Pourquoi une politique de la recherche ?

Pourquoi une politique de la recherche ?

Nicolas Tenzer

L’important dossier présenté dans cette livraison du Banquet est le signe d’une inquiétude et la marque d’une ambition. L’inquiétude tient à ce qu’il nous semble qu’une bonne partie de la classe politique et administrative française n’a pas pris la mesure de l’affaiblissement de notre appareil de recherche et n’y perçoit pas, sauf de manière formelle, un enjeu déterminant pour l’avenir. Il traduit une ambition : celle de faire de la recherche une grande cause nationale, vers laquelle sont orientées non seulement notre volonté politique, mais aussi la culture de notre société. Cause nationale, mais aussi certainement européenne, mais la seconde ne remplace pas l’ardente obligation de la première et ne nous dispense pas, sur un autre plan, de parvenir à une meilleure articulation entre les deux et à un meilleur ciblage des interventions de l’Europe. Sur tous ces points, le propos de ce numéro, où s’expriment, comme il est normal, des points de vue antagonistes, est de déplacer les termes du débat et, par là, de sortir des positions stériles et attendues, des récriminations vaines, des vœux pieux sans avenir et des regrets inutiles. Je me bornerai ici, pour éviter les redondances, à insister sur cinq questions qui doivent gouverner l’avenir.

Une culture contre la recherche ?

La première interrogation concerne donc la culture d’une Nation qui permet ou non la mobilisation d’un pays autour d’une politique de recherche. Or, force est de reconnaître que la France n’est pas, de ce point de vue, dans une situation favorable. Cela explique aussi que les débats relatifs aux politiques de la recherche n’intéressent, en général, que les chercheurs, guère la classe politique et pas du tout le grand public. À la différence de pays comme l’Allemagne, les États-Unis, mais aussi l’Italie, les pays nordiques et quelques autres, le « professeur » qui reste le visage emblématique du chercheur – n’est pas considéré chez nous comme appartenant à l’élite et n’est jamais envisagé comme une position avantageuse par les parents lorsque ceux-ci projettent l’avenir de leurs enfants. Professeurs et chercheurs ne jouissent d’aucun prestige ni dans l’imaginaire social, ni dans les milieux politiques et administratifs. Cela n’est sans doute pas sans rapport avec leurs conditions de rémunération, mais pas essentiellement. Quoi d’étonnant dès lors, pour prendre un exemple bien connu, que la « préférence pour l’administration » celle de l’État comme celle des entreprises – l’emporte sur la recherche dans les choix de carrière ? Cela pervertit et détourne les vocations, comme on peut le discerner en étudiant les destins des « bottiers » de l’École polytechnique et, de plus en plus, des anciens élèves de l’École normale supérieure, notamment dans les disciplines scientifiques. Pourtant, un administrateur sera toujours plus ou moins interchangeable ; un chercheur beaucoup moins. Une politique d’intérêt national devrait conduire ceux qui sont, potentiellement, les meilleurs scientifiques à faire de la science et non de la gestion ou des affaires. Mais cela suppose de les rémunérer correctement – quitte à faire, là, pour le coup, de la discrimination positive , à leur offrir des perspectives de carrière, des possibilités de reconversion et, naturellement, des conditions de travail dignes de ce nom.
Si cette question n’intéresse guère une large fraction des dirigeants politiques et administratifs, mais aussi des cadres supérieurs du secteur privé, c’est aussi que le monde de la recherche est, pour eux, inconnu. Formés dans des écoles spécifiques – instituts d’études politiques, École polytechnique, École nationale d’administration, grandes écoles commerciales , ils n’ont qu’exceptionnellement côtoyé des chercheurs et n’ont, eux-mêmes, quasiment jamais effectué un travail de recherche. À cette coupure s’ajoute un sentiment de supériorité : compte tenu de ce que sont aujourd’hui la majorité des universités françaises, tout ce qui en provient est considéré comme appartenant au « monde d’en bas ». La dévalorisation des études et des diplômes universitaires et le tronçonnement des cursus supérieurs entre l’université et les écoles créent une hiérarchie défavorable à la recherche – les écoles normales supérieures représentant un cas à part et, d’un poids quantitatif relativement faible.
Enfin, il n’est guère, en France, de lieux de confrontation entre les praticiens et les chercheurs. L’absence de grandes fondations dignes de ce nom et de cercles de pensée faisant appel à un travail « professionnel » est bien connue. Il est de plus quasiment impossible pour un universitaire d’effectuer une partie de sa carrière dans l’administration (sauf celle de l’Éducation nationale et de la Recherche) et, inversement, pour un fonctionnaire en provenance de l’administration, de passer quelques années à l’université ou au CNRS en étant considéré comme un enseignant ou un chercheur à part entière. Le monde administratif comme la sphère administrative sont monoculturels. Enfin, il n’est point besoin de préciser que le travail de recherche ne féconde quasiment jamais la prise de décision et que la majorité des universitaires – je parle de ceux dont la spécialité pourrait s’y prêter et non des autres, naturellement – sont totalement indifférents à l’aspect opérationnel et pratique que leurs travaux pourraient revêtir. En somme, ces séparations multiples sont pour beaucoup dans le sentiment d’extériorité de la recherche par rapport aux autres activités sociales.

Réalités et facilités budgétaires

Cette incompréhension des différents mondes et, pour les chercheurs, le sentiment, pas toujours infondé, d’un mépris à leur égard de la part de la classe politico-administrative trouvent une illustration dans la récurrence de la question budgétaire, sur laquelle ce numéro revient ponctuellement. Autant le dire sans ambages, le débat sur cette question est mal engagé. Certes, pour beaucoup de chercheurs, dans leur pratique quotidienne, la réalité vécue est celle d’une pénurie et de difficultés à fonctionner correctement qui les obligent trop souvent à se livrer à des expédients et à consacrer un temps bête à se battre pour obtenir quelques euros de ci de là, alors que celui-ci serait mieux employé à poursuivre leurs travaux. Il reste que, sur le plan général, on ne peut dire tout de go : « Il faut plus de moyens », comme si la manne budgétaire était en elle-même un moyen de guérir les maux de la recherche française. J’accorde, pour ma part, peu d’attention aux propos polémiques des uns et des autres qui, pour les premiers, consacrent l’essentiel de leurs attaques à vitupérer un budget en régression et, pour les seconds, à montrer que cette baisse n’est pas avérée.
Pour rétablir les choses, je ne considère pas que la question budgétaire puisse être considérée comme un problème annexe. Globalement, le niveau du budget que l’État consacre à la recherche est à la fois le signe du niveau de priorité et, s’il est élevé, la source d’une supériorité dans ce domaine par rapport aux autres pays. De ce point de vue, la France a certainement un effort de redéploiement sérieux à opérer en faveur de la recherche et de l’enseignement supérieur, alors qu’elle devrait parvenir à diminuer les crédits qu’elle consacre à d’autres actions, notamment l’enseignement scolaire et secondaire et, sur un autre point, vraisemblablement, les systèmes onéreux et pas toujours très efficaces d’aide à l’emploi. Il y aurait là tout un débat à engager sur l’utilité des différentes fonctions collectives, qui est inséparable de celui sur l’impôt. Mais adopter une telle orientation ne peut se faire sans un changement sérieux d’organisation.
D’abord, sans considérer pour autant que la recherche doive être immédiatement « opérationnelle » ou « productive », sans méconnaître non plus la difficulté, dans certains cas, de juger de la qualité d’un travail de recherche, il doit être clair, pour les chercheurs, que la contrepartie de l’augmentation des crédits doit être l’excellence. Chacun, dans sa discipline, connaît des enseignants-chercheurs et des chercheurs de qualité médiocre et, parfois, dont le temps consacré à leur travail de chercheur est faible. Il faut en tirer les conséquences, car les sommes consacrées à l’entretien de ces chercheurs et de leurs structures représentent un coût d’opportunité important qui pénalise les meilleurs. J’y reviendrai plus bas. Ne prétendons pas que tous les laboratoires se valent ni même que l’existence de tous est aujourd’hui parfaitement justifiée. Il faut être capable de le dire sans s’attirer des foudres syndicales ou politiques, de le démontrer et d’agir en conséquence. La ressource publique n’est pas infinie.
Ensuite, et c’est probablement plus compliqué encore en termes tant politiques que scientifiques, l’accroissement des moyens budgétaires doit aller de pair avec une sélection plus stricte des priorités. Une augmentation du budget consacré à la recherche, qui s’assimilerait à une manière de ne pas choisir (et de ne pas sélectionner), créerait un esprit de facilité préjudiciable in fine à la recherche elle-même. Pour préciser les choses, une situation de pénurie a finalement un coût d’autant plus élevé que la recherche est prioritaire et de haut niveau. L’indisponibilité d’un équipement, le manque de secrétariat, l’obligation de remplir des formulaires pour tout et n’importe quoi sont très onéreux finalement pour une équipe de chercheurs reconnue sur le plan international. Mais encore une fois, cela n’aurait aucun sens d’accorder les plus grandes facilités à tous. La politique de recherche ne saurait être égalitaire et mettre chaque équipe sous une toise unique. Encore faut-il que des labels d’excellence puissent être décernés de manière objective et impartiale.

L’évaluation contre le corporatisme

Ne nous méprenons pas sur la nature de l’évaluation telle qu’on pourrait la concevoir pour la recherche en France. S’il s’agit de la mettre en place dans le cadre du système actuel, sans en changer la philosophie et l’organisation, son effet ne pourra être que des plus limités. Le schéma vers lequel il est souhaitable de s’orienter ne repose pas que sur l’évaluation des travaux de recherche et, par voie de conséquence, des équipes qui les réalisent, mais sur un mode de recrutement, des carrières et un statut considérablement renouvelés. Je n’ignore pas ce que chacun entendra à la lecture de ces quelques mots : une moindre certitude, plus d’insécurité pour les chercheurs, des risques pour leur indépendance, un asservissement potentiel de la recherche fondamentale à la recherche appliquée, un démantèlement de la fonction publique et du service public de la recherche, etc. Ce n’est pourtant pas de cela qu’il s’agit. De fait, un système plus rigoureux d’évaluation (c’est-à-dire qui en tire les conséquences, positives et négatives, en termes d’allocation de moyens), qui limiterait aussi les garanties statutaires actuelles des enseignants-chercheurs et des chercheurs et qui développerait le recours à des chercheurs engagés pour une durée déterminée, ne peut être ni envisagé ni accepté dans le cadre actuel. Tout y prête, en effet, au soupçon de partialité et de favoritisme, alors que, précisément, le système global d’évaluation que je crois nécessaire de mettre en place vise à conjurer ce danger.
Je me bornerai ici à suggérer quelques pistes de réflexion qui pourraient, par la suite, aboutir à des recommandations plus élaborées. Leur point d’entrée commun repose sur le principe d’une évaluation indépendante, ce qui signifie sans conflits d’intérêts potentiels et dotée d’une forte composante internationale. Son corollaire, implicite mais nécessaire, est la possible remise en cause, à intervalles réguliers, des situations acquises et une plus grande différenciation dans les carrières des chercheurs et des enseignants-chercheurs.
Le premier moment où ce système pourrait s’appliquer est celui de la thèse qui constitue le mode d’entrée normal dans la carrière de chercheur (même si elle commence, par définition, avant son obtention) et sans doute même un peu avant. Chacun connaît les caractéristiques du système français : il est plus de docteurs qu’il n’existe de postes de chercheurs (ce qui signifie que beaucoup de docteurs vont être obligés de se reconvertir après leur thèse, dans des conditions souvent d’autant plus difficiles que la thèse n’est pas vraiment reconnue par un employeur privé) ; la phase préalable à la soutenance est, pour beaucoup de jeunes chercheurs, matériellement très difficile – pour ceux qui ne sont pas agrégés ou qui n’ont pas obtenu un poste d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER). Ces difficultés sont cependant l’envers d’autres réalités, plus profondes encore.
D’abord, il y a thèse et thèse. Suivant les universités, les jurys, les disciplines, etc. les critères qui permettent de la discerner sont pour le moins flexibles. Il est certainement des thèses qui n’auraient jamais dû être acceptées et qui n’indiquent aucune aptitude à poursuivre une recherche. Ensuite, et corrélativement, c’est dès l’inscription en thèse qu’il aurait fallu dissuader certains étudiants d’entreprendre un tel travail pour lequel ils n’étaient manifestement pas faits. Ce n’est pas trois, quatre ou cinq ans après qu’il est possible refuser un travail qui a mobilisé toutes les énergies ou, au moins, suscité tant d’espoirs. Enfin, il importe que le système repose sur la fiabilité et la confiance. À partir du moment où un étudiant a soutenu sa thèse avec succès – et il n’est pas de raison que cela ne soit pas la règle dans 90 % des cas , il est normal qu’il obtienne un poste de chercheur ou d’enseignant-chercheur , même si l’on peut concevoir encore une fois, ce qui est une autre question , que cela ne soit pas à vie.
Comment dès lors redonner au système tant soit peu de prévisibilité et, pour tout dire, de moralité ? La seule solution est de rendre aussi objectives et impartiales que possible l’inscription en thèse et la collation du grade de docteur – ainsi, naturellement, que l’obtention d’un poste d’ATER. Autrement dit, il n’est pas d’autre solution que de faire que ces étapes déterminantes ne soient plus dans la main d’une poignée de personnes et d’une UFR d’une université ou la résultante d’un processus sans transparence ni objectivité. Au rebours d’un thème à la mode, il faut faire échapper ces décisions à l’échelon de proximité. En ce qui concerne les jurys de thèse, l’internationalisation de leurs membres doit progressivement devenir la règle.
Ensuite, l’évaluation indépendante doit naturellement s’attacher au recrutement. Cela serait logiquement plus facile si celle-ci avait été initialement plus forte lors de l’inscription en thèse et de sa soutenance. En effet, nous n’aurions plus, comme c’est le cas dans certaines spécialités, des ratios de recrutement qui peuvent parfois laisser neuf candidats sur dix sur le carreau. En somme, il faudrait, pour le moins, se donner la possibilité de remettre à plat le rôle et la composition des sections de spécialité du CNRS et des commissions du Conseil national des universités, ainsi que le poids des relations locales dans certaines embauches. Force est de reconnaître que, dans certaines universités et centres de recherche, la qualité scientifique n’est pas toujours le facteur déterminant du recrutement. Là aussi, l’évaluation externe et autant que possible pour partie internationale doit devenir la règle. C’est le principe même du recrutement par les pairs qui doit être remis en cause. Bien sûr, nul ne peut méconnaître les difficultés de régulation globale du système liées à la distribution des postes entre les différentes spécialités. Il reste que l’impulsion doit être celle-ci.
Enfin, l’évaluation doit devenir systématique en cours de carrière. Elle doit déterminer le maintien dans le poste de chercheur, l’avancement et la réorientation, le cas échéant. Chacun connaît la pratique dans d’autres systèmes que le nôtres : c’est une évaluation internationale des travaux d’un chercheur qui fournit l’appréciation sur la base de laquelle une université ou un centre de recherche prend les décisions relatives au recrutement, à la promotion et même à la rémunération. Nous devons nous en rapprocher, de même qu’il faut tenir compte du travail effectif effectué par l’enseignant-chercheur non seulement en matière de recherche – ce qui peut être parfois difficile à évaluer, sauf à moyen terme , mais aussi en matière d’encadrement des travaux et, lorsqu’il y a lieu, d’enseignement.
Oserons-nous ajouter que l’une des contreparties de l’évaluation est l’ouverture. Il est important que puissent postuler pour un poste (qui n’a pas vocation à être ouvert éternellement) des chercheurs fonctionnaires et non fonctionnaires, des Français comme des étrangers – même au-delà de l’Union européenne. Pas plus que la préférence locale ne doit jouer, la préférence française n’a de raison de s’appliquer.
De manière plus générale enfin, la question de l’évaluation pose le problème de l’organisation même de l’organisation de notre recherche publique. On sait aussi que certaines procédures d’affectation des crédits du budget civil de la recherche-développement (BCRD) sont lourdes, que la définition des priorités se perd parfois dans les limbes de la bureaucratie, qu’au-delà du CNRS et des universités de nombreux organismes concourent à l’effort de recherche sans que les modalités de coordination soient toujours suffisamment claires, en somme que la transparence fait défaut. La question de la recherche constitue aussi un cas d’école pour la réforme de l’État. On ne dira jamais assez la nécessité, pour que la recherche soit reconnue à sa juste mesure, d’un ministère de la Recherche puissant et qui, à l’aide de procédures plus souples et rigoureuses, porte une ambition nationale prioritaire.

Recherche et université

La recherche publique en France repose, on le sait, sur deux pôles : le CNRS et les grands instituts, d’un côté, l’université et certaines grandes écoles, de l’autre. Cette bipartition, qui n’est heureusement pas complètement étanche, n’est pas en elle-même condamnable et il serait dommageable – autant qu’irréaliste – d’y mettre fin. Il reste que la recherche à l’université est souvent problématique, comme l’est, sur un autre plan, une recherche sans enseignement. Au sein de l’université cohabitent, en effet, des universitaires qui n’effectuent, de fait, plus de travaux originaux de recherche, n’encadrent guère de thèses et n’animent pas de séminaires de recherche, alors même que leurs charges d’enseignement sont réglementairement calibrées en fonction de leur activité de chercheurs, et d’autres dont l’activité de recherche est intense et qui peinent à accomplir en même temps des tâches d’enseignement et souvent d’administration. De manière plus globale, enfin, l’université de masse actuelle, prise comme un tout, n’est pas essentiellement orientée vers la recherche, mais vers des activités d’enseignement à destination d’étudiants dont seul un petit nombre se destine à une carrière de chercheur.
Il paraît dès lors souhaitable que le droit, le statut et l’organisation soient adaptés à cette réalité. Les enseignants qui ne font, de fait, qu’enseigner doivent être considérés comme tels et non comme des chercheurs et les activités de recherche qui subsistent doivent être clairement isolées afin de ne pas être parasitées par des contraintes qui peuvent en diminuer l’efficacité. On pourra certes toujours rétorquer que de telles dispositions porteraient atteinte à la « communauté universitaire » et que l’enseignement à l’université a vocation à se nourrir de la recherche. Comment en disconvenir sur le plan théorique ? Mais si l’on entend sauver, lorsqu’elle est sinistrée, et promouvoir la recherche à l’université, il convient de reconnaître son dualisme. Accompagnée des mesures relatives à l’évaluation des enseignants-chercheurs et d’une amélioration de la situation matérielle de ceux qu’on pourrait appeler les « étudiants-chercheurs », une telle évolution ne pourra que réhabiliter la recherche universitaire. À moins, peut-être, que ce ne soit toute l’université qu’il faille changer…

Une recherche nouée à une ambition politique

Pourquoi une politique de la recherche ?, demandions-nous dans le titre de cette introduction. La réponse ne va pas de soi et cela explique peut-être qu’elle ne soit pas posée comme telle. Les uns, notamment certains chercheurs, considèrent que la recherche est à elle-même sa propre fin. Les autres, parce qu’ils ont lu de bons auteurs, ont appris que la recherche était un facteur de croissance et de dynamisme économiques. Ils se sont convaincus de la validité des théories énoncées par « l’économie de la connaissance » et ne se lassent pas de dire, par rituel ou mimétisme, que c’est une priorité.
Je ne crois pas cependant que cela suffise à susciter une mobilisation digne de ce nom en faveur de la recherche, à inciter à un changement progressif des attitudes culturelles à son endroit et à faire considérer le travail de chercheur une contribution à la puissance nationale. Bien sûr, l’exemple américain est dans tous les esprits, du moins ceux des principaux responsables. Mais il semble que, souvent, on ne l’évoque que pour le minimiser au motif, d’une part, qu’une grande partie de la recherche américaine est tirée par le militaire – ce qui est vrai , et d’autre part, qu’elle a une forme et une intention fondamentalement marchande – ce qui l’est nettement moins. La réalité américaine est aussi celle d’une recherche publique largement désintéressée et non marchande, notamment dans le secteur des sciences humaines et des humanités, d’une recherche, tout aussi peu orientée vers l’idée de profit et d’utilité, soutenue par des fondations privées. En somme, si la recherche est si forte aux États-Unis, c’est non seulement qu’elle bénéficie de moyens publics et privés sans commune mesure avec ce qui se pratique ailleurs, mais qu’il s’agit aussi d’une activité sociale reconnue par tous et qui n’est pas séparée du corps social. Nul ne conteste qu’elle concourt à la réalisation de « l’intérêt national » et elle ne subit jamais l’aléa des alternances politiques ou des appétences des dirigeants. Tel est le chemin qui nous reste à parcourir.

Remerciements

Il m’est agréable, pour conclure, de procéder aux remerciements d’usage, mais qui ne sont pas formels.
J’adresse tout d’abord mes sentiments de gratitude à Claudie Haigneré qui a souhaité accorder une subvention du ministère de la Recherche et de la Technologie à ce numéro et a ainsi rendu possible sa publication. Elle l’a fait avec générosité et par conviction qu’un tel débat était utile à la cause qu’elle défend, celle de la recherche, sans prosélytisme ni souci d’influence.
Ma vive reconnaissance va ensuite à Perrine Simon-Nahum et à Vincent Duclert qui m’ont proposé de réaliser ce numéro, pour partie sur la base du colloque qu’ils avaient organisé au Sénat en avril 2003, et en ont assuré la coordination, découvrant ainsi les heurs et difficultés de la conception et de la mise en musique d’un revue. Leur soutien et leur enthousiasme ont été constants. Sans eux, ce numéro n’aurait pas existé.
Enfin, je remercie chaleureusement Jean-Jacques Salomon qui, au-delà de la contribution majeure qu’il a apportée par son analyse de la politique scientifique de la France, a émis des suggestions bienvenues pour compléter la liste des auteurs de ce numéro – dont certains, qui n’ont pu y participer, contribueront, je l’espère, à de prochains numéros. Le dossier est ouvert ; il est loin d’être définitivement clos.