Société, sociologie, économie, politique sociale (22)

Société, sociologie, économie, politique sociale

Le flux d’étudiants susceptibles d’accéder aux carrières de recherche, L’exemple de l’Ile-de-France dans le cadre national, Rapport à l’Académie des sciences, Jean Dercourt (dir.), Les Ulis, EDP Sciences, 2004, 148 pages.

Ce rapport, présenté par des membres de l’Académie des sciences et du Rectorat de Paris, a pour but l’analyse des choix des bacheliers susceptibles d’exercer des carrières scientifiques et techniques, dont la recherche. Les données sont recueillies en Ile-de-France et comparées aux moyennes nationales, sans différences significatives. Il se dégage des travaux du groupe que la désaffection supposée des bacheliers pour les sciences et ensuite pour les études supérieures est à nuancer. Le nombre de bacheliers scientifiques se maintient, mais en ce qui concerne l’enseignement supérieur, le désintérêt est ciblé selon l’évolution des filières. En effet, en raisonnant par grands domaines, on recense trois « agrégats » disciplinaires : sciences et techniques mathématiques, sciences et techniques de la matière et de l’énergie, sciences et techniques de la vie et de la santé. Dans chacun de ces domaines, des spécialités s’affaiblissent et s’effacent tandis que d’autres apparaissent et s’imposent comme l’informatique, la physique nucléaire ou les neurosciences, entre autres.
Les étudiants actuels sont pragmatiques, ils privilégient les filières courtes, professionnelles, diplômantes et qui permettent à tout moment un accès à l’emploi, quitte à poursuivre ensuite des études complémentaires. En revanche, les études longues où les étapes ne sont pas clairement identifiables sont rejetées. Le décrochage est très net pour la voie générale universitaire avec une sortie vers la formation des maîtres à la licence et vers la recherche après le doctorat. Il y a bien moins de candidats au CAPES ou à l’agrégation et d’inscrits en thèse. Ce constat est particulièrement inquiétant pour couvrir les besoins immédiats en enseignants : 42 % des enseignants de la maternelle à l’université seront à la retraite entre 2000 et 2010 ! Les besoins annuels en scientifiques (des licenciés aux docteurs d’université) se situeraient entre 8500 et 11500, ce qui semble bien loin des recrutements actuels. L’université doit améliorer son attractivité en poursuivant sa mise en place de licences professionnelles, de MST, de maîtrises IUP etc. et elle a une carte importante à jouer dans la réforme LMD (licence master doctorat).
La réflexion sur l’adaptation des études aux futurs besoins montre clairement que la société post-industrielle est celle des services. Il y a tertiarisation, mais les secteurs concernés sont très techniques et les emplois hautement qualifiés. La conclusion est que la désaffection pour les études scientifiques n’est pas confirmée. Les recommandations portent sur la nécessité urgente de renouveler la formation des enseignants et des chercheurs scientifiques. Il faut également travailler à des rapprochements et à des passerelles entre les UFR, IUT, CPGE, STS, écoles d’ingénieurs et professionnelles. Très en amont le développement de la culture scientifique, avec des expériences telle La main à la pâte peut revaloriser les sciences auprès des enfants. Enfin, rendons attirantes nos formations pour les étudiants étrangers et en particulier les jeunes Européens. Ce texte a le mérite d’être précis, objectif sans catastrophisme et incitatif quant aux mesures à prendre. Il demeure la question fondamentale : qui va s’emparer du document pour amorcer la thérapie ?