Politique et actualité (22)

Politique et actualité

Jean-Michel DJIAN, Politique culturelle : la fin d’un mythe, Gallimard, Folio, coll. « Le Monde actuel », 2005, 196 pages.

Le constat est amer et les rapports entre la culture et le pouvoir politique sont ambigus. De 1959 à 2004, quatorze ministres se sont succédé, dont émergent les charismatiques André Malraux, le protecteur du patrimoine et des artistes confirmés, et Jack Lang résolument contemporain. Actuellement, les pratiques culturelles des Français sont florissantes : nos concitoyens dansent, chantent, jouent d’un instrument, écrivent. Cependant, cette hyperactivité est trompeuse et ne semble pas correspondre à une élévation du niveau d’éducation : c’est surtout affaire de transmission familiale d’une passion culturelle. Les lourdeurs administratives s’accumulent, les partenaires se multiplient et, par effet de mode, les artistes deviennent des créateurs, tandis que le public consomme une culture affadie et formatée.
Nous avons l’illusion d’une exception culturelle, rebaptisée diversité culturelle, mais la France doit surtout retrouver sa place en Europe et dans le monde, malgré les efforts louables des centres culturels, Alliances françaises et lycées français de l’étranger qui maintiennent le flambeau de la francophonie. Certes, le bilan de ce livre est désenchanté, mais il émerge des initiatives réussies lorsque les municipalités constituent des équipes d’élus et de professionnels. Par exemple, Les folles journées de Nantes sont une réalisation audacieuse qui enchante les musiciens et le public, et rend ses lettres de noblesse à la musique classique. Alors, pour que la culture redevienne émotion, l’éducation a son rôle à jouer en fournissant les outils intellectuels pour comprendre et juger les œuvres. Ainsi renaîtra la politique culturelle.


Jacques FONTAN, Les pollutions de l’air, Les connaître pour les combattre, Vuibert, 2004, 212 pages.

La terre est entourée d’une enveloppe gazeuse, l’air, composée de trois ceintures la troposphère, la stratosphère et la mésosphère, du sol jusqu’à 80 km d’altitude. Or, l’air que nous respirons dans la troposphère est pollué que ce soit à l’échelle locale, régionale ou planétaire ; il est impossible d’échapper à ces nuisances dans les agglomérations, à la campagne, dans les locaux professionnels et même dans nos maisons. Cette pollution généralisée a pour origine le rejet dans l’atmosphère de composés gazeux et de particules d’origine naturelle ou anthropique : ce sont les polluants primaires qui produisent à leur tour des polluants secondaires souvent très agressifs.
La destruction de la couche d’ozone qui nous protège du rayonnement ultraviolet a déclenché une alarme médiatique internationale, d’autant plus que ce gaz était considéré comme un produit miracle, utilisé dans le traitement des eaux usées, l’assainissement de l’eau potable, l’élimination des matières organiques, des odeurs et l’industrie du papier. Une meilleure connaissance de la chimie stratosphérique a permis d’identifier les substances responsables de la dégradation de l’ozone atmosphérique : ce sont les chlorofluorocarbones ou CFCs. Ainsi par grandes vagues catastrophistes ont été dénoncés l’ozone, les pluies acides, l’augmentation des gaz à effet de serre avec les risques sur le changement climatique. Dénoncer, comprendre, agir, les efforts déployés pour remédier aux pollutions sont loin d’être négligeables : dorénavant l’essence est sans plomb, les rejets industriels sont limités, les dioxines émises par les incinérateurs sont dénoncées. Nous sommes dans l’ère du développement durable et du principe de précaution. C’est au sommet de la terre à Rio de Janeiro (1992) que cette préservation de l’environnement pour les générations futures a été proclamée ; la convention sur les changements climatiques est entrée en vigueur en 1995 et, en complément, la conférence de Kyoto (1997) a fixé des objectifs précis : réduire les émissions polluantes pour 2010. Certains gaz ont été sélectionnés : le gaz carbonique, le méthane, le protoxyde d’azote, les hydrofluorocarbones (HFCs), les perfluorocarbones (PFCs) et l’hexaflorure de soufre (SF6). Malgré des directives et des normes contraignantes, le protocole de Kyoto n’est pas facile à appliquer. Les États-Unis ne veulent pas changer leur mode de consommation et les pays en voie de développement aspirent à un légitime essor économique qui s’accompagne souvent d’une pollution mal maîtrisée.
De plus la fragilité de la planète est rappelée à chaque catastrophe industrielle comme Bhopal, Seveso, Tchernobyl, Toulouse qui frappent les êtres vivants et bouleversent la chaîne alimentaire. Si la connaissance de la chimie atmosphérique progresse, nous commençons tout juste à appréhender les conséquences de la pollution sur la santé humaine, en particulier pour les personnes les plus fragiles comme les enfants, les personnes âgées, les insuffisants respiratoires et cardio-vasculaires. Les risques sont évidents sur les voies respiratoires, la peau, les muqueuses et une augmentation possible des allergies graves et des cancers est envisagée. Ainsi, la définition de la santé donnée par l’OMS comme « un état de complet bien-être physique, mental et social et (qui) ne consiste pas seulement en une absence de maladie » devient un droit.
Jacques Fontan, professeur à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, livre dans cette deuxième édition de son ouvrage, augmentée et actualisée, un bilan scientifique complet sans tomber dans l’alarmisme. Il propose des solutions pour ralentir et maîtriser la pollution de l’air. Les connaissances scientifiques doivent évoluer et les grands organismes comme le CNRS, l’INSERM et l’INRA ont à coordonner leurs recherches. Ensuite, l’application des recommandations est affaire de volonté politique à chaque échelon administratif.