Société, sociologie, économie, éducation, politique sociale (23)

Société, sociologie, économie, éducation, politique sociale

Philippe DESCOLA, Par-delà nature et culture, Gallimard, 2005, « Bibliothèque des sciences humaines », 624 pages

Appréhender d’un seul geste l’entière humanité tout en décryptant les multiples façons d’être au monde, attribuer un sens à ces comportements, ces attitudes, ces manières qui plongent au plus profond des êtres et de l’être collectif, tel a été depuis des décennies le redoutable défi de la pensée ethnologique. Mais notre manière à nous, Occidentaux, qui est de concevoir ce qui nous entoure comme une matière dénuées de volition, car seuls les humains que nous sommes sont dotés d’une conscience réflexive, d’un jugement moral et d’une pensée cognitive, est-elle forcément universelle, valable en tout temps et en tout lieu ? Certes, il a manqué aux autres peuples, premiers ou non, notre savoir scientifique, nos outils intellectuels, mais leur vision en est-elle à jamais dénuée de dignité ? C’est à remettre en question l’universalité de notre représentation du monde que s’efforce avec brio et force Philippe Descola. Professeur au Collège de France, directeur du laboratoire d’anthropologie sociale fondé par Claude Lévi-Strauss, il apparaît comme le digne successeur du maître. Le récit anthropologique qu’il fit de son séjour parmi les Achouars de Haute Amazonie, Les lances du crépuscule (Plon, coll. « Terre humaines », 1993), est considéré comme l’un des plus beaux de ces vingt dernières années. Il le reprend en tête de son époustouflant ouvrage. La femme vient d’être piquée par un serpent. Tout le monde s’affaire auprès d’elle. Son époux est persuadé que c’est le dieu qui a œuvré. N’a-t-il pas, avant-hier, tué trop de gibier sans discrimination ? Il fallait que l’équilibre de l’univers fût restauré. Pour les Achouars, comme pour les Jivaros, éloignés d’eux, les humains, les animaux, les plantes, domestiques ou naturels, n’appartiennent pas à des réalités séparées. Tous sont dotés d’une âme et chacun communique avec les autres. Tous sont des « personnes ». Les hommes, s’ils veulent devenir d’habiles chasseurs, doivent voir le gibier comme des interlocuteurs avec lesquels doit s’instaurer un dialogue, une séduction permanente, une relation de respect mutuel sous peine de rétorsions plus ou moins subtiles. Les femmes et leurs filles, maîtresses des jardins, maternent les plantes comme des enfants tout en les cultivant avec fermeté. Aucune division n’est opérée entre la parcelle de terre domestiquée, l’espace de cueillette limité à deux heures de marche où s’aventurent femmes et filles, les lointains horizons où s’étend la forêt, domaine exclusif des hommes où ils passent des jours entiers. Tous ces espaces et leurs éléments, hommes, animaux, plantes participent d’une sociabilité généralisée qui n’est pas le propre de l’Amazonie mais qu’on retrouve en Chine, au Japon et en Océanie. Pour toutes ces cultures, les êtres inanimés ne relèvent pas d’un monde sauvage ; elles sont pour eux de véritables partenaires sociaux. Il s’agit là d’une articulation possible très différente de la nôtre, entre humains et non-humains. Il y en a beaucoup d’autres. Les Achouars, comme bien d’autres peuplades, voient les animaux à la manière d’humains, des « beaux-frères », qui se déguisent lorsqu’ils se rendent en forêt, mais redeviennent des humains lorsqu’ils retournent la nuit dans leurs cases. L’homme occidental lui-même n’a pas toujours conçu la nature comme une donnée extérieure, susceptible d’être activée et maîtrisée. Pour en arriver à notre perception, il a fallu parcourir un long chemin, où se sont mêlées les influences de la philosophie grecque, du christianisme, l’invention, à la Renaissance, de la perspective picturale qui a permis de concevoir le paysage de l’extérieur, puis de l’expérimentation scientifique, de sa modélisation mathématique enfin. Lors de ce parcours ont émergé les notions de société, puis de culture, de civilisation, ce que Philipe Descola rappelle avec talent. Civilisation et civilisations, autant de façon de se comporter et d’habiter un monde. Ce « grand partage », argumente-t-il, n’a trouvé son véritable épanouissement qu’à la fin du XIXe siècle. Mais il nous est devenu si commun que nous le pensons fort ancien, voire exclusif. Mais ce partage n’a pas oblitéré tout le reste de la pensée « naturaliste ». N’y a t-il pas dans la théorie darwinienne le postulat d’une « intentionnalité » de la nature ? Cette dualité entre nature et culture a eu certes bien des mérites. Elle est certainement l’une des raisons pour lesquelles la révolution industrielle est née en Europe et non en Chine, thème fort étudié, notamment par John Needham. Mais ce « dualisme » doit être aujourd’hui dépassé. Il est temps, plaide Philippe Descola, « de lui ôter sa valeur d’étalon » et d’admettre que la nature est « un fétiche qui nous est propre ».
Après avoir ainsi montré, au terme d’un parcours fort enrichissant, que notre vision du monde n’apparaît que comme l’une des versions possibles et que toutes peuvent être mises sur un même plan d’analyse, Philippe Descola passe à une autre étape de sa réflexion, beaucoup plus ample. Il remonte aux « schèmes généraux » permettant à chaque individu d’identifier ce qui est autour de lui et d’édifier ses relations avec l’environnement et les autres. Partant des grands schèmes d’identification de soi, dans lesquels chaque être humain « se perçoit comme une unité mixte d’intériorité et de physicalité », qui, ne passant pas par le langage, peuvent être considérés comme communs à tous les hommes avant leur émergence dans des socialisations particulières, l’auteur distingue quatre modes de relation entre l’humain et le non-humain. Dans l’animisme, fort présent en Amazonie, humains et non-humains se rapprochent par une même intériorité mais diffèrent par leurs formes et leurs corps. Dans le naturalisme moderne tout au contraire, les lois de la matière et de la vie établissent un lien fondamental, alors que la culture, propre de l’homme, instaure une rupture radicale, on l’a vu avec la nature. Il y a continuité physique entre nous et l’environnement, mais rupture radicale des intériorités. Le totémisme, fréquent en Océanie, introduit lui une continuité morale et physique entre des groupes d’humains et de non-humains auxquels les premiers se rattachent. Il y a continuité des physicalités et des intériorités. Son opposé est l’analogisme, chez qui, comme chez les Dogons d’Afrique de l’Ouest, chaque être humain est formé de composantes multiples et mobiles. Ce système de représentation fut dominant en Europe jusqu’au XVIIe siècle et fonda l’étonnante « théorie des signatures » évoquée par Michel Foucault dans les Mots et des Choses. Les êtres du macrocosme et du microcosme sont reliés par des ressemblances de formes. Ces schèmes d’identification ne sont pas exclusifs les uns des autres et coexistent même à des degrés divers. Un Européen, profondément ancré dans le naturalisme, peut parfaitement prêter son âme à son animal domestique. Ces usages élémentaires du monde dressent des modèles de base, dont dérivent toutes les formes pratiques que les hommes ont inventées au cours des âges pour articuler l’humain et le non-humain. Dans cette perspective, notre césure entre nature et culture n’est que l’une des modalités, sans doute la moins commune. C’est donc un système anthropologique que construit Philipe Descola dans la lignée de l’Anthropologie structurale de Lévi-Strauss, mais sur d’autres bases. D’où le caractère vital de son entreprise qui mêle apports scientifiques, ethnologiques et philosophiques. Les catégories de « soi » et d’« autrui » paraîtront à certains trop liées à la notion occidentale d’individu. En tout cas, Philippe Descola prône en conclusion une nouvelle communion entre humains et non humains.


Terre humaine. Une anthologie, Textes réunis et présentés par Pierre CHALMIN, Plon/Pocket, 2005, 536 pages

En 1955, Jean Malaurie publiait Les Derniers Rois de Thulé, premier titre de la collection « Terre humaine », qu’il allait diriger et animer un demi-siècle. Le projet de défendre des sociétés ignorées, proches ou lointaines, d’en exalter la dignité, de montrer en quoi elles contribuent à la richesse de notre terre, en dépassant toutes les frontières que l’esprit de domination, l’obsession des classements et de la compétition, ont pu construire, reste au cœur de l’entreprise. L’anthologie est précédée d’un long et passionnant entretien de la journaliste danoise Eva Rude avec Jean Malaurie, qui évoque son entrée dans la Résistance et en résistance. En résistance aux systèmes de pensée autoritaires ou totalitaires, aux catégorisations simplistes et confortables, à l’oubli prôné par les partisans d’une modernisations sans frein. Pour s’engager dans le brouillard du progrès, rappelle-t-il, et s’y engager résolument, « il faut garder tous ses papiers d’identité et son bagage. »
Une telle anthologie, qui correspond à un centième de la collection, ne peut être qu’arbitraire. Si le volume a finalement une certaine unité, due à son organisation par grands thèmes (« Mettre à plat la terre », « Des hommes obscurs », « Que les morts vivent », « Au meilleur des mondes »), il renvoie sans cesse aux vastes territoires dont sont détachés des paysages que racontent des voix inoubliables : celles de Lévi-Strauss (Tristes tropiques), Mahmout Makal (Un village anatolien), James Agee et Walker Evans (Louons maintenant les grands hommes), Pierres-Jakez Hélias (Le Cheval d’orgueil), Jacques Lacarrière (L’Été grec), Antoine Sylvère (Toinou), l’Amicale d’Oranienburg-Sachsenhausen (Sachso), Colin Turnbull (Les Iks), Augustin Viseux (Mineur de fond), Bernard Alexandre (Le Horsain)…, parmi beaucoup d’autres.
La presse hebdomadaire et quotidienne a souvent fait largement écho à ces livres et a joué efficacement son rôle de prescripteur. Il est permis de s’en réjouir, comme il est permis de louer maintenant une œuvre qui a fait connaître des hommes d’une grande diversité, dont beaucoup n’étaient pas des professionnels de la parole, dont tous étaient des acteurs remarquables de l’humaine condition. Et de vrais maîtres.


André LEBEAU, L’engrenage de la technique. Essai sur la menace planétaire, Gallimard, 2005, 266 pages

Géophysicien de formation, professeur honoraire au Conservatoire national des Arts et métiers, André Lebeau qui a travaillé au CNES, à l’Agence spatiale européenne et à Météo France, s’attaque à son tour au vaste sujet de l’accélération des conséquences de la technique. Il y a quarante ans, son sujet se serait intitulé banalement les conséquences du progrès technique, sujet d’ailleurs proposé régulièrement tant aux bacheliers qu’aux candidats à l’ENA. Aujourd’hui, 33 ans après la fameuse étude commanditée par le Club de Rome, parue en 1972 sous le titre français Halte à la croissance, alors que le titre originel était Limits to growth, à laquelle il consacre quelques pages en fin d’ouvrage, il est difficile d’ajouter le mot de progrès au vocable technique. « La transformation que connaît le système technique est le phénomène le plus gigantesque et le plus menaçant (nous soulignons) de tous ceux auxquels l’humanité ait jamais été confrontée depuis ses origines ». Soit. On s’attend après une telle entrée en matière à une démonstration théorique, argumentée, chiffrée des apories engendrées par la technique. Pollutions chimiques, Seveso, bactériologiques, contaminations alimentaires, vache folle, changement climatique, OGM, manipulations génétiques, clonage, à la mode de la rentrée littéraire, et leurs effets sur la santé, les pandémies, les peurs (Sras, grippe aviaire)… André Lebeau aborde cette série de sujets plus qu’il ne les traite, en fin d’ouvrage, plus à titre d’illustration que de base de son raisonnement ou de sa démonstration. On eût aimé également qu’en nous ouvrant ce qu’il appelle dans son dernier chapitre « les portes de la nuit » ses développements portassent sur les conséquences mentales, psychologiques, sociales, politiques de cette terreur technologique, de ces menaces qu’il s’est attaché à démonter. Non, point de pensée nouvelle sur tous ces points cependant critiques. André Lebeau se borne à citer Heisenberg selon lequel la technique est devenue « un processus biologique qui par sa nature même se trouve soustrait au contrôle de l’homme ». Il mentionne Jean-Jacques Salomon (« Survivre à la science »), reprend des propos vieux d’un demi-siècle de John von Neumann, qui incite l’homme à faire preuve de patience, de souplesse et d’intelligence (qui oserait le nier ?), puis conclut en revenant au rapport Mead-Forester Les limites de la croissance alors que leur modèle ne fournissait pas de prévision en matière de réaction des sociétés devant le phénomène de raréfaction ou d’épuisement des ressources naturelles. Avons-nous si peu progressé en un tiers de siècle ? Nous voilà bien aux portes de la nuit. Le principe de précaution nous sauverait-il des ces dilemmes ? Voilà pourquoi l’ouvrage d’André Lebeau au titre évocateur laissera plus d’un lecteur perplexe. Etait-ce le but non avoué de l’auteur ? Car celui-ci s’attache principalement à réfléchir sur le phénomène de la technique. Il le définit longuement : qu’est-ce qui différencie le geste technique du geste naturel ? Il se penche sur ce qu’est réellement la technique : création de formes, action sur son environnement. La technique est une aventure collective, poursuit-il, elle fournit de l’information, se structure en systèmes. Trois ou quatre pages pour chacun de ces thèmes suffisent-ils à étancher notre soif d’en savoir plus ? Tout le livre se développe ainsi, il décrit, amasse des informations. C’est vrai que la technique transmet de l’information et la stocke. C’est vrai que la technique utilise et stocke de l’énergie. André Lebeau promène son lecteur sur tous ces chemins. Il aborde bien sûr les rapports entre science et technique et décrypte les lignes de force d’évolution contemporaine. Encore une fois, tout ceci est clair, bien articulé, mais général, trop global. Aussi le livre est-il plus une histoire du développement de la technique au travers des âges, accompagné d’une réflexion sur ses répercussions sur l’homme et la société, qu’une discussion serrée de ces menaces et aspects destructeurs. Il aurait peut-être fallu commencer là où il conclut aux pages 258 et 259 et tenter de cerner ces « réactions de grande ampleur qui […] seront suscitées par la montée des problèmes engendrés par l’épuisement des ressources et l’altération de l’environnement ». Mais André Lebeau reste modeste : « Prévoir la façon dont l’espèce humaine réagira aux tensions qui vont se multiplier et s’accumuler au cours de ce siècle est une tâche qui défie l’intelligence ». N’est-ce pas pourtant celle qu’on exige des politiques ?


Armand FRÉMONT, Aimez-vous la géographie ?, Flammarion, 2005, 358 pages

Frémont, géographe qui prouve la possibilité de bien vivre un enracinement fort et une ouverture sur tous les ailleurs, avait publié en 1981 un très beau Paysans de Normandie. Il livre ici pour sa discipline une vaste réflexion d’ensemble. Son livre reflète l’évolution des savoirs, des philosophies qui les organisent, au cours du dernier siècle, entre adaptation de certains chercheurs aux nouvelles donnes issues des transformations politiques, économiques ou écologiques du monde, et conservatisme des autres, sur fond de crise de l’enseignement.
Non, on n’aime pas beaucoup la géographie, du moins celle enseignée autrefois au lycée, son idolâtrie de la cuesta, des bassins sédimentaires et des combinats sidérurgiques de la Pologne. Oui, A. Frémont nous prouve qu’il ne faut pas être esclave de ses souvenirs scolaires. Sans céder à la manie de tout subordonner à sa discipline, l’auteur montre que cette « science incertaine » de la géographie se trouve au cœur de l’actualité, difficile à déchiffrer sans les clés qu’elle offre sur la maîtrise, y compris militaire, des territoires, les rapports de pouvoirs, l’évolution des sociétés et les grandes migrations qui les bouleversent, la personnalité des individus et l’identité des peuples.
Consacrant quelques pages aux portraits des grands géographes, Vidal-Lablache, Élisée Reclus, Yves Lacoste, Sylvie Brunel, David Harvey, A. Frémont évoque aussi avec une vive sensibilité Julien Gracq, « géographe de profession mais essentiellement connu comme écrivain, […] qui résume merveilleusement les rapports complexes et savants ambigus de l’art et de la géographie. » C’est dire que cet ouvrage de vulgarisation, au sens le plus noble du terme, est un livre militant et modeste. Son auteur n’a pas renoncé au rêve d’une géographie généreuse (« aimer… »), décloisonnée, qui apprendrait à mieux lire le grand livre du monde aux élèves de nos lycées et collèges, redonnerait à leurs maîtres confiance en eux-mêmes.
En choisissant de s’adresser à un vaste public, éclairé, sans être spécialisé, A. Frémont a écrit le pendant, pour la géographie, des Douze leçons sur l’histoire d’Antoine Prost. Puisse-t-il inciter d’autres géographes à parler !


Hélène GISPERT (dir.), L’école et ses contenus, Recherches historiques sur le XIXe et le XXe siècles, L’Harmattan, 2004, 164 pages

S’il suffisait de rebaptiser les élèves en « apprenants » pour qu’ils soient actifs dans leurs têtes, les nouvelles méthodes auraient prouvé leur efficacité. Or, les réformes se succèdent, contraignant les enseignants à une adaptation permanente et, malgré leurs efforts, les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. Les recherches historiques sur l’école rappellent l’évolution du système scolaire et orientent la réflexion sur les enjeux de la formation des enfants. Les travaux présentés ici sont soutenus par l’IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) de Versailles en collaboration avec l’INRP (Institut national de la recherche pédagogique) et l’Université de Paris-Sud 11 (Orsay).
Au XIXe siècle, les sciences expérimentales (physiques et naturelles) sont jugées utiles dans le primaire, dans la mesure où l’enseignement est adapté aux enfants de la campagne, futurs travailleurs de la terre ou aux enfants des villes, futurs ouvriers de l’industrie. La volonté affichée est de maintenir les enfants dans la condition modeste de leurs parents. La France est essentiellement rurale et il faut éviter l’exode des populations rurales vers les villes. Tout concourt à développer l’enseignement agricole. De la même façon, dans les écoles normales primaires, on doit former des maîtres d’écoles de villages aux connaissances solides et utiles pour les futurs hommes de laborieuse condition. L’enseignement primaire est résolument orienté vers la vie professionnelle en conservant chacun dans sa classe sociale d’origine.
En 1960, lorsque la scolarité est prolongée jusqu’à 16 ans, c’est la massification de l’enseignement et les connaissances doivent former l’esprit. Leur application pratique est repoussée dans le temps. Dans ce contexte, une commission d’experts décide de réformer les mathématiques et une discussion s’engage pour savoir s’il faut rénover progressivement ou brutalement. Le sujet est d’importance, mais pourquoi l’auteur de la contribution met-elle l’accent sur le suicide d’un instituteur de la Somme (1972) qui n’aurait pu s’adapter à l’enseignement des mathématiques modernes à l’école élémentaire ? N’aurait-il pas été plus judicieux de montrer les avantages et les inconvénients de ce remaniement disciplinaire ?
Concernant la diffusion des connaissances, par exemple en physique, il est montré combien un thème comme la nature de la lumière a été difficile à faire passer dans les programmes entre 1800 et 1960. En effet, ce n’est qu’après 1950, que l’onde électromagnétique n’est plus considérée comme un phénomène vibratoire se déplaçant dans l’éther ! Le problème du décalage temporel entre les résultats de la recherche scientifique et la vulgarisation des connaissances est toujours un sujet d’actualité. L’ouvrage poursuit sa présentation quelque peu fourre-tout par un très bon article sur l’histoire de la gymnastique de 1945 à 1985. Alors qu’il devient difficile de saisir le fil conducteur de « L’école et ses contenus », les dernières contributions quelque peu redondantes portent sur les deux éditions (1887 et 1911) du célèbre Dictionnaire de pédagogie dirigé par Ferdinand Buisson (1841-1932).
Nous sommes toujours frappés par le côté hétéroclite des travaux publiés par les IUFM et l’INRP. Ces matériaux destinés à accompagner les enseignants sont souvent peu utilisables en raison de méthodologies floues. Il est dommage que la richesse des initiatives soit tellement diluée par l’abondance de documents d’un intérêt discutable. Les acteurs de l’école et les futurs enseignants vont-ils tirer profit de cette mosaïque d’études ?