Peut-on sauver l’édition française des sciences humaines et sociales ?

Peut-on sauver l’édition française des sciences humaines et sociales ?

Sophie Barluet

Il y a soixante ans, Marc Bloch notait, dans L’étrange défaite, les méfaits de la spécialisation en matière d’éducation : « À nos groupes dirigeants trop tôt spécialisés nous ne donnons pas la culture générale élevée faute de laquelle tout homme d’action ne sera jamais qu’un contremaître ». Pourtant, son appel vigoureux à une réforme de l’enseignement ne devait pas être entendu, du moins pas sur ce point. Car la prédiction durkheimienne d’une tendance à la segmentation allait s’étendre bien au-delà du champ strict du « travail social » jusqu’au mode même de production et de diffusion des savoirs.

Misère de la fragmentation

Cependant, ce qui était devenu très vite la règle pour les sciences dures, longtemps ne s’appliqua pas aux sciences humaines et sociales. Celles-ci s’enrichissaient, au contraire, de leur transversalité et de leur capacité à intégrer des approches pluridisciplinaires. Or, elles semblent aujourd’hui renoncer peu à peu à cette forme d’universalisme pour adopter le modèle de production fragmenté des sciences exactes.
Si la division du travail est souvent synonyme d’efficacité, elle engendre aussi des cloisonnements et exige des angles resserrés alors que le champ des sciences humaines est un champ ouvert. Les frontières y sont précises, mais elles doivent néanmoins pouvoir être franchies. Les itinéraires de nombreux penseurs en témoignent qui surent mêler un parcours philosophique et sociologique comme Pierre Bourdieu, analyser les rapports de pouvoir à la fois en historien et en philosophe comme Michel Foucault ou aborder simultanément de nombreux champs d’investigation comme Roland Barthes.
Ces noms renvoient à ce qui est désormais inscrit dans nos mémoires comme un âge d’or des sciences humaines et sociales : les années soixante-dix. En ces temps-là, les sciences sociales avaient encore une valeur prédictive et la lecture demeurait un viatique pour l’action. Pour transformer la société, il fallait l’avoir théorisée et les livres étaient les bréviaires de l’engagement politique. Mais quand le doute sur l’efficacité du changement décrété survint, il s’accompagna d’un retrait par rapport aux sciences humaines et sociales.
L’heure est donc désormais au sujet pointu, à l’analyse au microscope plutôt qu’à un regard qui embrasse le large. La modestie des uns et la prudence des autres accentuent les difficultés à transmettre une culture générale que ce soit par l’enseignement aux étudiants ou par le livre à un public plus large.
Ainsi les exigences voulues par un marché du savoir de plus en plus concurrentiel, d’une part, et la fin des idéologies, d’autre part, ont-elles conduit à approfondir le fossé qui se creuse entre l’université et la cité. Cet écartèlement est grave car si les citoyens n’accèdent plus aux travaux des chercheurs, comment pourront-ils exercer leurs responsabilités dans une société soumise à des contraintes et à des règles de plus en plus complexes ? Marc Bloch, toujours lui, insistait sur la nécessité du rapport entre ces deux mondes. Ainsi regrettait-il déjà qu’« à aucun nous n’apprenons le sens critique auquel seul le spectacle et l’usage de la libre recherche pourrait dresser les cerveaux ». Ce sens critique, le livre plus que tout autre média, peut en être l’instrument car seul il autorise la distanciation qui lui est co-substantielle. La crise de l’édition en sciences humaines et sociales dépasse dès lors, de loin, la problématique liée à l’économie d’un secteur. Ce qui est en jeu, c’est aussi l’exercice de la démocratie.

Anatomie d’une crise

Cette crise peut être résumée en quelques données simples. Un chiffre d’affaires modeste : 128 millions d’euros, soit 5,4% de l’ensemble de celui de l’édition française, la croissance la plus faible de tous les secteurs de l’édition : + 5% depuis 1995, alors que la moyenne est de 13,7%, enfin une division par quatre des ventes en 20 ans : à peine 600 exemplaires en moyenne par ouvrage aujourd’hui.
Au-delà de ces chiffres, il en est d’autres qui introduisent des nuances souvent inattendues. Elles concernent d’abord certaines disciplines : ainsi l’histoire, qui fut dominante dans les années soixante et soixante-dix, est celle qui a le plus souffert en perdant 66% de son chiffre d’affaires depuis 1974 tandis que les sciences humaines générales connaissaient sur la même période une progression inattendue de 9,5% soit plus que la moyenne de l’ensemble de l’édition. Une autre variable essentielle concerne la distinction entre les ouvrages savants et ceux de vulgarisation. Depuis 1994, la nomenclature du SNE (syndicat national de l’édition) distingue les deux catégories ce qui permet de vérifier une intuition : ce sont les ouvrages spécialisés, soit le noyau dur autour duquel tout se construit, qui est le plus fragile. À la croissance de 5% de leur chiffre d’affaires correspond une augmentation de 66% de celui des livres d’actualité.
C’est donc ce cœur qui est en danger et pourtant il est vital. Car les livres qui le constituent sont la matière et la matrice à partir desquelles peuvent se développer tous les autres ouvrages de sciences humaines et sociales : essais, manuels, travaux de synthèse et de vulgarisation. C’est aussi à partir de ces livres que se construisent une politique d’auteurs, une cohérence éditoriale et un catalogue d’ouvrages de fond. Enfin, ces livres sont les passerelles entre le monde de la recherche et le grand public. En conciliant la rigueur scientifique et une forme accessible par tous, en offrant une réflexion novatrice et un questionnement inédit du monde, ils sont indispensables à la formation de cet « esprit critique » évoqué par Marc Bloch.
Pourquoi dès lors connaissent-ils de tels problèmes ? Pourquoi leur équilibre économique est-il si fragile ? Pourquoi leur survie est-elle menacée ? Les causes, comme souvent, sont multiples. Elles concernent tout à la fois la production, la diffusion et la réception de ces ouvrages.

L’article plus que le livre ?

La production se raréfie. Les chercheurs en sciences humaines et sociales doivent de plus en plus se situer, comme les biologistes, les physiciens ou les mathématiciens, sur un marché du savoir qui s’internationalise. Le développement des réseaux numériques a accéléré cet effacement progressif des frontières étatiques et linguistiques contribuant à uniformiser un marché caractérisé par de nouvelles normes : une forme l’article et une langue l’anglais. La construction d’une carrière passe désormais par l’adoption de ces nouveaux codes dont la rémunération symbolique est bien supérieure à l’écriture d’un ouvrage de synthèse pour le grand public, avec un coût d’investissement moindre. Il n’est pas étonnant dès lors que les jeunes chercheurs renoncent à passer plusieurs années à retravailler une thèse pour la mettre aux normes d’une lecture pour tous mais qui sera lue en moyenne par 600 personnes et préfèrent se consacrer à des travaux destinés à la seule communauté des savants mais qui leur procureront une reconnaissance internationale déterminante pour la construction de leur carrière.
Ainsi tout concorde : la validité des grandes synthèses est sujette à caution depuis l’effondrement des idéologies, l’effort pour produire des grands ouvrages ne vaut plus devant l’efficacité des articles rédigés en anglais pour des revues internationales.
Les contraintes de l’édition elles-mêmes paraissent de plus en plus superflues. Après tout, puisque les universitaires écrivent, évaluent et lisent eux-mêmes la plupart des travaux savants, pourquoi ne deviendraient-ils pas totalement autonomes en intégrant également la fonction de diffusion ? Internet leur offre enfin la possibilité de s’affranchir des contraintes de l’édition. Plus de dilemme entre l’exigence de lisibilité et de scientificité, plus de regret à supprimer les annexes et les notes de bas de pages. Internet permet tout et ne censure rien. Mais l’exigence de diffusion ne recoupe pas celle de la communication. À vouloir se priver des services d’un éditeur alors que la production de savoirs se spécialise de plus en plus, qu’elle tend à devenir hermétique dans son objet et son langage, ne risque-t-on pas de se couper définitivement du public ? Ce qu’un éditeur apporte : la mise en scène de la pensée d’un auteur, l’invention de concepts éditoriaux (Terre humaine, Archives…) qui vont mettre sa réflexion en valeur en tissant des cohérences avec d’autres auteurs ou en mettant en résonance des sujets les uns avec les autres. Le travail de formalisation du texte, le choix du format le plus approprié, tout cela précède et prépare la diffusion auprès du public. Un éditeur n’est pas un imprimeur ; il est beaucoup plus que cela. Sans son travail, un texte risque fort de ne pas dépasser le cercle étroit des déjà-initiés renfermant encore plus l’université sur elle-même.

Un public disparu

Ce double isolement dans une logique de production de plus en plus spécialisée et dans des modes de diffusion centrés sur la communauté savante accentuent un phénomène qui a sa propre autonomie : la désaffection des lecteurs et plus particulièrement du public universitaire. Malgré une multiplication par cinquante du nombre d’étudiants en un siècle, on constate une surprenante stabilité des tirages et des ventes moyennes des ouvrages de sciences humaines et sociales sur cette période. Tout se passe comme s’il y avait une neutralisation du facteur démographique et comme si la formidable expansion de la population universitaire (plus de 2 millions d’étudiants et plus de 55 000 enseignants aujourd’hui) n’avait eu aucun effet sur le marché des ouvrages de sciences humaines et sociales.
Par ailleurs, le public universitaire ne constitue que la moitié de ce marché éditorial : à peine 60 millions sur les 112 millions d’euros de chiffre d’affaires total en 2000. Encore faut-il préciser que beaucoup de ces achats sont destinés aux laboratoires ou aux centres de recherche et non aux bibliothèques privées des universitaires. Ce pourcentage a un côté positif : il reste, dans le grand public, un noyau dur de lecteurs intéressés par des ouvrages de fond. Il a aussi, hélas, un côté négatif : le marché captif des étudiants et des enseignants, qui devrait constituer les marges de croissance potentielle, est celui qui délaisse proportionnellement le plus l’acquisition de ces ouvrages.
Les raisons sont bien connues. Les étudiants entretiennent un rapport de plus en plus utilitariste avec la lecture : le livre n’est plus une fin en soi, mais une base de données dans lequel on peut puiser l’information. La nécessité d’aller vite et d’être efficace a renforcé cette approche fragmentée. On lit désormais comme on circule sur Internet : de manière éclatée et dispersée. C’est d’ailleurs moins le rapport lui-même au savoir qui s’est modifié que la façon dont on se l’approprie. La désacralisation du livre a en outre suscité la multiplication d’autres comportements qualifiés par Roger Chartier de « braconnage » : la photocopie et l’emprunt. Ces deux modes d’accès au livre se sont renforcés. Ils sont même devenus majeurs dans le monde universitaire. Alors que dans les années soixante-dix, on empruntait un livre pour dix achetés, ce rapport est aujourd’hui de un à deux. En 1998, une enquête montrait que plus d’un emprunteur sur trois n’achetait jamais de livres en rapport avec ses études. Quant à la photocopie, elle est devenue une pratique massive. En 1997, on estimait ainsi déjà à 8 milliards le nombre de pages d’œuvres protégées photocopiées chaque année, soit 10% des 80 milliards de photocopies annuelles.
Ces pratiques sont d’ailleurs encouragées par les enseignants qui n’hésitent pas à distribuer régulièrement de telles photocopies. Convaincus que l’accès au livre pour les étudiants est trop onéreux et que la circulation du savoir doit primer sur la rétribution des auteurs et des éditeurs, ils n’hésitent pas à photocopier eux-mêmes des œuvres protégées. Selon une étude du CFC (Centre français du Copyright), en 1999-2000, sur 9 200 supports de cours, 500 pages en moyenne sont données chaque année aux étudiants dont 80 correspondent à des œuvres protégées.
Ce contournement correspond d’ailleurs à un changement profond de la conception que certains universitaires ont de la propriété littéraire qui s’est manifesté à l’occasion de la transposition en droit français de la directive européenne sur le « droit d’auteur dans la société de l’information » lorsque la conférence des présidents d’université a demandé une exception au droit d’auteur pour usage pédagogique. Cette demande a suscité à la fois hostilité et inquiétude de la part des éditeurs conscients du danger qu’elle induisait pour leur profession. Dans une tribune du Monde du 17 avril 2003 intitulée « Pourquoi l’université veut-elle la mort de l’édition universitaire ? », ceux-ci rappelaient que « l’édition est un métier qui ne s’improvise pas et auquel nos universitaires, quelle que soit leur compétence par ailleurs ne sont, sauf rare exception, nullement formés ». Et d’ajouter : « Faute d’éditeur […], la masse étudiante n’aura droit qu’à des textes plus ou moins informes, publiés sur papier ou en ligne, sans rémunération voire à compte d’auteurs, et n’ayant fait l’objet d’aucun filtre scientifique digne de ce nom ni d’aucun travail éditorial ». L’enjeu de ce débat est important puisqu’il oppose deux conceptions différentes de la circulation du savoir : pour les uns, l’offre se suffit à elle-même et doit être accessible le plus rapidement possible et sans contrainte de coût, pour les autres, cette transparence est illusoire et ne fait qu’accroître le fossé entre la communauté savante qui sait déjà comment accéder aux savoirs et le plus grand nombre qui a besoin d’un intermédiaire – l’éditeur pour l’orienter et lui donner des repères.

Le suicide de l’édition ?

Si le débat est aussi vif, la faute n’en incombe pas cependant à l’unique développement d’Internet. Les stratégies de certains éditeurs, elles-mêmes, ont en effet contribué à accroître la confusion et à brouiller une géographie éditoriale déjà complexe.
Premier phénomène responsable de cet effacement des repères : la surproduction éditoriale qui ne cesse de croître. Rien n’a vraiment changé depuis qu’en 1965 Jean-Jacques Pauvert lançait dans Le Nouveau Candide son appel à « ceux qui confondent usine et édition ». Au contraire, chaque année voit une inflation de titres de plus en plus grande : 4 000 titres en sciences humaines et sociales en 1994, 6 500 en 2002…
Par ailleurs, alors que certains éditeurs s’efforcent avec de plus en plus de difficultés de donner tout son sens à leur métier, d’autres, mesurant l’écart entre un coût d’investissement croissant, notamment pour les traductions, et une rentabilité de plus en plus faible, préfèrent renoncer à leur raison d’être. D’éditeurs, ils deviennent imprimeurs, se contentant de la disquette informatique remise par un auteur qui doit, de surcroît, également fournir la liste des lecteurs potentiels, seuls destinataires d’une information sur la publication…
Si ce système a le mérite de réduire les coûts d’édition au minimum, autorisant la multiplication des titres (L’Harmattan publie 8 livres par jour ouvrable…), il a aussi des effets pervers tant pour l’auteur, privé des services normaux d’un éditeur mais aussi de ses droits d’auteur, que pour le lecteur confronté, sans repères, à une masse de livres de plus en plus grande et de moindre qualité.
Cette difficulté est d’autant plus grave que, dans le même temps, on assiste à une crise de la prescription avec des professeurs moins curieux, souvent mal informés et peu enclins à recommander l’achat de livres, des libraires débordés et de plus en plus rares (on estime à 50 à peine le nombre de librairies qui, en France, possèdent un fonds d’ouvrages de sciences humaines et sociales) et des médias qui ne recensent presque plus les ouvrages savants.

Pour ne pas désespérer : les atouts de la France

Bref les auteurs, les lecteurs, les éditeurs, l’université, les médias, les libraires…, chacun a sa part de responsabilité dans cette situation confuse et dangereuse.
Pourtant la France ne manque pas de certains atouts. Héritière d’une tradition qui définit l’intellectuel dans son rapport avec l’espace public, elle a pu préserver un lien privilégié entre les penseurs et les acteurs du monde. S’il est vrai que certains savants se réfugient dans des études toujours plus spécialisées et rejettent davantage les règles contraignantes d’une médiatisation en rupture avec leurs exigences de scientificité, néanmoins cet éloignement est bien moindre que dans un pays comme les États-Unis où, depuis toujours, l’université s’est conçue à part de la société, sur des campus isolés et à l’écart des grands médias.
Cette différence est accentuée par la structure de l’édition. Aux États-Unis, ce sont les prestigieuses presses universitaires qui portent quasi exclusivement l’édition de sciences humaines et sociales. Or, elles diffusent leurs publications essentiellement à l’intention de la communauté universitaire et même plus spécifiquement à l’intention des bibliothèques universitaires auxquelles elles peuvent vendre à un prix élevé des livres édités en hardback (couverture cartonnée). Les ouvrages universitaires ne sont ainsi pas mis d’emblée à la portée du grand public.
Au contraire, en France, ce sont depuis longtemps les éditeurs privés (généralistes ou spécialisés) qui ont porté l’édition de sciences humaines et sociales. Pierre Nora chez Gallimard, François Wahl au Seuil, mais aussi Pierre Angoulvent aux PUF donnèrent un élan remarquable à un type d’édition conçu comme un entre-deux fécond entre la science et la vulgarisation. L’invention de collections comme « Que sais-je ? » ou « Terre Humaine » illustrent ce souci de mettre le travail des chercheurs à la portée du plus grand nombre. Aujourd’hui encore, les inédits en poche que propose Éric Vigne, éditeur chez Gallimard, perpétuent cette tradition.
La persévérance de certains éditeurs, le maintien tant bien que mal d’un petit noyau dur de lecteurs ne suffiraient pas cependant à sauver une édition de qualité qui rencontre de plus en plus des équations économiques impossibles à résoudre. Les traductions, par exemple, ne peuvent plus s’équilibrer naturellement. L’investissement qu’elles représentent n’aurait de sens que si le livre se vendait à un prix très élevé ou en très grand nombre : 150 euros ou 6 500 exemplaires pour un ouvrage de 500 pages, ce qui ne correspond absolument pas aux moyennes des ventes en sciences humaines et sociales.
La politique de soutien du Centre national du livre aux ouvrages « dont il importe d’assurer la publication » est donc indispensable au maintien de politiques éditoriales exigeantes tant par la qualité scientifique des textes offerts que par l’effort éditorial accompli pour les mettre à la portée d’un public non savant. Cette politique trouve peu d’équivalents ailleurs où sont privilégiés les publications purement scientifiques ou, pour des raisons de rayonnement national, les seules aides à l’ex-traduction (de la langue locale vers d’autres langues). La politique du CNL, dont le souci est de faciliter l’accès le plus large possible à une offre de qualité y compris en traduction, est donc quasiment unique. Voilà une exception culturelle digne d’être préservée tant il est vrai qu’une société ne peut, comme Rousseau nous l’a appris, se gouverner qu’en étant éclairée : « Quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d’y voter suffit pour m’imposer le devoir de m’en instruire ».