Résumés/summaries (24)

Résumés/summaries

Ramin JAHANBEGLOO, Des idées dont le temps est venu

Aujourd’hui l’un des plus remarquables intellectuels iraniens, Ramin Jahanbegloo a joué pendant longtemps en Iran, dans des conditions difficiles et précaires, le rôle d’un passeur entre son pays et l’Occident. Libéral et de ce fait dissident, il a été arrêté au printemps 2006 et après quatre mois de détention dans les pires conditions, il a été libéré grâce à une exceptionnelle mobilisation internationale. Il a dû reprendre le chemin de l’exil, mais garde en lui intacte la flamme de l’espoir. Oui, on peut encore être libéral en Iran et la société iranienne veut que revienne le souffle de la liberté et de la pensée. Cet entretien, conduit par Danny Postel, est aussi une discussion philosophique et politique avec les plus importants penseurs de notre temps.

Ramin Jahanbegloo is one of the most remarkable Iranian intellectuals. He acted a long time in Iran, in very difficult and precarious circumstances, as a bridge between his country and the Western world. Liberal and thus dissident, he was arrested in spring 2006, and after living 4 months in jail in inhuman conditions, he was set free thanks to a huge international campaign. He was forced to go into exile, but he keeps kindling the hope’s fire. Yes, we can always be liberal in Iran and Iranian society wants the return of freedom’s and thought’s breath. This interview with Danny Postel is also a philosophical and political discussion with the most important thinkers of our time.


Stéphane ROZÈS, Nicolas TENZER, La politique entre retour aux fondamentaux et désarroi

Dans cette discussion sur la compétition électorale actuelle, les auteurs examinent les attentes, les peurs et les représentations réelles des Français. Ils entendent dépasser les analyses classiques sur les rivalités politiques et la confrontation entre la gauche et la droite. Nous devons prendre en compte la dimension anthropologique de la politique et considérer l’imaginaire nationale, voire ses fantasmagories. Un nouveau contrat politique pourrait être fondé sur une représentation plus explicite du lien social et sur une nouvelle conception des missions dévolues au pouvoir politique. Ainsi, il sera possible de construire une vision digne de confiance de l’avenir qui pourra donner le coup d’arrêt à la tentation de refus de la modernité et de la mondialisation.

In this discussion on French contemporaneous competition, the authors examine the real expectations, fears and representations of French citizens. They aim at going beyond the classical analysis on political rivalries and struggle between Left and Right. We should take into account the anthropological dimension of politics and consider Nation’s images and even fancies. A new political contract could be based on a more explicit representation of the social link and on a renewed acceptation of political power’s missions. Thus, it would be possible to frame a trusted vision of the future which could stop the temptation to refuse modernity and globalization.


Bernard RAMANANTSOA, L’enseignement supérieur : une nouvelle guerre des étoiles

On parle aujourd’hui de crise de l’enseignement supérieur et, du coup, chacun y va de ses suggestions et de ses recommandations. Le foisonnement d’idées est en soi une bonne nouvelle car il reflète une prise de conscience de l’enjeu lié au développement de l’enseignement supérieur mais ce foisonnement repose trop souvent sur des a priori et sur des solutions toutes faites souvent incohérentes entre elles. L’objet de cet article est de proposer à partir du cas de l’enseignement supérieur en gestion une démarche plus structurée, mettant en perspective les enjeux majeurs liés à l’enseignement supérieur et les options stratégiques qui s’en dégagent. L’auteur tire une sonnette d’alarme mettant en garde les différents acteurs, notamment l’État, sur le risque qu’il y aurait, en termes de compétitivité, à ne pas investir massivement dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Everybody talks nowadays about higher education’s crisis and commits proposals and recommendations. This ideas’ abounding is a good new but is frequently founded on a priori and non elaborated solutions which have no coherency between them. This essay, based on business superior education’s example, aims at proposing more structured analyses and at coping with major challenges regarding superior education and with strategic issues. The author warns the various actors, peculiarly the State, of the risk not to invest heavily on higher education and research. It would jeopardize our competitiveness.


Richard LAMBERT et Nick BUTLER, L’avenir des universités européennes. Renaissance ou décadence ?

Parmi les dix meilleures universités, seulement deux sont situées en Europe. Les institutions d’enseignement supérieur européennes évoluent lentement et sont sous-dotées. Alors que les États-Unis accueillent des dizaines d’universités de classe mondiale, l’essentiel de l’enseignement supérieur européen n’a pas été réformé et figé dans le passé. Si l’Europe entend arrêter sa chute et endiguer la fuite des cerveaux vers l’autre côté de l’Atlantique, elle doit agir dès aujourd’hui. Elle doit consacrer plus de ressources à la recherche, améliorer la qualité de son enseignement, mettre en place des centres d’excellence, renforcer les liens entre le monde académique et celui des affaires et donner à ses universités plus d’autonomie. L’Union européenne peut jouer un rôle dans cette amélioration, notamment par la création d’un Conseil européen de recherche.

Among the world’s top ten universities, only two are in the EU. Europe’s higher education institutions are moving slowly and under-funded. While the US is host of dozens of world-class universities, much of Europe’s higher education remains unreformed and stuck in the past. If Europe wants to stop falling behind and stem the “brain drain” across the Atlantic it must act now. Europe needs to devote more resources to research, improve the quality of its teaching, build up centres of excellence, strengthen links between education and business and give its universities more autonomy. The EU can play a role in improving higher education, for example by establishing the European Research Council.


Pierre-Henri TAVOILLOT, Universités : repenser l’entrée et la sortie

Les missions de l’université font traditionnellement l’objet d’une vaste et virulente querelle : faut-il privilégier la production des savoirs, la diffusion de la culture ou la formation professionnelle ? L’espace français y fut particulièrement propice puisque, dans ces trois domaines, l’université connaît la concurrence : CNRS, classes préparatoires, écoles et grandes écoles. Il semble pourtant que, à la faveur de la réforme LMD, nous assistions à un effort de rééquilibrage de ces trois missions. Il suppose, en prenant acte du nouveau contexte, de repenser l’entrée et la sortie de l’université : l’entrée, par une meilleure orientation et un meilleur accueil des étudiants quel que soit leur niveau ; la sortie, à travers une transition mieux préparée avec le monde professionnel. Cet article se propose d’examiner quelques pistes pour améliorer ces deux passages critiques.

University missions have traditionally led to virulent and far-reaching quarrels : what is to be put first ? Producing knowledge, spreading culture or vocational training ? Such a debate can thrive in France where the university is faced with competition in these three fields : research (CNRS), post-baccalauréat courses to prepare for Grandes Écoles, and Grandes Écoles. However the LMD (Licence-Master-PhD) reform seems to attempt at readjusting these three missions. What is at stake is taking note of a new context and rethinking the process of entering and finishing university : at first a better steering and welcoming of students whatever their levels and then, at the end, a better vocational guidance. This article aims at examining some propositions to improve these two critical stages.


Laurent BOUVET, Réformer les universités : le radicalisme du possible

Une réforme radicale des universités est à la fois indispensable et possible. Elle constitue même un test pour la capacité de notre pays à se réformer. Dans cet article, des propositions concrètes sont présentées qui concernent le financement, l’organisation, le recrutement des enseignants-chercheurs et leur évaluation, les liens entre université, recherche et formation continue. Ces réformes doivent revêtir un caractère systémique et reposer sur la lutte contre les inégalités massives au sein du système. Ainsi seulement seront-elles acceptables.

Higher education’s radical reform is necessary and possible. It will be a test for our country’s ability to reform itself. This essay delivers concrete recommendation regarding finance, organization, governance, scholars’ and teachers’ recruitment and evaluation and ties between university, research and permanent education. These reforms should be considered as systemic and should be based on fight against heavy inequities amongst the universities. If these conditions are fulfilled, they could be acceptable.


Dina KHAPAEVA, Des lois historiques aux lois mémorielles : 19 historiens français pour la liberté de l’histoire

Les récents débats sur les « lois mémorielles » sont habituellement analyses en termes de pertinence politique et social. Pourtant, ces débats, de même que ceux sur les livres d’Olivier Pétré-Grenouilleau Les Traites négrières, essai d’histoire globale, portent à la lumière les problèmes courants rencontrés par es historiens et leur discipline. Les tentatives des historiens de défendre le droit à l’histoire de survivre à la fois comme science objective et comme discipline académique indépendante des pressions sociales constituent une excellente occasion de réfléchir sur l’avenir de la profession d’historien.

The recent debates on the “memorial laws” are usually analyzed in terms of their political and societal relevance. However, these debates as well as the ones around the book Les Traites négrières, essai d’histoire globale by Olivier Pétré-Grenouilleau shed light on the current problems faced by the historians and their discipline. The historians’ attempts to defend the right of history to survive both as an objective science and as an academic discipline independent of the societal pressures have provided an excellent case to reflect upon the future of historical profession.


Franck MICHELIN, L’enseignement de l’histoire au Japon

Cet article pose la question des enjeux de l’enseignement de l’histoire au Japon. Si l’enseignement de l’histoire est au centre des attentions de tous les pouvoirs dans le monde, il constitue un problème particulièrement brûlant au Japon : d’abord, le choc de l’occidentalisation à marche forcée menée depuis 150 ans a placé la question identitaire au cœur de la nation ; ensuite, le traumatisme de la défaite et de l’occupation américaine sont à l’origine d’un processus de démocratisation inachevé et de dépendance politico-culturelle. Après avoir présenté la question de l’enseignement de l’histoire contemporaine au Japon depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’auteur tire les leçons de son l’expérience d’enseignant d’histoire en japonais à l’Université de Tsukuba de 2001 à 2005.

This essay is dealing with the challenges related to the teaching of History in Japan. It is at stake of all the institutions’ concerns in the world, but with a peculiar sensitivity in Japan. The rapid openness to Western civilization put the question of identity in the very core of the Nation ; defeat’s and American occupation’s trauma creates an incomplete democratization and a true political and cultural dependency. After explaining the characteristics of the teaching of history in Japan since WW II, the author gave some lessons about his own experience of Japan history’s teacher in Tsukuba University from 2001 to 2005.


Kendal NEZAN, Les Kurdes : l’autre grand problème du Proche-Orient

Avec une population d’environ 35 millions de personnes, les Kurdes sont la plus importante communauté humaine sans État. Leur pays a été divisé lors du partage colonial du Proche-Orient dans les années 1920 entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Le refus de ces États de reconnaître l’identité kurde et les droits qui s’y rattachent a alimenté un cycle de révolte, répression, révolte tout au long du XXe siècle. Longtemps perçus comme un facteur de déstabilisation régionale, les Kurdes montrent dans l’exemple récent de l’Irak post-Saddam qu’ils pourraient devenir des traits d’union et une force de démocratisation. Les mouvements politiques kurdes actuels de tradition laïque revendiquent le règlement de la question kurde dans le cadre des États existants sous la forme d’un statut fédéral (Irak, Turquie, Iran) ou d’une autonomie culturelle.

With a population of about 35 million people, the Kurds are the largest human community without a State. Their country was divided during the colonial partition of the Near East in the 1920’s between Turkey, Iran, Iraq and Syria. The refusal by these States to recognise Kurdish identity and their resulting rights have fuelled a cycle of revolts and repression throughout the 20th Century. Long perceived as a destabilising factor in region, the Kurds are showing, in post-Saddam Iraq, that they could on the contrary become a linking factor and a democratising force. The present Kurdish political movements are traditionally secular and call for a settlement of the Kurdish question within existing State borders in the form of a Federal State (Iraq, Turkey, Iran) or for cultural autonomy.


Marc CRÉPON, Les étages de la reconnaissance

Dans cet essai, on s’interroge sur les valeurs au fondement de la relation interculturelle. Après avoir analysé à la fois la nécessité première et les limites de la tolérance, la réflexion se déporte vers la question de la reconnaissance. Mais que veut-on dire exactement lorsqu’on demande de reconnaître l’autre dans sa différence ? Pour répondre à cette question, on se propose de distinguer trois étages de la reconnaissance : 1) celle du besoin d’appartenance, comme un besoin fondamental de l’existence humaine, 2) celle du besoin d’institutions spécifiques qui permettent le partage de cette appartenance et 3) celle de la communauté immanente des cultures.

In this essay, one analyses the values on which the cross-cultural relation is based. After examining the very necessity and the limits of toleration, the question at stake is this of recognition. But what does it mean exactly to recognize the other people in his or her difference ? To answer this question, this essay distinguishes three stages in recognition’s process : 1) membership’s need, which appears as Human being’s basic need, 2) need of specific institutions to share this membership and 3) immanent community of cultures.


Jean-Kely PAULHAN, Le droit romano-germanique en procès ?

Les récents rapports de la Banque Mondiale, intitulés Doing Business assènent la conviction de groupes d’experts américains, selon lesquels les pays de droit écrit, dont la France, constituent un terrain hostile à la bonne marche des affaires : trop de formalisme, de lenteur, de rigidité sociale. L’auteur, responsable de l’Offre de formation à l’agence EduFrance, s’interroge sur les fondements d’un tel jugement, à travers le compte rendu d’un ouvrage de l’Association Henri Capitant, Les Droits de la tradition civiliste en question, qui fournit des réponses utiles aux attaques excessives, répétées depuis 2004, d’un département de la Banque Mondiale.

Since 2004, the yearly Doing Business World Bank Reports, representing the convictions of American lobbies, stress that countries of Civil law, including France, jeopardize normal economic life : too much red tape, slowness and excessive regulation. This article questions the basis of such a negative approach through the detailed review of Les Droits de la tradition civiliste en question, a book written by a team of French lawyers, who provide stimulating answers to the sharp criticisms expressed by a department of the World Bank.


Stéphan ALAMOWITCH, Pour le jury populaire

Le jury populaire, institution ancienne en matière criminelle, a mauvaise presse et l’on considère souvent que les juges professionnels, qui prononcent des décisions motivées, rendent de meilleurs jugements. Les erreurs judiciaires montrent que cette croyance n’est pas nécessairement avérée. Devant la difficulté de limiter et d’encadrer les mises en détention provisoire, dont les effets peuvent être destructeurs pour les personnes, il vaudrait la peine de tenter de confier à un jury populaire les compétences exercées aujourd’hui par le juge des libertés et de la détention.

The jury, established in France since the Revolution for the criminal cases, isn’t well considered. One thinks more often that professional judges, who are committed to give explanations for their decisions, pass best judgments. The miscarriages of justice show that this belied isn’t always true. It’s very difficult in France to limit and to monitor provisory imprisonment, whose consequences could be destroying for the human beings. Thus, it could be worth to transfer these competences devoted to professional judges to citizens’ juries.


Arnaud ESQUERRE, Lutter contre les sectes, mais lutter pour quoi ?

Depuis les années 1970, l’État a progressivement investi le combat contre les sectes en pénalisant la sujétion psychologique, contrôlant l’usage du terme « psychothérapeute » et assistant les victimes des sectes. La nouvelle lutte contre les sectes s’est doublée d’une lutte entre professionnels du psychisme. Tous ces acteurs sont cependant d’accord : les sectes sont antisociales et à expulser hors de la société et le consentement des adeptes d’une secte est fabriqué par celle-ci.

During the 1970s’, the State was involved in the fight against sects through the penalising of psychological enslavement, the control of the appellation “psychologist” and the help given to the victims of the sects. The new struggle against sects went hand in hand with conflicts between psychology’s specialists. Nevertheless, all these actors agree on one point : sects are playing against society and should be expel from society and the consent given by sect’s followers is created by it.


Pierre-Henri d’ARGENSON, Le non français et la tradition constitutionnelle : pour une réhabilitation politique du vote

Le non français à la Constitution européenne n’a, le plus souvent, fait l’objet que d’analyses partielles visant à le dénigrer. Cet article propose d’expliquer le rejet du Traité constitutionnel par la déception des attentes nourries par les Français à l’égard de tout projet de Constitution. Celles-ci sont à rechercher dans une tradition politique façonnée par deux siècles d’histoire constitutionnelle. Cette approche globale conduit à redonner au vote toute sa valeur politique, indispensable pour tirer des conclusions pertinentes quant à l’avenir de l’Europe et du projet de Constitution européenne.

Most analyses of the French “no” to the European Constitution account only partially for its true rationale and thus deprive it from its political value. This article tries to explain the rejection of the Constitutional treaty by the disappointment of the French expectations towards any constitutional project. These expectations find their roots in a two centuries long French constitutional and political tradition. This global approach gives back to the vote its full political value, which is essential to draw the conclusions relevant to the future of Europe and the European Constitution.


Nicolas TENZER, Constituer l’Europe ? Permanences et bouleversements du politique

Cet article est une discussion du papier d’Argenson sur le rejet de la Constitution européenne. Il prend au sérieux l’insistance mise sur le concept de Constitution, mais met en avant le changement de sa nature même que suppose l’Europe et les bouleversements qu’il induit de la notion même de politique. Si l’on croit à la permanence du politique, il faut accepter de la penser dans le cadre d’une nouvelle réalité, car on ne peut tout simplement plus faire de la politique de la même manière. Il n’est pas avéré que la construction de l’Europe ait pris un tel tournant ni que le débat qui a précédé le référendum français nous y ait vraiment aidé.

This essay is a discussion on Argenson’s paper on the “no” to the European Constitution. It takes seriously his insistence on the concept of Constitution, but points out the change in its very nature that brings Europe and the upheavals it creates on the notion of politics. If we believe in politics’ permanency, we should accept to conceive it inside a new reality, since we cannot act politically in the same way. It’s doubtful that Europe’s building really adopts this political turn and the French debate before European referendum in May 2005 didn’t clarify our vision.


Stéphane FRANÇOIS, L’extrême droite « folkiste » et l’antisémitisme

Il existe en France depuis le milieu des années 1970 une extrême droite qui se réclame des thèses des völkischer allemands du début du XXe siècle, notamment en ce qui concerne le néo-paganisme ethniste, le racialisme, l’enracinement et le différentialisme. Tendance initialement antisémite, elle s’est repositionnée au début des années 2000, professant depuis une violente islamophobie.

There is in France, since the middle of the 1970s’, a far right which follows the theses of the German Völkischer from the early 20th century. It was inspired by ethnic neo-paganism, racialism, enrooting and differencialism. At the beginning anti-Semitic, it is mostly, since the beginning of the 2000s’, mostly anti-Islamic.


Jean-Charles JOBART, Corneille, la justice des hommes et la loi des rois

2006 fut l’année des 400 ans de la naissance de Corneille et une bonne occasion de se pencher sur l’œuvre du poète et de découvrir ce que ce juriste de formation a dit dans son théâtre sur le droit et l’État. Ses idées sont celles de son époque : il décrit les conditions d’une bonne justice (impartialité, célérité, connaissance des faits et du droit, sens de la mesure) et insiste sur le devoir de chacun d’obéir aux ordres de son roi de droit divin. Mais Corneille n’autorise la résistance passive que devant le despote, plaidant ainsi en faveur d’une monarchie absolue capable de se limiter.

2006 was Corneille’s birth’s four centenary and a good occasion to examine the poet’s works and to discover what this dramatist, trained as a jurist, has said about law and State. His ideas are those of his age : he described the conditions of a good justice (impartiality, rapidity, knowledge of facts and law, moderation) and laid particular stress on the obligation for everyone to obey the king’s orders. But Corneille authorized a passive resistance against a despot and spoke in favor of an absolute monarchy that can set bounds to its power.


Richard FIGUIER, Le survivant sans le syndrome Schreber

On a pensé la catastrophe, mais a-t-on suffisamment pensé la survivance et la figure du survivant ? Ce n’est pas un hasard si celle-ci est au centre de Masse et puissance, œuvre dans laquelle Canetti interroge la « mauvaise » survivance responsable de la poursuite de la logique de guerre. Mais où trouver la « bonne » ? Revenir de la catastrophe ne suffit pas pour être un « survivant authentique », selon l’expression de Kafka. Il faut avoir dépassé, avec Primo Levi et Robert Antelme, l’opposition de la vie comme croissance continue et de la mort comme son horrible contraire, par le don, dans la pauvreté solidaire, de cette vie retrouvée.

There were many writings on the catastrophe, but the reflections are poor on the survival and on the survivor’s specific figure. It’s not a coincidence if there are in core of Canetti’s Mass and Power, in which he questions the “bad” survival, responsible of the continuation of war’s logic. But where could stay the “good” one ? To escape catastrophe is not enough to be an “authentic survivor” in Kafka’s words. As Primo Levi and Robert Antelme show us, we should go beyond the opposition between life as continual growth and death as its contrary, thanks to the present of recovered life, in interdependent poverty-stricken.