Revues (23)

Revues

Benny LÉVY, Cahiers d’études lévinassiennes, hors série 2005, 313 pages, 24 photographies hors texte.

Ce numéro spécial de cette revue dont nous avons déjà souligné l’exceptionnel intérêt est un hommage à son co-directeur et fondateur précocement décédé à l’automne 2003. Il comprend à la fois des textes de Lévy – dont la reprise d’une conférence autobiographique qui explique son itinéraire, trop souvent et fallacieusement résumée par la formule « de Mao à Moïse » et des études (pas seulement des hommages) sur son œuvre et des évocations. On y trouvera bien sûr les textes des deux autres co-fondateurs de l’Institut d’études lévinassiennes dont les Cahiers sont l’émanation, Alain Finkielkraut et Bernard-Henry Lévy, mais aussi de Gilles Hanus qui a repris la direction de la revue et prépare une thèse sur L’espoir maintenant (le livre d’entretiens de Benny Lévy avec Sartre), de l’un des fils de l’auteur d’Être juif, d’Éric Marty, de Jean-Claude Milner, du rabbin Raphaël Sadin et de bien d’autres. Ils permettent d’abord, au-delà du portrait d’un homme d’exception, de montrer la richesse et la fécondité d’une œuvre, jusque dans les controverses et les désaccords qui s’expriment aussi à travers ces pages. La revue publie aussi le texte substantiel d’un séminaire que Lévy donna à l’Institut sur le thème « Lévinas et le grec ». Une biographie – fresque de nos années d’après-guerre – et une bibliographie de son œuvre complètent ce très beau numéro.


Dossier « La communication, enjeu stratégique », La revue internationale et stratégique, hiver 2004-2005, n° 56, 153 pages.

Ce dossier, coordonné par O. Da Lage, comporte plusieurs articles stimulants sur « L’impact des chaînes satellitaires arabes », « L’empire de la communication de guerre » dans les démocraties occidentales où l’on a oublié depuis longtemps qu’« une confrontation militaire modifie les règles sociales, en particulier dans les processus d’information et de communication ». Une évidence bienvenue se dégage des nombreux exemples analysés : « si une politique donne de piètres résultats parce qu’elle repose sur des bases erronées, ce n’est pas la communication qui parviendra à améliorer ces résultats, mais un changement de politique ». Le dossier est précédé de deux entretiens : l’un avec l’éditorialiste américain William Pfaff sur « Le déclin de l’Amérique conservatrice », mettant en cause de façon incisive la conviction fréquente que « toutes les solutions aux problèmes du monde moderne sont américaines », surtout quand elle s’appuie sur des exemples historiques mal connus et déformés, l’autre avec l’historien Yakov M. Rabkin, au sujet de son livre Au nom de la Torah. Une histoire de l’opposition juive au sionisme (2004), dont Pascal Boniface rend également compte à la fin du numéro . Prenant le contre-pied du cliché selon lequel l’anti-sionisme est le masque de l’antisémitisme, Y. M. Rabkin entreprend de déculpabiliser « ces juifs qui veulent vivre leur judaïsme sans devoir appuyer les sionistes et leur État », l’idolâtrie de l’État d’Israël étant rejetée comme contraire au projet fondamental du peuple juif. Au passage, l’auteur explique aussi pourquoi l’État israélien « continue de trouver un écho parmi les juifs russes les plus éloignés du judaïsme ».


« France-Allemagne : la fin ? », Revue des Deux mondes, octobre-novembre 2005, n° 10-11, 222 et 240 pages.

C’est un riche numéro que nous offre notre consœur bientôt deux fois centenaire, dont nous sommes heureux de saluer le redressement éditorial depuis quelques années, et qui plus est un numéro dont le verso est français et le recto (ou l’inverse) allemand. Revue exceptionnellement bilingue pour une interrogation en profondeur sur ce qui reste non seulement du couple franco-allemand, mais des multiples échanges entre les deux peuples et les deux cultures. On y trouve aussi bien des textes d’hommes politiques (Dominique Strauss-Kahn, Jean François-Poncet, Jacques Toubon, Catherine Lalumière) que d’historiens (Rudolf von Thadden, Johannes Willms) et de philosophes (Heinz Wismann, Jean Starobinsky, Marc de Launay), avec notamment un retour sur le cas Heidegger et un texte intéressant d’Eryck de Rubercy sur Adorno. Les arts (musique, cinéma, beaux-arts) ne sont pas non plus absents et le lecteur du Banquet pourra compléter l’entretien que Joachim Bitterlich nous a accordé par celui ici publié.