Comment l’Europe voit les États-Unis

Comment l’Europe voit les États-Unis

Fraser Cameron

Bien que la relation transatlantique soit l’une des plus importantes et des plus complètes au monde, jamais les Européens n’ont eu une aussi mauvaise opinion de l’Amérique qu’aujourd’hui. Ni la sombre époque de la guerre du Vietnam, ni les ambitions affichées de Ronald Reagan dans la guerre des étoiles, n’ont suscité un tel rejet des États-Unis. Il y a deux raisons à cet effondrement de la popularité américaine en Europe : la personnalité du Président George W. Bush et l’intervention américaine en Irak. À l’été 2004, moins d’un Européen sur cinq avait une opinion favorable du président américain et plus de 75% considéraient la guerre en Irak comme une erreur. Les photos des soldats américains torturant les prisonniers irakiens n’ont fait qu’aggraver l’image déjà déplorable de l’Amérique en Europe. Mais cette dégradation trouve aussi son origine dans l’évolution des tendances politiques, économiques et sociales, pourtant censées reposer sur des valeurs et des intérêts communs. Au mois de juin, le président Bush a effectué trois visites en Europe, en Normandie pour le 60e anniversaire du débarquement, en Irlande pour le sommet États-Unis/Union européenne et à Istanbul pour la conférence de l’OTAN. Interrogé sur ses mauvais scores dans les sondages en Europe et ailleurs, le président a répondu que seul un sondage l’intéressait, celui du 2 novembre 2004. Après ces rencontres, certains hauts responsables ont estimé que « les relations s’étaient normalisées ». La plupart des hommes politiques et des fonctionnaires ont un réel désir de collaborer partout où c’est possible. Mais les dirigeants européens doivent pour ce faire composer avec la piètre opinion publique que la plupart des Européens ont toujours des États-Unis.
Qu’est-ce que l’Europe ? Nous la définirons ici comme l’ensemble des 25 États de l’Union. L’une des peurs exprimées en France ou ailleurs est que les nouveaux États membres, qui ont rejoint l’Europe le 1er mai 2004, soient le « cheval de Troie » des Américains. On verra que cette peur est exagérée. Cet article se propose d’examiner la vision que la plupart des États membres ont de l’Union, ainsi que l’attitude des dirigeants européens à l’égard des États-Unis.
Qu’est-ce que l’Amérique ? Pour la plupart des Européens, l’Amérique et les États-Unis sont synonymes. Cette référence immédiate aux États-Unis est la marque du pouvoir que l’Amérique projette par le biais de sa politique étrangère, sa puissance militaire, ses capacités intellectuelles, ses entreprises, ses universités, ses relais culturels, ses médias et ses ONG. Du fait de ses actions et de leur effet sur le monde, l’Amérique forme un ensemble complexe. En réalité, il existe au moins deux Amériques, dont l’une a davantage d’affinités avec les valeurs culturelles européennes que l’autre. Un coup d’œil sur la carte électorale révèle un pays profondément divisé entre démocrates et républicains. Les démocrates sont bien établis sur les deux côtes, en Nouvelle-Angleterre, comme dans certaines parties du Middle West. Les républicains dominent actuellement dans le Sud du pays, le Sud-Ouest, ainsi que dans les régions montagneuses. Les élections se gagnent ou se perdent par conséquent dans certains États pivots comme la Floride, l’Ohio et le Michigan. Les États contrôlés par les démocrates sont généralement libéraux, favorables à l’avortement et ont mis en place une législation prohibant les armes à feu. Ils défendent l’environnement, sont internationalistes et laïques. Les zones contrôlées par les républicains, au contraire, sont généralement conservatrices, hostiles à l’avortement et à une législation sur la protection de l’environnement. Le commerce des armes à feu y est libre. De plus, elles sont nationalistes et religieuses. Dans beaucoup de pays, ces clivages déboucheraient sur un conflit durable. Mais l’Amérique est un pays si vaste que deux sociétés à ce point différentes peuvent coexister, même si cela entraîne parfois un malaise.

L’opinion publique

Les résultats d’une série de sondages réalisés à l’été 2004 montrent que les États-Unis n’ont jamais eu une aussi mauvaise image auprès des Européens. Depuis plusieurs années les enquêtes Pew (Pew Global Attitudes project) et le German Marshall Fund étudient l’attitude des Européens vis-à-vis des États-Unis. Une analyse combinée de leurs résultats révèle qu’une large majorité d’Européens (78%) ont une opinion défavorable de l’administration Bush et de sa politique étrangère. Ces résultats, antérieurs à la publication des photographies prises dans la prison d’Abou Ghraib, montrent que la dégradation est encore plus marquée au sein des pays européens qui ont envoyé des troupes en Irak. Que ce soit en Pologne ou en Grande-Bretagne, il existe des majorités claires qui s’opposent à la politique étrangère de Bush. Il faut néanmoins faire une distinction entre les attitudes à l’égard de l’administration Bush et les opinions sur l’Amérique en général. La nation américaine bénéficie du soutien de 57% des Européens, alors que seulement 24% d’entre eux appuient l’administration Bush. Ces pourcentages varient selon les pays. C’est ainsi que 53% des Français ont une opinion favorable des Américains, tandis que 24% se disent favorables à l’administration actuelle. Ces chiffres sont respectivement de 55% et 26% en Allemagne, alors qu’en Grande-Bretagne ils sont légèrement plus favorables, soit 61% et 28%.
Une majorité significative d’Européens (environ 73%) pense que les États-Unis ont menti sur les raisons de leur intervention en Irak, et un pourcentage à peine moins élevé (68%) considère que les États-Unis ont réagi de façon excessive à propos du terrorisme. D’où une chute brutale (51% comparés aux 68% de 2003) de ceux pour qui le leadership mondial américain représente une bonne chose.
Les enquêtes ont révélé de nombreuses analogies d’opinion des deux côtés de l’Atlantique, notamment en ce qui concerne l’intérêt d’une action par le biais des institutions internationales. Si 77% des Européens souhaitent que les Nations unies soient au centre des crises internationales, presque autant d’Américains (68%) partagent ce point de vue. Les principales différences entre les opinions publiques concernent les interventions préventives, la possibilité d’avoir recours à la puissance militaire, ainsi que le soutien à Israël. Tandis que 68% des Américains reconnaissent la nécessité d’actions préventives pour faire face aux menaces contre la sécurité, seuls 44% des Européens partagent cet avis. Une majorité d’Américains (74%) considèrent que les Palestiniens ont une responsabilité directe dans le conflit, tandis que 71% des Européens incriminent les Israéliens.

Qu’est-ce qui divise l’Europe et l’Amérique ?

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et jusqu’à la chute du mur de Berlin, l’Amérique et l’Europe n’ont cessé de se rapprocher, alors que la culture américaine dominait l’Europe et que la relation économique transatlantique prenait de plus en plus d’importance. L’Europe et les États-Unis sont leurs principaux clients, fournisseurs et investisseurs respectifs. Plus d’un milliard d’euros de biens et de services s’échangent chaque jour de part et d’autre de l’Atlantique. Les discours et les déclarations politiques n’ont cessé de ressasser le mantra des valeurs communes entre l’Europe et l’Amérique, mais il y a des indices sérieux de divergences croissantes sur les questions politiques, économiques et sociales.
Ces divergences ont trait à une série de problèmes qui vont des sommes considérables investies dans les campagnes électorales américaines, au défaut de législation sociale. Pour la plupart des Européens, les montants investis dans les élections sont indécents. De nombreux Européens jugent aussi inacceptable l’absence de couverture sociale qui touche des millions d’Américains. Autre sujet de divergence : le recours à la peine de mort, malgré les pressions européennes pour son abrogation. Les avis sont également divergents en ce qui concerne les armes à feu, le développement durable et l’environnement, les OGM et, peut-être plus important encore, la religion. L’Europe est globalement laïque, alors que l’influence de la religion sur le système politique américain paraît excessive à de nombreux Européens. Il y a aussi la crainte des Européens de se voir entraînés contre leur gré dans des guerres déclenchées par les Américains. Même si les hommes politiques des deux côtés de l’Atlantique insistent sur les valeurs communes, il est important de les examiner à la lumière des sujets évoqués ci-dessus ou d’autres, comme le respect du droit international. Par exemple, les Européens ont été choqués du traitement réservé aux « combattants illégaux » de Guantanamo.
Pour certains, principalement au sein la gauche européenne, l’anti-américanisme est essentiellement une affaire d’idéologie. Il y a un rejet du capitalisme américain, de sa puissance militaire et de son auto-suffisance. D’autres voient l’anti-américanisme comme un complot français pour promouvoir l’Europe aux dépens des États-Unis. Plus qu’une simple paranoïa des deux côtés de l’Atlantique, on peut parler de schizophrénie mutuelle, à laquelle se mêle parfois de la jalousie.
En même temps, beaucoup d’Américains ou d’institutions américaines suscitent l’admiration des Européens. Des films comme ceux de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, Bowling for Columbine, des livres comme Stupid White Men, jouissent d’une forte popularité. Les Européens vont en masse voir les films hollywoodiens, écoutent Madonna ou Britney Spears, regardent Friends ou ER. Ils utilisent les logiciels Microsoft, boivent du Coca Cola et conduisent des Ford, comme les Américains. Les plus brillants d’entre eux sont souvent attirés par les hauts salaires et les possibilités de recherche que leur offrent des universités comme Harvard ou Stanford.
L’actuel sentiment anti-américain en Europe diffère à deux égards de l’image de l’Amérique « détestable » des années 1970-80. D’abord, il vise avant tout le petit groupe de néo-conservateurs au sein de l’administration Bush. En second lieu, il concerne aussi les représentants des élites de pays comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, pays traditionnellement pro-américains.

Un peu d’histoire

Si l’on se place d’un point de vue historique, jamais deux continents n’ont entretenu de relations plus étroites que l’Europe et les États-Unis. L’Amérique est peuplée d’Européens, dont la majorité a cherché refuge là-bas, fuyant la tyrannie et la pauvreté en Europe. Au XIXe siècle, des vagues d’émigrants irlandais, italiens, polonais ou venant d’autres pays ont enrichi le melting pot de l’Amérique aujourd’hui. Elle incarnait la terre promise pour les émigrés qui ont tourné le dos au vieux continent. Les Européens ont donc largement contribué au développement des États-Unis. À une époque plus récente, l’émigration européenne a diminué au profit de l’immigration hispanique ou asiatique, devenue la source principale de la croissance démographique américaine. Les groupes ethniques ont vu ainsi leur influence politique s’accroître aux dépens des différentes diasporas européennes. Les candidats aux élections présidentielles sollicitent tour à tour le vote noir, le vote hispanique, le vote asiatique, le vote juif, jamais le vote européen.
Par deux fois au cours du XXe siècle, l’Amérique est venue au secours des Européens aux prises avec deux guerres destructrices. Après la première intervention, les États-Unis se sont enfermés dans un certain isolationnisme. Après la seconde, en revanche, ils ont participé à la mise en place du système international que nous connaissons aujourd’hui les Nations unies, le FMI, la Banque mondiale et le GATT, précurseur de l’OMC. Les États-Unis constituaient une garantie pour la sécurité des Européens par le biais de l’OTAN et ils se sont montrés généreux en termes d’aide économique avec le Plan Marshall.
Pendant la guerre froide, la plupart des Européens étaient reconnaissants de la présence américaine sur le continent. Certes, la période a eu son lot de guerres commerciales (les guerres du poulet) et a connu certains conflits politiques majeurs (la crise de Suez), mais la menace soviétique a été le ciment de l’alliance atlantique. C’est l’intervention américaine au Vietnam qui a marqué le début du déclin de l’image, jusqu’ici positive, dont jouissaient les États-Unis. Alors que John F. Kennedy a toujours été un mythe, Lyndon Johnson et Richard Nixon ont suscité plus d’hostilité que d’enthousiasme. L’initiative de Henry Kissinger proclamant 1973 « l’année de l’Europe » n’a pas réussi à enrayer ce déclin, dû notamment à des divergences sur l’Ostpolitik, l’implantation des missiles Pershing et la guerre des étoiles déclenchée par R. Reagan. Le penchant de l’Amérique pour l’intervention militaire trouva peu d’écho en Europe.
À la fin de la guerre froide, George Bush père considérait l’Europe comme un facteur important pour son nouvel ordre mondial. La coopération transatlantique mise en place en 1990 déboucha sur des consultations régulières. La plupart des dirigeants européens souhaitaient qu’il gagne les élections de 1992, de préférence à cet inconnu qu’était le gouverneur de l’Arkansas. Les premières années de la présidence Clinton furent empoisonnées par les conflits autour de l’ex-Yougoslavie. En 1995, les États-Unis durent intervenir pour mettre fin, temporairement, à la guerre. La même année, les États-Unis et l’Europe ont mis au point un nouveau calendrier transatlantique prévoyant des consultations régulières, ainsi qu’une coopération sur les questions mondiales, régionales ou économiques visant à encourager les contacts entre populations. En partie grâce à son charme personnel et à la sympathie que lui valurent ses ennuis avec le Congrès, Clinton a joui d’une très bonne réputation en Europe, où il avait autrefois étudié et voyagé et avec laquelle il semblait avoir un lien particulier. Paradoxalement, la tentative d’impeachement à la suite de l’affaire Monica Levinsky a probablement encore accru sa popularité en Europe.

George W. Bush

Le cas de George W. Bush, qui a pris ses fonctions en janvier 2000, est différent. Il ne s’était rendu que rarement en Europe, avait une piètre réputation en tant que gouverneur du Texas pour son bilan soi-disant lamentable en matière d’environnement (le « Texan toxique ») et sa propension à recourir à la peine de mort à l’encontre des criminels. La plupart des intellectuels et des médias européens avaient soutenu la candidature de Gore, ce que le camp Bush n’avait pas oublié. Les circonstances burlesques qui ont entouré la victoire électorale de Bush, notamment en Floride où son frère occupait le poste de gouverneur, ont été l’objet de tous les sarcasmes en Europe.
Si George W. Bush avait eu un plan d’attaque pour contrarier les Européens au cours des neuf premiers mois de sa présidence, il n’aurait pas pu mieux faire. À peine avait-il investi la Maison Blanche qu’il rejetait un certain nombre de traités fondamentaux pour les intérêts européens. Il sembla prendre un grand plaisir à déclarer que le protocole de Kyoto était définitivement mort, que les États-Unis ne ratifieraient jamais le traité instaurant la Cour pénale internationale et annonça que les traités sur le contrôle de l’armement n’étaient pas faits pour la superpuissance mondiale. Ses conseillers, Cheney, Rice, Powell et Rumsfeld ne connaissaient pratiquement rien à l’Union européenne et ne s’intéressaient apparemment pas au processus d’intégration européen. La nouvelle administration mit également un point d’honneur à défaire tout ce que Bill Clinton avait tenté d’engager en matière de politique étrangère. Elle mit ainsi fin aux négociations en vue du règlement du conflit israélo-palestinien et avec la Corée du Nord.
Ce sentiment d’orgueil, qui repose essentiellement sur l’incroyable supériorité militaire américaine, imprègne la pensée de toutes les tendances politiques américaines. Mais pour les néo-conservateurs arrivés au pouvoir en 2001, c’était une occasion unique pour mettre en place un nouveau type de leadership américain. Vu la puissance militaire américaine, il n’y avait à leurs yeux qu’une approche possible. L’Amérique devait guider le monde. Nul besoin d’alliances, pas plus que de consultations. Au mieux pouvait-on envisager une coalition de volontés, prêtes à accepter sans condition la politique américaine. La défaite rapide infligée aux talibans en Afghanistan ne fit que renforcer leur conception du pouvoir militaire comme un instrument global. Les néo-conservateurs étaient convaincus que le pouvoir américain pouvait vaincre l’Irak, puis l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord.
La plupart des leaders européens demeurèrent perplexes à l’égard de cette nouvelle approche du leadership. Les précédents présidents américains s’étaient parfois engagés seuls lorsque la situation l’exigeait, mais les États-Unis s’étaient toujours donnés la peine, s’agissant d’enjeux majeurs, comme la première guerre du Golfe, de consulter leurs principaux alliés. Aujourd’hui, le message est limpide. L’Amérique dirige les affaires – les autres suivent.

L’impact du 11 septembre

C’est dans ce contexte que l’Amérique a subi le traumatisme du 11 septembre. Il y eut un réel courant de sympathie à travers l’Europe, symbolisé par la une du Monde : « Nous sommes tous américains ». Les Européens ont ainsi approuvé à une large majorité la réaction initiale vis-à-vis du régime taliban et d’Al Qaida en Afghanistan. Ils furent en revanche consternés quand les États-Unis rejetèrent la proposition de l’OTAN d’invoquer l’article V, qui garantit la défense automatique. Le Pentagone fit savoir que, vu l’expérience de la guerre au Kosovo, il n’y aurait plus de guerre par commissions interposées. C’était désormais la mission qui définissait la coalition et non le contraire – par conséquent l’aide de l’OTAN n’était pas requise. Les Européens avaient cru que le choc du 11 septembre inciterait les États-Unis à revenir au multilatéralisme. Après tout, c’est exactement ce que George Bush père avait déclaré dans un entretien au Boston Globe trois jours après le 11 septembre. Mais Bush fils semblait décidé à employer librement la puissance américaine pour gagner la « guerre contre la terreur ».
Même cette phrase suscita un rejet de la part des Européens. Parlant au nom du vieux continent, Javier Solana déclara que le monde s’engageait dans « la lutte contre le terrorisme » et non dans une guerre contre la terreur, dans la mesure où une telle guerre ne pourrait jamais être gagnée. D’autres aspects de la rhétorique de Bush étaient inacceptables pour les Européens. Le discours du président sur « l’axe du mal » en janvier 2002 sonnait mal à leurs oreilles, plus encore que son oubli de l’Union européenne ou de l’OTAN, alors qu’il avait fait plusieurs allusions dans son discours à l’importance que les États-Unis attachaient à Israël. Pour finir, les Européens rejetèrent l’expression de Bush : « Soit avec nous, soit contre nous ».
Au cours de l’année 2002, les plans de guerre contre Saddam Hussein commencèrent à prendre forme. Cette décision allait mettre à mal la relation transatlantique et l’image de l’Amérique en Europe. Il ressort clairement de diverses sources que la décision d’entrer en guerre fut prise au cours de l’été 2002 et que les efforts diplomatiques déployés aux Nations unies ne furent qu’un à-côté. Le monde contempla avec incrédulité les efforts de Colin Powell pour tenter de prouver, lors d’une présentation avec le logiciel Power Point aux Nations unies, la présence d’armes de destruction massive en Irak. Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, reçut une salve d’applaudissements lorsqu’il rejeta le dossier américain. Tout était en place pour l’aventure irakienne qui allait bouleverser la relation transatlantique.
Les griefs des Européens à l’encontre de l’administration Bush à propos de l’intervention en Irak sont les suivants : les renseignements concernant la possession d’armes de destruction massives par l’Irak ont été déformés pour des raisons politiques. Il y a eu une campagne d’intoxication due à un orgueil démesuré et à l’idée que la puissance américaine pouvait venir à bout de n’importe quel pouvoir. De la même façon, aucun plan de reconstruction de l’Irak n’avait été prévu. Pas plus que l’homme de la rue en Irak, les Européens n’ont compris comment un pays ayant la capacité de produire des armes aussi précises était incapable de rétablir des services aussi simples que l’électricité et l’approvisionnement en eau potable. Le premier proconsul en Irak, le général Garner, se révéla incompétent. Son remplaçant, Paul Bremer, n’avait aucune expérience du pays. Les exilés irakiens que les Américains avaient l’intention de placer aux postes de commandement ne jouissaient d’aucun soutien populaire. Il y eut une sous-estimation massive de la résistance potentielle à l’égard de ce que la majorité des Irakiens considèrent bien plus comme une occupation que comme une libération. À quoi s’ajouta un effrayant manque de discipline dans le traitement des prisonniers irakiens, notamment à la prison d’Abou Ghraib. Au lieu de réclamer la tête du responsable de la déroute, le chef du Pentagone, Donald Rumsfeld, le président le félicita pour le « formidable travail » accompli.

Après l’Irak

Bien que l’Irak soit la principale cause de la dégradation alarmante du soutien européen aux États-Unis, d’autres facteurs doivent être également pris en compte. L’Amérique de l’après-guerre froide est la seule super-puissance ou « hyper puissance » selon les termes de Hubert Védrine. Pour la démocrate Madeleine Albright, les États-Unis sont « la nation indispensable » à l’ordre mondial. Pour le républicain Richard Perle, les États-Unis incarnent « Rome et Athènes réunies ». L’idée selon laquelle leur puissance militaire devrait leur valoir un traitement spécial est une idée très répandue parmi les élites politiques américaines.
À ces divergences majeures sur l’usage et l’opportunité d’une telle puissance militaire, s’ajoutent les débats transatlantiques concernant les États voyous, même si ceux-ci ne sont plus tellement menaçants sur un plan militaire. Cuba est un exemple classique de divergence entre les États-Unis et l’Europe. Depuis quarante ans, Washington impose un embargo strict au régime de Fidel Castro sous l’influence des exilés cubains de Floride. Au lieu de favoriser un changement de régime, cette politique a eu l’effet inverse, apportant des voix au leader cubain. Les Européens et les Canadiens, qui ont préféré mener une politique d’engagement critique envers Cuba, ont dû subir les sanctions américaines contre leurs entreprises.
On a déjà évoqué les évolutions démographiques internes aux États-Unis. Le pouvoir politique s’est déplacé vers le Sud et l’Ouest, s’éloignant des élites traditionnellement pro-européennes du Nord-Est. Si John Kerry gagne les élections en novembre, il sera le premier président depuis Kennedy en 1960 à être originaire de cette région.

L’attitude des États membres

La plupart des États membres de l’Union européenne, et pas seulement la Grande-Bretagne, pensent avoir une « relation privilégiée » avec l’Amérique. Le Premier ministre irlandais est automatiquement invité à la Maison Blanche le jour de la Saint Patrick. Berlusconi et Aznar ont exploité leurs liens privilégiés avec Bush. Tous les ambassadeurs européens à Washington sont jugés sur la longueur de l’entretien privé qu’ils ont pu obtenir avec le président pour le chef de leur gouvernement. Cela va d’une brève séance de prises de vues à un entretien de trente minutes, voire une rencontre d’une heure suivie d’un déjeuner ou d’un week-end à Camp David, et finalement, l’accolade et la visite à Crawford, le ranch de Bush au Texas.
Pour des raisons liées à leur histoire commune, à la langue, à la culture, la Grande-Bretagne estime avoir une relation intime avec les États-Unis. Elle bénéficie sans doute d’entrées particulières à Washington, mais rien ne prouve que cela débouche sur une quelconque influence. Edward Heath fut le seul Premier ministre de Grande-Bretagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale à mettre l’Europe au même niveau que la loyauté envers les États-Unis. Harold Wilson soutint Lyndon Johnson au Vietnam, même s’il a refusé d’y envoyer des troupes. Margaret Thatcher et Ronald Reagan étaient très proches idéologiquement, du fait de leur antipathie à l’égard du communisme. John Major et Bill Clinton ont eu des relations tendues, car John Major, lors des élections de 1992, n’a jamais caché sa préférence pour George Bush père, avec lequel il entretenait des relations personnelles. Tony Blair et Bill Clinton étaient aussi liés sur un plan idéologique (la « troisième voie ») et eurent des relations personnelles étroites. Les observateurs furent donc déroutés de voir Blair rechercher le même type de relations inféodées avec un président de droite. Son entourage avait fait savoir qu’il était décidé à montrer que le Premier ministre travailliste pouvait avoir de bons rapports avec un président républicain et jouer le rôle de passerelle entre les États-Unis et l’Europe. Quoi qu’il en soit, Blair a payé le prix fort pour avoir donné l’impression d’être à la botte de Washington. Les intentions de vote en sa faveur ont plongé et, en s’engageant derrière Bush en Irak, il a signé son arrêt de mort.
La culture populaire britannique suit de très près les évolutions américaines. Les médias anglais sont aussi pro-américains qu’anti-européens, ce qui n’est pas surprenant quand on sait que Rupert Murdoch en détient la plupart. Mais il existe aussi des opinions fortement dissidentes, à droite comme à gauche.
La France et les États-Unis ont une relation d’amour-haine qui remonte aux révolutions du XVIIIe siècle et à leurs expériences communes. La France a traditionnellement une approche réservée à l’égard de l’Amérique, bien que ce soit le seul grand État européen qui n’ait jamais combattu les États-Unis. Depuis le départ du commandement militaire intégré de l’OTAN en 1966, à l’initiative du général de Gaulle, Paris a souvent été une épine plantée dans le pied des États-Unis. À la différence de la Grande-Bretagne ou de l’Allemagne, la France n’a en effet jamais craint de critiquer ouvertement la politique américaine. Elle a lutté contre l’influence jugée pernicieuse de la culture hollywoodienne et des Mac Donald, tout en acceptant la présence de Disneyland à l’extérieur de Paris. La France a également rejeté les tendances hégémoniques de Washington, plaidant en faveur d’un monde multipolaire dans lequel l’Europe jouerait le rôle de contrepoids en face de l’influence américaine. En même temps, la France a toujours reconnu l’importance de l’engagement américain eu Europe et n’a jamais exigé des États-Unis qu’ils quittent le continent.
Même si la France s’est attirée la colère américaine à cause de la guerre en Irak (« les singes capitulards bouffeurs de fromage »), les relations économiques des deux pays en ont peu souffert. Le nombre de touristes en visite en France n’a baissé que faiblement et les investissements de part et d’autre ont augmenté. Tout en étant prête à s’opposer de temps à autre aux États-Unis, la France jouit d’un plus grand respect à Washington qu’à Londres.
Il y a eu un réel courant de sympathie populaire après les attentats du 11 septembre. Le président Chirac a fait mettre les drapeaux en berne, la France a réclamé à l’ONU une résolution en faveur des États-Unis et donné son accord pour invoquer l’article V du traité de l’Atlantique Nord. Comme les autres États européens, la France s’attendait à ce que les États-Unis reprennent le chemin du multilatéralisme après le 11 septembre et fut d’autant plus contrariée de voir Washington opter pour une approche unilatérale. Au fur et à mesure que la situation se dégradait en Irak, la France gardait un silence diplomatique, se contentant de laisser son opposition à l’intervention parler d’elle-même.
Le glissement le plus notable à l’égard de l’Amérique concerne sans doute l’Allemagne. À l’époque de la Guerre froide, il eût été impensable pour un chancelier allemand de critiquer Washington. Le rôle de l’Allemagne consistait souvent à jouer les médiateurs entre Paris et Washington. La fin de la Guerre froide et l’unification marquèrent le début d’une nouvelle assurance de la politique étrangère allemande et d’une volonté de défier les accords. L’un des premiers changements, chaleureusement accueilli par les États-Unis, concerna l’envoi de troupes allemandes dans des opérations de combat à l’étranger. Avec l’élection de Gerhard Schröder en 1998, une nouvelle génération, qui ne cherchait plus systématiquement l’approbation de Washington, arriva au pouvoir. À la consternation du président Bush, Gerhard Schröder remporta les élections de 2002 en partie sur une plate-forme de propositions anti-américaines et l’engagement de ne pas envoyer de troupes en Irak. Gerhard Schröder avait drainé ainsi un important courant de méfiance anti-américain, alimenté par l’arrogance américaine dans de nombreux domaines, qui vont de l’environnement au périmètre de sécurité de l’ambassade américaine à Berlin. Même le parti d’opposition, la CDU, évita de s’identifier trop fortement à Bush. Le ministre des Affaires étrangères vert, Joschka Fisher, fut applaudi à la conférence de Munich en 2003 quand il déclara à Donald Rumsfeld que s’il n’était pas parvenu à le convaincre au sujet des armes de destruction massives en Irak, il voyait mal comment lui-même pourrait convaincre le peuple allemand.
En Italie, autre pays traditionnellement pro-américain, il y a eu une détérioration de l’image des États-Unis malgré les excellents rapports que Berlusconi entretient avec Bush. L’Amérique est souvent intervenue dans la politique italienne pour soutenir la Démocratie chrétienne contre le Parti communiste, ce que les Italiens ont longtemps toléré jusqu’à ce que l’intervention irakienne change la donne. Plus de 80% des Italiens étaient opposés à la guerre menée par les Américains et à une participation italienne.
L’image des États-Unis a également connu une forte dégradation en Scandinavie, qu’il s’agisse de la Norvège, allié traditionnel de l’Amérique, ou de la Suède et la Finlande qui ont toujours pris leurs distances par rapport à la politique américaine. On trouve peu d’hommes politiques prenant le parti de Bush dans ces trois pays.
Les Pays-Bas et la Belgique ont toujours été traditionnellement pro-américains, mais on a vu se développer dans ces deux pays un sentiment anti-américain, même au sein de la coalition de centre-droit au pouvoir. En Irlande, autre pays qui entretient d’étroites relations avec les États-Unis pour des raisons liées à leur histoire et à l’immigration, le sentiment anti-Bush est tellement fort que le sommet de juin entre les États-Unis et l’Union européenne a dû se tenir dans un château isolé de l’ouest du pays par peur des manifestations. En Grèce, l’image de l’Amérique s’est également effritée.
L’Espagne est l’un des rares pays européens qui ne doit pas sa liberté aux États-Unis. Il existe au contraire une vieille rivalité remontant à 1898, quand les États-Unis s’emparèrent de Cuba, Porto-Rico, des Philippines et de l’île de Guam. Seul un petit nombre d’Espagnols émigrèrent aux États-Unis, ce qui est sans comparaison avec la diaspora polonaise des environs de Chicago. L’Espagne se distingue également des autres pays européens par ses liens avec le monde arabe, qui remontent à la période où la péninsule ibérique était sous domination musulmane (711-1492). José Maria Aznar a donc rompu avec la tradition espagnole en choisissant le rapprochement avec les États-Unis plutôt qu’avec l’Europe. Il en a payé le prix fort comme l’ont montré les sondages, moins de 10% des Espagnols approuvant sa décision d’envoyer des troupes en Irak. La façon dont il a géré les attentats de Madrid en mars dernier a été pour une majorité d’Espagnols qui ont voté en faveur des socialistes, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le gouvernement de J.L. Zapatero a rapidement rappelé les troupes espagnoles en Irak et a pris ses distances avec les États-Unis pour ramener l’Espagne dans le giron de l’Europe.

Des chevaux de Troie ?

Les États-Unis ont reçu un message nettement plus positif de la part des pays d’Europe centrale et orientale dans la mesure où ces pays estiment qu’ils ont été leur unique soutien à l’époque de la domination communiste. C’est en Pologne et dans les pays Baltes que ce sentiment est sans doute le plus prononcé. Ces pays sont également reconnaissants envers les États-Unis pour avoir appuyé leur adhésion à l’OTAN, alors que celle-ci rencontrait une certaine réticence en Europe de l’Ouest. Ils leur témoignent aussi de la gratitude pour la générosité dont les États-Unis ont fait preuve en soutenant les sociétés civiles avant et pendant les années de mutation. Aucune manifestation importante n’a eu lieu à Prague et à Budapest en février 2003, contrairement à ce qui se passait au même moment à Londres, Paris ou Madrid. L’ensemble des gouvernements de la région ont cautionné l’intervention en Irak, notamment par la signature de déclarations publiques. Cela suscita l’irritation des dirigeants français, qui ne se sont pas rendus très populaires quand Jacques Chirac a accusé, en février 2003, les Européens de l’Est de se comporter comme des enfants mal élevés qui « avaient perdu une bonne occasion de se taire ».
Ce serait pourtant une erreur de voir ces pays comme autant de « chevaux de Troie » américains. La plupart regrettent leur prise de position publique et tous admettent l’impopularité de Bush auprès de leurs propres concitoyens. Dans la mesure où ils sont désormais intégrés à l’Union européenne, ils sont prêts à adopter les vues européennes, notamment sur le protocole de Kyoto, la CCI et le contrôle des armements. La Roumanie, la seule à avoir succombé aux pressions américaines, a signé un accord bilatéral avec l’Union européenne au sujet de la CCI.
Même la Turquie, allié traditionnel des États-Unis, a vu se développer un fort sentiment anti-américain qu’illustre parfaitement le refus du Parlement turc d’autoriser le passage des troupes américaines pour aller envahir l’Irak au printemps 2003.

Les institutions européennes

Un grand nombre de fonctionnaires européens doivent traiter avec les États-Unis dans la mesure où le nouveau programme transatlantique de 1995 a donné naissance à une bureaucratie accrue. Tous les États membres ont leur ambassade principale à Washington, de même que la Commission européenne, qui y entretient sa délégation la plus large. Cela explique pourquoi des centaines d’eurocrates sont directement concernés par les relations transatlantiques. Les États-Unis ont une tendance naturelle à diviser pour régner, comme l’a montré la guerre d’Irak. C’est aussi un regrettable exemple de l’incapacité des États membres à se mettre d’accord en matière de politique étrangère et de sécurité. Mais lorsque l’Europe parle d’une seule voix, par exemple dans les négociations commerciales, en matière agricole ou sur la concurrence, les États-Unis sont tout ouïe. L’accès au Congrès n’a jamais été un problème pour les commissaires européens, qu’il s’agisse de Pascal Lamy, Franz Fischler ou Mario Monti. Les fonctionnaires européens et ceux des États membres ont donc une vision différente des États-Unis en fonction de l’administration à laquelle ils appartiennent. Les fonctionnaires responsables du commerce peuvent conclure entre eux un accord avant d’importantes négociations multilatérales. Ceux qui sont chargés du secteur agricole passent beaucoup de temps à démontrer que tel ou tel pays accorde des subventions plus importantes à ses agriculteurs. Au niveau politique, c’est la présidence qui dirige l’Europe. La priorité des Suédois durant leur présidence a uniquement été de faire venir le président Bush en visite officielle chez eux, ce qu’aucun président américain n’avait jamais fait. Jacques Chirac a reçu George W. Bush juste après son élection dans la résidence de l’ambassadeur américain, sans convier ni le président de la Commission, Romano Prodi, ni Javier Solana. Il n’est donc pas surprenant que l’on constate bien souvent l’absence d’un front européen uni lorsqu’il s’agit de la relation avec les États-Unis.

Conclusion

Depuis la fin du conflit en ex-Yougoslavie, il y a eu un consensus général au sein des élites américaines pour reconnaître que, du point de vue de la politique étrangère, l’Europe ne constituait plus un problème. Beaucoup se demandent néanmoins si l’Europe peut faire partie de la solution contre les menaces actuelles vues par Washington. Alors que les Républicains évoquent les capacités de l’Europe avec ironie et emploient le terme de « conciliant » pour décrire les réactions européennes devant le terrorisme, les Démocrates s’interrogent également sur le rôle et la vision de l’Europe concernant l’avenir du monde. Tous se demandent comment l’Europe peut aider à stabiliser la situation au Moyen-Orient et à y instaurer la démocratie. La même interrogation existe sur ce que l’Union européenne peut faire en Russie, en Iran ou en Corée du Nord, trois zones sensibles pour les États-Unis. Ils se demandent aussi quand l’Europe décidera d’améliorer ses capacités de défense.
Les divergences relatives au partage de souveraineté et au recours à la force armée existent dans les deux partis, de même qu’en matière de politique économique ou sociale. Elles montrent que l’Amérique d’après le 11 septembre est plus individualiste, plus patriote, plus conservatrice et plus religieuse que l’Europe. Cette « exception » américaine est beaucoup plus forte que n’importe quelle « exception » française. C’est aussi une donnée nouvelle. Les Américains ont toujours estimé que leur « destinée évidente » était de « libérer le monde » de « tout axe du mal ».
L’Union européenne se trouve dès lors dans l’impérieuse nécessité d’améliorer sa capacité à parler d’une seule et même voix en matière de politique étrangère et de sécurité. Les sondages montrent la popularité d’une telle démarche. Les citoyens de tous les États membres, y compris la Grande-Bretagne, se prononcent à plus de 70%, en faveur d’une présence européenne plus forte dans le domaine de la politique extérieure. Seuls 10% considèrent que le monde serait plus sûr si les États-Unis demeuraient l’unique super-puissance. Heureusement, un certain nombre de dispositions contenues dans la nouvelle Constitution devraient permettre à l’Europe de parler d’une seule et même voix. L’une d’elles prévoit la nomination d’un ministre des Affaires étrangères, la mise sur pied d’un service diplomatique européen et la possibilité pour certains pays de mener une coopération en matière de défense.
Le fait est que les États membres atteindront plus sûrement leurs objectifs politiques en coopérant, dans le cadre d’une Union forte de 450 millions de citoyens, que seuls. Accepter cette réalité et la transformer en politique efficace constitue un défi pour l’Union européenne. C’est seulement en offrant une vision européenne commune de l’avenir du système international et en consacrant les ressources nécessaires aux relations extérieures que l’Europe pourra influencer les États-Unis et atteindre son but : le développement d’un partenariat réel avec l’Amérique. Une telle démarche pourrait changer la vision que l’Amérique a de l’Europe et réciproquement.

Traduit de l’anglais par Perrine Simon-Nahum, avec la collaboration de Lucie Mollof