiale . Le dernier rapport du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) indique un modeste taux de fécondité global de 2,58 (enfants par femme), soit 1,58 dans les pays développés, 2,79 dans les pays en développement et 4,80 dans les pays les plus pauvres . Le taux de fécondité global était de 2,98 en 1996 et la baisse est constante depuis trente ans.

Penser un monde décroissant : entre anarchie et planification

Le défaut de proposition alternative concrète à l’économie libre apparaît comme un vice commun à la plupart des théories qui se rapportent à la matrice de ce que l’on appelle l’altermondialisme . S. Latouche concède implicitement cette absence d’alternative concrète lorsqu’il écrit : « En tant que telle, la décroissance ne constitue pas vraiment une alternative concrète, mais c’est bien plutôt la matrice autorisant un foisonnement d’alternatives. » « Nous le martelons, nous n’avons pas de système “clef en main” et, de plus, nous ne souhaitons pas en concevoir », écrit le responsable du sitewww.decroissance.org .
Cette incapacité à penser une alternative concrète marque une nouvelle étape dans la contestation de l’économie de marché. Jusqu’à présent, la contestation du capitalisme avait toujours su s’appuyer sur un modèle théorique et pratique alternatif : mercantilisme, corporatisme, fascisme, etc. L’un des derniers en date, le marxisme, fut une formidable entreprise intellectuelle et humaine ; que cette entreprise se soit avérée l’une des plus meurtrières de notre histoire n’enlève rien aux mérites de l’œuvre de Marx .
Les partisans de la décroissance refusant de proposer une articulation rationnelle et construite de ce que serait un monde décroissant, tâchons d’en cerner les contours au départ de l’objectif essentiel et des quelques mesures pratiques que les militants de la décroissance distillent avec circonspection dans leurs écrits.
Quant à l’objectif. La décroissance implique une diminution du produit intérieur brut (PIB), c’est-à-dire une diminution du volume de la production économique, à tout le moins dans les pays « riches », pour en revenir au volume de production des années soixante, des Amish, voire du néolithique, voire encore au niveau de civilisation des Bonobos (qui sont, rappelons-le, des primates. S. Latouche concède le caractère provocateur de cette évocation). À ce titre, la décroissance participe à la fois de la révolution et du « retour en arrière ».
Sur les moyens. « Entre anarchie et planification », avons-nous titré cette section : c’est que si des penseurs comme Hans Jonas ne font pas mystère de la nécessité d’envisager la dictature, le rationnement organisé et la planification des activités économiques, d’autres tel S. Latouche, démocrates sincères ou soucieux de séduire le public, refusent farouchement toute approche autoritaire de type planiste. Néanmoins, le champ des possibles humains et économiques n’est pas infini. Lorsque S. Latouche préconise de réduire massivement le temps de travail pour offrir un emploi décent à tous tout en réduisant le volume global de l’activité économique, il formule une proposition qui, d’un point de vue économique, n’a guère de sens . Une telle réduction S. Latouche se réclame de Jacques Ellul, qui suggérait de réduire le temps de travail à deux heures par jour condamnerait des dizaines de milliers d’entreprises à la faillite, des millions de Français au chômage et plongerait aussitôt l’économie dans une récession sans précédent, récession que ne manquerait pas d’aggraver le foisonnement de nouvelles réglementations, taxes et interdictions économiques qui accompagneraient inévitablement l’effectuation de la décroissance.
Ce sont les bénéfices des entreprises qui, par l’impôt, financent l’État, ses services, les allocations de chômage, etc. Dans une économie décroissante, ou même simplement stagnante, par hypothèse les entreprises ne feraient plus de bénéfice. Dès lors, qui paierait ? Les « riches », dans la tradition révolutionnaire, pourraient être soumis à des mesures de confiscation arbitraire. Mais après ? Aucune société ne résisterait à pareille entreprise de régression forcée ; le désordre gagnerait immanquablement. C’est notre première hypothèse. Devant ce désordre, les autorités auraient deux possibilités : céder, et laisser le désordre s’installer, mettant ainsi un terme prématuré à l’expérience de la décroissance. Ou reprendre les choses en main et organiser le rationnement de manière rationnelle, systématique et contraignante, en planifiant l’ensemble de l’activité économique du pays. Soit notre deuxième hypothèse.
Les partisans de la décroissance affirment qu’un travail pédagogique préalable devrait préparer les esprits à la décroissance, rapetissant d’autant les foyers de contestation. Admettons que ce travail pédagogique convainque suffisamment de citoyens pour que la décroissance accède démocratiquement au pouvoir. Que faire des minorités qui s’obstineraient à contester le bien-fondé d’une telle politique ? Les éduquer ! Une tâche qui incomberait au gouvernement décroissant ; lequel, naturellement, devrait user de méthodes coercitives aussi longtemps que des récalcitrants persisteraient à se livrer au commerce et à toutes sortes d’activités polluantes au-delà des limites fixées par les autorités (par exemple en se chauffant ou en se déplaçant de manière excessive). Un autoritarisme temporaire qui n’est pas sans évoquer le temporaire de la phase de la dictature du prolétariat, que n’a jamais dépassé aucun régime communiste : il y a toujours des récalcitrants à rééduquer .
Pratiquement, la mise en œuvre de la décroissance implique une stratégie planiste et contraignante à l’échelle mondiale. La croissance économique naît de la libre activité des agents économiques, liberté d’entreprendre, de vendre, d’acheter, de se déplacer, de s’associer. Paralyser la croissance économique implique nécessairement de supprimer cette liberté « économique » , ce qu’ont d’ailleurs toujours concédé les partisans de l’économie planifiée, en précisant que renoncer à la liberté économique n’oblige en rien à renoncer aux autres aspects de la liberté. Examinons cette prétention.
La planification de l’économie fut mise en œuvre dans de nombreux pays tout au long du XXe siècle ; partout, sans exception, cette planification eut des conséquences désastreuses sur le plan économique, sur le plan de la liberté, souvent aussi sur le plan environnemental. La planification qu’appellent de leurs vœux les partisans de la décroissance serait d’un genre nouveau, en cela qu’elle ne viserait aucunement à produire le plus possible, ce qui était le cas des régimes communistes, mais au contraire à réduire sensiblement la production. Les pays communistes n’eurent de cesse de proclamer la supérieure efficacité de leur système en termes de production ; nul doute que ce n’est pas ce que rechercheraient les responsables du Plan dans un système décroissant. Une relative inefficacité économique serait, au contraire, l’objectif même d’une planification décroissante. Interdisant d’autorité les usines et pratiques polluantes, les autorités auraient également à cœur, sans doute, de ne laisser subsister aucun mode de production polluant. Concédons aux partisans de la décroissance que ces deux critiques classiques de la planification marxienne ne les concernent pas.
Reste que ces planificateurs d’un genre nouveau ne pourraient échapper à supposer même qu’ils le souhaitent , à l’un des effets de toute planification économique rigoureuse : la suppression des libertés individuelles. Décider de qui fait quoi sur le plan de l’activité économique oblige à décider de qui fait quoi sur tous les plans. Quand l’individu n’est plus qu’un rouage dans un ensemble conçu par des planificateurs, il n’est pas acceptable que ce rouage agisse à sa guise ; qu’il décide, par exemple, de partir habiter dans une autre ville, d’exercer une autre profession, voire de quitter le pays, menaçant ainsi la viabilité de l’ensemble. Là encore, toutes les expériences de planification économique ont toujours et partout, par nécessité, conduit à la suppression des libertés individuelles, et non des seules libertés économiques.
Outre la logique même du système planiste, un autre facteur obligerait ces nouveaux planificateurs à supprimer les libertés individuelles : le rationnement. La décroissance implique, par définition, de créer moins de richesses et d’entretenir la pénurie. Cette pénurie organisée obligerait l’autorité planificatrice à déterminer précisément à combien, quand et quoi chacun a droit, et à interdire tout comportement déviant, comme la culture à des fins privées. Pareille production privée, si elle était tolérée, ne pourrait en effet que susciter la jalousie, et bientôt l’émulation, des voisins rationnés du délinquant, conduisant ainsi de manière progressive à renouer avec ce marché libre qu’il s’agissait précisément d’abolir. Alternativement, il est possible d’imaginer que le Plan autoriserait chacun à cultiver un lopin de terre pour produire une quantité x, et rien de plus, sous peine, là encore, de renouer avec une forme de marché libre. Cette latitude devrait faire l’objet de contrôles rigoureux et de mesures de rétorsion en cas d’infraction.
De plus, les partisans de la décroissance préconisant une décrue démographique progressive, il faut envisager que, dans le meilleur des cas, le Plan déciderait du nombre d’enfants autorisés par famille , avec, là encore, des mesures de contrôle et de rétorsion – du type avortement forcé en cas d’infraction. Enfin, toute planification de l’économie devant se mener à long terme, il ne serait pas envisageable de remettre en cause le principe même du Plan tous les quatre ou cinq ans à l’occasion d’élections démocratiques, lesquelles devraient, par conséquent, être reportées sine die. Historiquement, la planification économique a toujours chassé la démocratie.
Pas de décroissance sans planification de l’économie ; pas de planification économique sans suppression des libertés individuelles. Voilà l’équation concrète à laquelle ne peut échapper aucun partisan cohérent de la décroissance, s’il veut dépasser le stade des incantations.
Le sujet sur lequel les décroissants achèvent de consommer leurs contradictions est celui de la technique. Nous avons dit l’enracinement de la deep ecology dans un courant philosophique puissant, à dominante allemande, hostile à la technique. Les partisans de la décroissance reprennent à leur compte cette hostilité à la technique. S. Latouche va jusqu’à proposer un « moratoire sur l’innovation technologique » – ce qui signifie, littéralement, un moratoire sur l’activité cérébrale – mais en soulignant par ailleurs que la décroissance « suppose le recours à des techniques sophistiquées dont certaines sont encore à inventer » . L’un des inspirateurs du courant de la décroissance, Ivan Illich, demandait « un processus d’encouragement de la recherche radicale de sorte qu’un nombre croissant de gens puisse faire toujours plus avec toujours moins » , ce qui est une bonne définition des progrès techniques accomplis depuis la révolution industrielle grâce à la gestion décentralisée de l’information que permet l’économie de marché.

Impossible décroissance

Théorie selon laquelle il convient de contraindre l’humanité à consommer moins de ressources naturelles, sous peine de les épuiser et de causer des dommages graves et irréversibles à notre environnement, la décroissance s’inscrit dans le prolongement des idées économiques de Malthus et de la philosophie de la deep ecology. La mise en œuvre de la décroissance impliquerait, dans un premier temps, de paralyser l’activité économique à son niveau actuel, avant que d’entamer une régression des volumes produits, bientôt suivie d’une diminution de la population mondiale, jusqu’à un niveau jugé compatible avec la préservation des ressources et de la « biosphère ».
La décroissance implique, par conséquent, la mise en place d’un gouvernement mondial qui assignerait à chacun sa place dans un système qui, ne pouvant tolérer la liberté économique, devrait également mettre entre parenthèses les autres libertés individuelles, à commencer par la tenue régulière d’élections démocratiques, incompatibles avec l’idée même de planification. Pratiquement, la décroissance plongerait rapidement dans la pauvreté le milliard d’individus qui viennent d’en sortir (Inde, Chine, Brésil, etc.) et réduirait drastiquement le niveau de vie des pays dits riches . Est-il besoin de préciser que si la décroissance possède quelques adeptes en Occident, elle n’en compte que fort peu dans les pays émergents ?
D’une scientificité faible et à forte connotation anti-humaniste et anti-démocratique, la théorie de la décroissance apparaît moins comme une théorie rationnelle que comme le dernier exutoire en date d’intellectuels, surtout français, qui vouent à l’économie de marché une haine inextinguible . Pour ces raisons, la probabilité que la décroissance soit mise en œuvre, ne serait-ce que dans un seul pays, paraît proche de ce qu’était l’ambition du Club de Rome pour la croissance économique.