Politique et actualité (23)

Politique et actualité

Nicolas CHARBONNEAU et Laurent GUIMIER, Génération 69, les trentenaires ne vous disent pas merci, Michalon, 2005, 174 pages

Petit ouvrage écrit par deux journalistes d’Europe 1 appartenant à la « Bof génération » (comme les avait surnommés Le Nouvel Observateur en 1978), Génération 69 se veut un réquisitoire – sans prétention contre la génération des baby-boomers. Les deux auteurs reprochent à leur devancière la monopolisation des postes de pouvoir politiques (sur-représentation des cinquantenaires à l’Assemblée nationale ou dans les conseils municipaux), économiques et médiatiques (Michel Drucker, Thierry Ardisson). Et son mépris explicite envers leur génération, née à la politique lors des grèves lycéennes et étudiantes de l’automne 1986 contre le projet de loi Devaquet, à laquelle d’ailleurs ils dénient même le titre de « génération ». Guimier et Charbonneau citent à cet effet plusieurs exemples anecdotiques, mais cependant révélateurs de l’état d’esprit des soixante-huitards : le dédain manifeste de chanteurs issus du baby-boom (comme Françoise Hardy ou Julien Clerc) pour leurs collègues trentenaires (Bénabar, Vincent Delerm), les éditoriaux pleins de condescendance et de rage de Louis Pauwels, à la suite des manifestions de 1986, où ce dernier définissait les manifestants comme « les enfants du rock débile, écoliers de la vulgarité pédagogue […] c’est la lie avec quoi le socialisme fait son vinaigre » (p. 57). Rien de moins. Bref, les baby-boomers voient la génération de leurs enfants comme inculte, ignorante, d’une pauvreté culturelle et politique affligeante.
L’intérêt principal de cet ouvrage se trouve, sans doute, dans la mise en lumière de la grande difficulté d’un certain nombre des soixante-huitards à sortir de leurs cadres de pensée forgés lors des événements de 1968. Que ce soit au niveau politique, avec les nouvelles formes du militantisme, la place des jeunes générations dans la représentation nationale ou sociale, avec une crispation des pionnières du féminisme sur des questions qui passent, aujourd’hui, pour largement secondaires (image de la femme dans la publicité). Et ce, au détriment de problèmes beaucoup plus brûlants comme la situation des jeunes filles dans les banlieues par exemple.
Si Génération 69 est un livre qui se lit avec un certain intérêt, en ce qu’il évoque une thématique trop peu abordée (la question générationnelle), on regrettera le traitement léger et parfois un peu rapide de questions qui verront s’opposer d’ici peu les baby-boomers et leurs successeurs.