Politique internationale (22)

Politique internationale

Patrice CANIVEZ, Qu’est-ce que la nation ?, Vrin, 2004, 124 pages.

La question est d’actualité, à l’heure où les nations sont contestées à l’intérieur de leurs frontières et remodelées ou mises en question à l’extérieur. Et pourtant la nation reste au centre de notre vie politique, le lieu du débat et ce même dans l’hypothèse où l’on analyserait la situation actuelle comme nous conduisant vers une organisation politique privilégiant des fédérations multinationales. Reprenant le principe antérieur de certaines collections de poche, l’ouvrage se compose de deux parties : réflexions d’un auteur sur une grande question et commentaire de deux textes choisis par lui, un extrait du Discours à la nation allemande de Fichet et un passage tiré du célèbre texte d’E. Renan de 1882, Qu’est-ce qu’une nation ? dont il montre qu’ils ne sont pas dans l’opposition dont on les qualifie habituellement.
Comme le rappelle justement P. Canivez, le système des relations internationales ne fonctionne qu’avec l’accord des différentes nations. L’auteur envisage la définition de la nation sous plusieurs aspects. Après avoir analysé la plasticité de la notion de nation, il définit la nation davantage comme une « communauté de situation » que de destin en montant comme c’est la situation actuelle qui détermine davantage qu’un passé idéalisé la représentation de la nation. C’est aussi une façon de rendre toute son importance au sentiment de l’espace dans la détermination de la nation comme dans les échanges qui se produisent entre nations, ce « cosmopolitisme du national » dont parle A.-M. Thiesse. Il est impossible de penser de façon dissociée une appartenance nationale sur un mode politique ou sur un mode culturel. La nation au sens politique du terme s’intègre en réalité dans une conception plus vaste d’un ensemble culturel. Reste alors à déterminer ce qui au sein d’une culture donnée définit une identité culturelle. Le désir d’identité ne peut être que quelque de chose de relatif qui exprime, à un moment donné chez un individu ou une collectivité, un désir de sens, et doit être analysé sur fond de subjectivité.
Aussi la nation doit-elle être définie à travers le type de liens qu’elle induit. Le patriotisme constitutionnel tel que le définit J. Habermas en est un. On peut aussi évoquer la loyauté sur un plan extérieur ou la solidarité à l’intérieur des frontières, lesquelles dépendront de la façon dont se posent les conflits et de leur mode de résolution, de même que de l’interprétation de la tradition. Les extraits de textes choisis qui suivent illustrent quelques-unes des analyses proposées en première partie. Ainsi lit-il Fichte non pas dans la ligne d’un nationalisme allemand rendu plus virulent par les conquêtes napoléoniennes, mais comme un porte-parole d’un patriotisme moral. Cela relativise l’opposition parfois faite entre particularisme culturel et universalisme, chaque tradition ayant valeur universelle. Ainsi l’idéalisme allemand est-il un miroir de l’identité allemande non pas en un sens platement ethnique mais au sens le plus philosophique possible. En parlant allemand les Allemands font preuve de leurs dispositions morales à opter pour une vie libre. Le parallèle français est fourni par la position de Renan chez lequel, contrairement à l’opinion courante, on ne trouve pas une vision strictement politique de la nation. Fichte comme Renan partagent une conception morale de la nation.