Philosophie, arts et lettres (22)

Philosophie, arts et lettres

Christiane ELUÈRE, L’art des Celtes, Citadelles et Mazenod, 2004, 612 pages.

À l’heure où s’ouvre ou continue le débat sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne et donc des frontières de l’Europe il n’est pas inutile de passer par l’histoire et en premier celle de l’art. La parution du dernier volume de la fameuse collection de Mazenod devrait nous y inciter. Le livre de Christiane Eluère, conservateur en chef du patrimoine, qui a œuvré notamment au musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye, a été salué à juste titre selon ses mérites artistiques, mais rares à notre connaissance ont été les commentaires d’ordre historique. Sans diminuer la valeur esthétique de l’ouvrage son but premier , celui- ci contient aussi de bien précieux enseignements sur le thème qui intéressent tout citoyen européen éclairé. Aux côtés de la Grèce puis de Rome, les Celtes, qui n’ont pas constitué de races particulières, ont constitué la troisième composante du passé européen. Ces « Barbares » selon, les Grecs, considérés comme des héros guerriers quasi légendaires, toujours en mouvement, n’ont pas de territoires bien définis. D’où cette première séparation bien classique entre peuples nomades et sédentaires si profondément ancrée dans la psyché des Européens qu’il vient de resurgir à propos du débat turc. Sédentaires dit frontières fixes, donc immobiles… Les Celtes, par ailleurs, n’ont jamais édifié ni empire, ni union politique ; ils n’ont ni maisons, ni institutions derrière eux, mais seulement les vestiges d’une passion ostensible pour les armes rutilantes, les parures, des indices de cérémonies fastueuses, de rites cruels à nos yeux, de trésors fastueux pour des dieux omniprésents dans des clairières au bord de mares secrètes. Cette « celtitude » resurgit depuis des lustres. Un des grands peuples protohistoriques d’Europe, les Celtes, est apparu, selon les auteurs soit entre 1800 et 1600 avant Jésus-Christ dans l’Allemagne du Sud iIl s’agissait dans ce cas des proto-Celtes , soit plus tardivement à la fin de l’âge du bronze, puis de l’âge du fer, période clé où les peuples fixent leurs identités respectives. Au IIIe siècle av. Jésus-Christ, période de leur plus grande expansion territoriale, on les trouve de l’Asie Mineure à l’Est ce fut cette province de Galatie, qui a été l’occasion de célébrer l’Épître aux Galates de saint Paul , de la Grande-Bretagne à l’Ouest. Leur identité s’épanouit en même temps que leur expression artistique originale : formes végétales, humaines et animales se mêlent savamment et se projettent même dans d’audacieux reliefs. L’art celte fut éliminé par les invasions germaniques à l’est du Rhin tandis que la Gaule (Gallia), romanisée à partir du 1er siècle, ne renonce pas à ses racines profondes, souvent sensibles dans une juxtaposition de styles : l’empire romain ne sut annihiler complètement cette identité qui transparaît dans l’art des « Gallo-Romains ». Christiane Eluère pose elle-même la question qui nous préoccupe : « Leur dynamisme, leur mobilité, leur faculté d’adaptation exceptionnelle permettent-elles aux Celtes de réussir, malgré le manque d’institutions, une première forme d’unité culturelle de l’Europe ? »
Fort beau livre, donc, suggestif, qui nous amène à réfléchir sur les « passés » européens. Il nous introduit dans des symboles de l’eau et du soleil, que l’on retrouve dans maints objets votifs. Les chars, les roues, le soleil, on les retrouve et on les goûte. L’offrande à l’eau sous formes de cuirasses, de boucliers, de casques et d’épées. Prestige des vaisselles d’or et de bronze, figurines de bronze, telles sont les premières apparitions des formes d’art et de culte des Celtes qui furent très vite fascinés par le mirage méditerranéen. Masques, cruches gourdes, situles, anses, agrafes de centurion trésors de torques et bracelets se succèdent empruntant aux formes animales et végétales leurs motifs. Nous ne pouvons guère ici suivre un aussi riche ouvrage d’aussi abondantes descriptions qui traversèrent les siècles et les contrées. Mais ce casque pointu orné d’un décor ciselé ne l’a-t-on pas retrouvé sur la tête des premiers Bolcheviks ? Ce collier de perles d’or n’a-t-il pas des résonances étonnamment modernes ? Qu’il s’agisse du dynamisme des Celtes d’Europe centrale, de ceux des Balkans ou de l’Armorique, c’est bien à une symphonie européenne que l’on nous convie. On lit avec bonheur les pages consacrées à la Gaule, dont la densité apparaît nettement plus élevée que celle de la Grèce et de l’Italie, où apparaissent les festins claniques, l’art agricole sans pareil des Gaulois, inventeurs de la charrue à roues avec avant-train mobile. Cette « race d’une extrême ingéniosité », selon le mot de César qui avait mis dix ans à la conquérir, importa jusqu’à Rome jambons, foies gras, toutes sortes de charcuteries. Chacun en la traversant comme Hannibal s’est approvisionné en manteaux et en chaussures, les cuirs gaulois étaient d’excellente qualité. Les pantalons gaulois dont l’auteur nous montre un exemple qu’a-t-on inventé depuis ? sont autrement plus commodes que les toges romaines sous lesquelles s’engouffre le vent. C’est une impressionnante documentation, que nous livre l’ouvrage de Christiane Eluère, sur l’industrie nouvelle : du sel, qui a donné son nom à une période de l’histoire celte, celle d’Hallstatt village situé au cœur des Alpes autrichiennes. Tissus et tisserands, travail de la pierre et du bois, céramiques et poteries, verre et émail, fer et forgerons, or et argent ; bronze, cire et miel, dans tous ces domaines les Celtes nous ont laissé un legs précieux. L’archéologie celtique s’est vraiment épanouie à partir des années 1820, époque à laquelle Vercingétorix, le premier des Français, selon la formule du duc d’Aumale de 1858 qui fit mouche, est apparu comme un premier héros national ; Napoléon III épris de celtitude lui a donné une impulsion décisive. Après 1870, le voilà consacré comme premier résistant et précurseur de la République. Mais au-delà de ces valeurs incarnées de liberté, de patriotisme, de résistance, de sacrifice, si chers à notre identité, le magnifique livre de Christiane Eluère encore une fois enrichit notre perception d’un passé européen commun qui s’est abreuvé à de nombreuses sources. La querelle sur l’héritage de l’Europe n’avait-elle pas oublié notre passé celte ? Ce n’est pas parce qu’il fut païen, non institutionnalisé, non unifié qu’il n’est pas digne d’interprétation. En un sens, il apparaît moderne, car le passé celte est fluide, flexible, mouvant. Une image, que tous n’aimeraient pas mais qui fait partie de notre passé et peut-être de notre avenir ?


Marino PULLIERO, Walter Benjamin. Un désir d’authenticité, Bayard, 2005, 1054 pages

Il y a plusieurs livres dans ce gros volume de plus de mille pages, tout comme il y a une surabondance de sujets. En cherchant à décrire de façon exhaustive le climat qui entoura les années de jeunesse de Walter Benjamin, celles des tout premiers écrits, à l’aide d’une érudition qui rappelle davantage la manière allemande ou italienne que l’histoire des idées à la française, l’historien et philosophe M. Pulliero dresse un tableau de la crise de la jeunesse et des réformes qui marquèrent l’époque wilhelminienne à la fois sur le plan de l’éducation et de la société. Neuf chapitres constituent le livre en trois grandes problématiques qui s’entrecroisent : une première ligne de réflexion consacrée à l’identité des juifs allemands de la fin du XIXe siècle, celle de la famille de W. Benjamin, identité que l’on caractérise souvent de « symbiose judéo-allemande », une description de l’esprit wilhelminien, laquelle renvoie généralement chez les historiens à l’essor économique de la société et à son embourgeoisement, et, enfin, une étude de la crise que connaît alors la jeunesse allemande, symptomatique des débats esthétiques et religieux à la fois.
C’est un tableau infiniment plus riche et complexe qui ressort de la lecture de l’opus magnum de M. Pulliero. Destiné à un public averti l’ouvrage fait la part belle à l’allemand , il dégage comme lignes directrices des notions conceptuelles qu’il mène bien au-delà du cadre chronologique lié à la seule jeunesse de Benjamin. L’auteur s’attache par exemple à mettre en lumière, autour de la notion de dissimilation, la relation de spécularité entre les mouvements de jeunesse juifs et le courant völkisch. À travers la discussion de termes aussi spécifiques à la culture allemande que Bildung, romantisme ou l’opposition entre Kultur et Zivilisation, auxquelles M. Pulliero consacre d’innombrables notes et annexes, nous repartons en réalité du piétisme du XVIIe siècle et du classicisme pour comprendre la généalogie de cette fin de siècle et nous projeter, au-delà, dans un XXe siècle avant-gardiste et théologique. On comprend à lire M. Pulliero que pour les protagonistes des bouleversements qui agitent alors la société allemande, réformateurs et intellectuels, il s’agit en réalité de réinvestir à nouveaux frais des questions qui, depuis le XVIIIe siècle, façonnent périodiquement le débat intellectuel et scientifique allemand. Aussi l’un des maîtres mots de l’ouvrage est-il celui de « synthèse ». La question centrale de l’époque est sans conteste celle de la réforme des études et de la pédagogie. C’est autour d’elles que se focalise le renouveau de la société et que se constitue le mouvement de jeunesse étudiant qui porte les réformes. C’est dans ce climat que se forme le jeune Benjamin, à l’école du réformateur Wyneken qui joua à l’époque un rôle central dans la redéfinition des objectifs de l’éducation et, plus encore, dans la conception libératrice du rôle de la jeunesse. Plusieurs lignes d’inspiration se croisent qu’illustrent chacun à leur façon les cercles d’étudiants qui, à l’image du Wandervogel ou le Wanderverein, tout en partageant l’engagement dans le siècle, revisitent le romantisme et le mythe du voyage, et occupent alors le devant de la scène. La figure de Nietzsche apparaît comme une référence incontournable dans sa contestation du modèle de l’esthétique classique et de l’historicisme. À l’époque où W. Benjamin consacre plusieurs articles à la question, M. Pulliero montre bien, en effet, comment le débat se déplace à la réforme scolaire de l’organisation des études discutée à partir des années 1860 à la « culture de la jeunesse », celle-ci rassemblant l’ensemble des thèmes autour d’une critique de la modernité positiviste. Les derniers chapitres se recentrent autour des premiers textes de W. Benjamin en montrant comment, s’il faut le lire à la lumière de Nietzsche et du Jugendbewegung, la volonté de réfléchir à la formation du sujet collectif et l’ancrage de celui-ci dans le prolongement d’une réflexion critique sur l’expérience ouvrent sur un désir d’authenticité qui le situe autant du côté de Kant que de Nietzsche. On comprend mieux ainsi la genèse de la pensée messianique de Benjamin. Sans doute est-ce là l’autre grand apport du livre, cette fois en réponse à la vulgate benjaminienne.


David GRITZ, Levinas face au beau, Paris, Tel Aviv, Éditions de l’Éclat, 2004, 133 pages.

Peut-on lire l’ouvrage consacré par David Gritz à la pensée d’E. Levinas comme n’importe quel autre ? Non sans doute, si l’on sait que son auteur, jeune étudiant plein de promesses, trouva la mort lors d’un attentat à l’Université de Jérusalem le 31 juillet 2002 alors qu’il venait d’arriver en Israël muni d’une bourse pour un an d’études. Le cercle qui s’est constitué depuis pour garder intacte sa mémoire, autour de ses parents, Nevenka et Norman Gritz, auxquels Catherine Chalier, qui fut son professeur, dédie ce livre, dont la publication de ce mémoire de maîtrise est un témoignage supplémentaire, illustre au plus haut le message humaniste et de tolérance porté par la philosophie d’E. Levinas. On doit à son auteur néanmoins de le lire avant tout comme un travail philosophique plus que comme un témoignage.
C’est par une méditation sur le beau, aspect peu connu et souvent qualifié de marginal dans la pensée de Levinas, que D. Gritz aborde la pensée de celui-ci et la réflexion sur la subjectivité. Cet aspect de marginalité met d’ailleurs en relief la maturité du questionnement mené ici. À partir de la notion d’image, explique D. Gritz, Levinas opère un déplacement et place le beau non pas du côté de l’artiste mais de l’être. D. Gritz trouve un écho à cette problématique dans l’aspect éthique qui prélude au volet interprétatif de l’œuvre levinassienne. D. Gritz part d’un article paru dans Les Temps Modernes en 1948 sous le titre « La réalité et son ombre » dans lequel Levinas renvoie dos à dos les esthètes amateurs de l’art pour l’art et les thuriféraires d’un art engagé, article qu’il lit en corrélation à un certain nombre d’études consacrées par Levinas au langage poétique à travers l’œuvre de quelques-uns des grands écrivains du siècle, Leiris, Celan ou Blanchot. À travers sa lecture de Celan, Levinas donne ainsi un sens différent à la préséance de la langue poétique que celui dont l’investit Heidegger. Celle-ci ne touche plus au sens de l’être mais au don, à la générosité. Il s’y opère un déplacement vers l’autre. Dans un article consacré à Blanchot et écrit en 1958, Levinas place à la suite de ce dernier l’essence de l’art dans le nomadisme dont le poème offre la possibilité. Ce nomadisme est interprété comme le mouvement silencieux du poème qui serait un premier Dire et rendrait ainsi le langage à un mouvement qui précède l’être. La poésie perd ici le privilège de dévoilement qu’elle trouvait chez Heidegger. À ces réflexions de Levinas, D. Gritz ajoute les siennes propres, celles qui peuplent son monde et sa sensibilité, l’opus 111 de Beethoven et le commentaire qu’en donne Th. Mann dans le Docteur Faustus qui accordent sa sensibilité à celle de son objet et font sentir le déplacement qu’opère l’art par rapport à la subjectivité et la richesse de la norme, de l’œuvre d’art comme produit par rapport à celle-ci, de la technique dans son rapport à l’être. À la manière de la pensée levinassienne, le travail de David Gritz, par les promesses dont il est porteur et l’inaboutissement dont il témoigne, accompagnera un temps ceux qui veulent lever un peu du voile sur le sens d’une existence sensible.


Francis GUIBAL, Approches d’Emmanuel Levinas. L’inspiration d’une écriture, PUF, 2005, 177 pages

Dans un ensemble d’études réunies pour l’occasion, F. Guibal nous propose un parcours à travers la pensée d’E. Levinas qu’il place d’emblée sous le signe du judaïsme et du prophétisme au sens où l’entendait M. Blanchot. Il situe au point de départ de sa thèse l’interrogation de Levinas à l’intérieur de la tradition philosophique elle-même et non pas dans la ligne de Derrida comme une pensée venue de l’extérieur mettre en péril la tradition philosophique. D’où une démarche qui vise à expliciter les concepts qui travaillent la pensée de Levinas en les replaçant dans sa démarche, tout en prenant garde de ne pas systématiser abusivement celle-ci, ni de l’enfermer dans un cadre abusivement rigide. La raison portant en elle ses germes de renaissance selon les principes d’une pensée vivante, F. Guibal met l’accent sur l’unité de l’œuvre de Levinas, sans en gommer les inflexions ni les interrogations.
L’ouvrage s’ordonne en six chapitres dont le troisième, consacré à la phénoménologie, compose le centre. À chaque fois F. Guibal s’attache à repérer la part du judaïsme dans la progression philosophique. Consacré au thème de l’autorité et de l’éveil, le premier chapitre introduit à la pensée de Levinas par la question de l’enseignement et du dépassement de l’enseignement socratique essentiellement égologique à travers la relation verticale établie avec le Visage du maître. Suit une réflexion sur les relations entre la pensée levinassienne et la philosophie de Heidegger autour du thème de l’existence qui nous conduit du « il y a » à la « sagesse de l’amour ». Les chapitres IV et V explorent la dimension du Visage et celle de la transcendance pour déboucher sur l’éthique et border les problèmes de justice et de responsabilité. Le dernier chapitre enfin pose la question de l’interculturel, notamment dans le cadre tracé par l’humanisme européen et la part que peut y prendre la philosophie. C’est en même temps qu’un parcours philosophique une introduction très claire à la pensée de Levinas qui n’en gomme ni les difficultés, ni les audaces.


Clélia COHEN, Le Western, Cahiers du Cinéma, SCEREN-CNDP, 2005, 94 pages.

Voici longtemps que les amateurs de cinéma ont admis que le western – le mot apparaît dans les années 1910 , porteur de l’idéal américain, tenait autant de la critique sociale ou d’une réflexion sur l’histoire que du divertissement. Loin des études sociologiques un peu sèches, mais s’inspirant des grands anciens comme André Bazin, ce petit ouvrage nous en offre une illustration pertinente, en mêlant analyse de styles et portraits de géants, qu’il s’agisse des metteurs en scène qui ont animé pour nous les plaines de l’Ouest ou des acteurs, héros au grand cœur et stars du grand écran, d’autant plus inaccessibles et mythiques qu’ils incarnent une Frontière qui s’évanouit aussitôt atteinte.
L’auteur nous prévient dès le départ. Impossible d’être exhaustif : l’absence de limites que le genre s’autorise l’interdit. On comprend vite en effet que le western s’identifie au cinéma dans son ensemble. Théorie de la Nature – à laquelle répond un découpage de l’espace et du plan cinématographique , mise en scène de l’histoire américaine, une présentation chronologique montre comment les thèmes évoluent, comment le genre se diversifie, même si les films se répondent parfois les uns aux autres comme à la grande époque de Hawks et de J. Ford. Clélia Cohen ne craint pas d’enfourcher les stéréotypes pour nous décrire les paysages de l’Ouest et ses cow-boys, justiciers d’une Amérique qui se rêve égalitaire, de Gary Cooper célèbre héros du Train sifflera trois fois à Clint Eastwood, de John Wayne à Kevin Costner. Dans une seconde partie, elle met à la disposition du lecteur textes d’anthologie, analyses de séquences de film, récits de tournage ou analyses de plans.
Ce petit livre est aussi riche par ce qu’il décrit que par son invitation à poursuivre la découverte. Il calque le plaisir de l’écriture cinématographique à travers une mise en page suggestive et le rythme de l’écriture, tout en sachant être didactique. Le style précis, le sens de la formule, toujours heureuse, jamais réductrice séduisent et mettent à distance à la fois leur objet et le lecteur. Passant en revue une abondante filmographie qu’il récapitule en fin de volume, il constitue l’outil indispensable pour tout étudiant en cinéma mais aussi pour ceux qui s’intéressent aux États-Unis. Loin d’être un genre seulement américain, il nous concerne, nous aussi, Européens. Peut-être est-ce pour cela qu’il est, aux dires de C. Cohen, « le genre le plus mélancolique du cinéma ». Cette nostalgie, bâtie sur « une double extinction » celle de la Frontière et des Indiens, réflexion philosophique sur la simultanéité du but atteint et de sa disparition, nous renvoie à la double dimension du rêve américain, dans l’excès et le réel à la fois, et nous permet d’en comprendre l’héritage actuel. On se prend alors à espérer que le western a encore de beaux jours devant lui.