Un déclin français ?

Un déclin français ?

Le Banquet

Il ne s’agit pas de faire nôtre ici la problématique du déclin, qui supposerait des analyses comparatives très élaborées et une discussion sur les critères qui pourraient conclure à celui-ci. Nous adopterons encore moins une attitude qui pourrait laisser entendre que tout est joué et que les marges de manœuvre sont réduites à néant. Il n’en reste pas moins que, par rapport à cette problématique, la nécessité d’agir est évidente.
Les défauts ou la crise du système de recherche français ne sont pas nouvelles, comme le montre Jean-Jacques Salomon. À de rares moments historiques près, la recherche n’a pas été considérée comme l’une des toutes premières priorités du gouvernement. Le plus souvent sous-représentée au sein des sphères dirigeantes de l’État, elle ne parvient pas à plaider sa cause. Mais cela n’explique pas tout : l’organisation même de la recherche française et la nature même de l’université obèrent aussi le développement de l’excellence. Pour « sauver notre patrimoine scientifique », on ne pourra se contenter d’ajustements marginaux.
C’est en tant qu’acteur d’un des moments les plus dynamiques pour la recherche, le colloque de Caen, qu’intervient Jean-Louis Crémieux-Brilhac. Il retrace avec précision quels furent les ingrédients du succès – et notamment la réflexion doctrinale. Il montre aussi que bien des problèmes que les chercheurs se posaient alors et bien des maux qu’ils dénonçaient sont encore les nôtres.
Rémy Barré démontre, quant à lui, que si les indicateurs disponibles ne permettent pas de conclure au déclin, ce n’est pas nécessairement parce qu’il n’existe pas, mais parce que – et c’est un mal en soi – les indicateurs sont aujourd’hui insuffisants. Si l’on entend agir sur le système de recherche, il faut aussi le connaître. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons repérer ses lacunes et définir ses priorités.
C’est précisément sur une discussion des principaux indicateurs que porte le propos d’Olivier Postel-Vinay. Or, en prenant cinq critères fondamentaux, qualitatifs plus que quantitatifs et qui portent essentiellement sur l’organisation du système de recherche, il n’a guère de difficultés à montrer que la France ne soutient pas la comparaison avec ses principaux concurrents. Là aussi, des changements substantiels paraissent s’imposer.
Tel est aussi le message qu’entend faire passer Philippe Kourilsky. Avant de parler de déclin, il faut examiner l’organisation et mesurer les raisons de son inadéquation par rapport à une situation plus performante. La centralisation pose un problème majeur. La création de « campus de recherche » constitue ainsi, selon lui, le premier acte d’une politique qui vise à sortir la recherche française des ornières où elle se situe.
C’est à partir d’exemples précis qu’est construite la démonstration de Jacques Lewiner. Pour lui, dans certains domaines comme celui des brevets, le déclin est évident. Pour autant, il ne lui apparaît pas comme fatal. Des initiatives heureuses existent ; il y a aussi un potentiel de reconnaissance par l’opinion du travail de chercheur qui est aussi inventeur. Il ne faudrait pas que des rigidités sans fondement conduisent à stériliser un dynamisme qui ne demande qu’à s’exprimer.