Stratégies et pratiques du mouvement nationaliste-révolutionnaire français : départs, desseins et destin d'Unité Radicale
(1989-2002)
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Le Banquet,
n°19,
2004/1.
Domaine politique -
thème extrême droite.
Par Nicolas Lebourg
Le 14 juillet 2002, la tentative d'assassinat perpétrée par M. Brunerie à l'encontre du président de la République devait,
tout à la fois, apporter au mouvement Unité Radicale sa reconnaissance médiatique et sa dissolution décrétée par l'État. L'objet
central d'UR était la résolution du problème posé par Dominique Venner dans Pour une Critique positive (1962) : comment organiser la tendance révolutionnaire de l'extrême droite (les nationalistes) et la faire participer au
leadership idéologique et partisan de ce champ, et ce malgré une évidente faiblesse numérique ? De sa naissance à sa mort, UR a ainsi
constituer un objet historique synthétisant les dilemmes et évolutions de l'extrême droite radicale.
De la périphérie à la fraction
Secrétaire général de Troisième Voie , Christian Bouchet affirme en 1989 aux adhérents que deux voies s'offrent à eux : soit « se situer comme une aile/marge N-R
du FN » y recrutant, soit « s'affirmer comme un mouvement alternatif » soutenant « toutes les contestations (régionales, écologiques,
sociales, populaires, etc.) » et pour cela il faut « rompre avec l'extrême droite groupusculaire et réactionnaire. [Quoique]
un travail sur les marges du FN – considéré comme un mouvement de contestation populaire de masse – peut être mené » .
TV connaît une scission, menée par M. Bouchet, qui aboutit à la fondation de Nouvelle Résistance (1991) . Celle-ci veut regrouper abstentionnistes, écologistes, extrêmes gauches, extrêmes droites, régionalistes, etc., afin de
mettre en place le « Parti du Peuple » qui capitaliserait ces effectifs. Le mouvement affirme que le FN ne serait qu'un moyen
du « Système » de détourner la protestation, il serait anti-social, clérical, philosioniste et pro-américain, tandis que TV
maintenue autour de M. Malliarakis est disqualifiée en tant que « petite clique de réactionnaires liquidateurs » . La scission est, en effet, officiellement motivée par la trahison idéologique à l'encontre du nationalisme-révolutionnaire
imputée à M. Malliarakis, de par ses contacts avec les milieux droitiers (FN et CDCA). C'est, en fait, ce rapprochement du
leader de TV qui empêche son opposition interne de négocier sa propre adhésion en bloc au FN et l'oblige à adopter cette position .
Devant ces difficultés, NRE décide à son second congrès de réorienter ses efforts vers la débauche des électorats de Lutte
Ouvrière, du PCF et du FN, en axant sa propagande sur les thèmes estimés les traverser : défense des « petits », caractère
anti-démocratique du régime, rejet de l'immigration .
L'ambiguïté stratégique prévaut d'autant plus que, pendant ce temps, son équipe dirigeante participe au journal Nationalisme et République. Créé en 1991, celui-ci regroupe toutes les familles nationalistes et prône l'organisation d'une tendance dure au sein et
à coté du FN. Cet anti-lepénisme n'est pas un positionnement rédactionnel, mais le but même du journal, tel que défini par
le courrier prévalant à sa fondation et adressé à divers cadres nationalistes . Alors qu'idéologiquement, le titre se situe souvent en un cadre fort différent de celui de NRE, les adhérents de celle-ci
sont prévenus que le journal doit « être considéré comme notre périodique et soutenu en conséquence » . Dès l'origine, un double travail est donc mené, à la fois hors du FN et œuvrant sur sa marge. NRE envisage ainsi de créer
un secteur périphérique qui ressemble beaucoup à ce que sera UR : sous le signe de la croix celtique, paraissant indépendant,
et dont le but est de s'assurer une position « hégémonique en province », menant les meilleurs éléments à la structure-mère .
Aussi croît une tension entre les ailes « fascistes » et « progressistes » du mouvement qui ne cesse de perdre ses militants ;
quant à ceux qui le rejoignent, ils sont à 75 % des néo-fascistes . La crise perpétuelle mène le secrétaire général à annoncer peu après sa lassitude, et sa décision de mener les affaires
courantes jusqu'au congrès du 30 novembre où prend effet sa démission . C'est là le nœud qui mène à UR. En effet, des militants décident de ne pas attendre : ils déposent légalement le nom du
mouvement et de tous ses principaux appendices et excluent la direction pour dérive fasciste et « collaboration avec la réaction
lepéniste » . Ils proclament la fusion de l'organisation avec le Parti Communautaire National-européen .
Le congrès de NRE-maintenue se déroule toutefois et, devant l'adversité, l'union du « canal historique » se reforme : la motion
proposée par M. Bouchet, revenu sur sa démission et annonçant qu'il remet son mandat en jeu sur la question de l'adoption
de son texte, est avalisée. L'organisation considère que la ligne d'union de la périphérie contre le centre est un échec,
que les marques de gauche sont à abandonner au profit d'un repositionnement fasciste et d'une collaboration active avec le
FN passant par l'encartage dans ses rangs. Est décidée la constitution, aux marges du FN, d'un pôle NR en appelant à l'unité
de tous les nationalistes – car si la démarche est considérée n'avoir aucune chance d'aboutir, il faut « faire croire en l'idée
d'une unité en marche ». La ligne idéologique est synthétisée en ces termes : « En résumé “Moins de gauchisme, plus de fascisme !” » . Il s'agit bien d'essayer l'autre voie stratégique considérée dès le document cité de 1989.
L'unité des formations nationalistes
Officiellement, NRE reconnaît dorénavant la possibilité de double appartenance avec le FN : les NR évolueraient donc vers
le FN car le FN aurait idéologiquement avancé vers eux par sa mue anti-américaine et anti-cosmopolite. À l'été 1997, est annoncée
la dissolution de NRE. Sont définis « deux créneaux : le radicalisme idéologique et le combat culturel ». La stratégie s'organise
en une triple perspective : « Radicale : […] Notre ligne est dure, fasciste, révolutionnaire. Unitaire : [regroupant tous ceux qui] au sein du mouvement national [se disent] NR, NB, RC, radicaux, populiste, gaucho-lepéniste,
gauche nationaliste, etc. Transversale : [est conservé la ligne de] l'union de la périphérie contre le centre » en y intégrant cette fois le FN . L'organe change de nom et devient Résistance !, ses diffuseurs étant rassemblés au sein de l'Union des Cercle Résistance (UCR).
UR naît ainsi en 1998 en proclamant triomphalement qu'elle réalise l'unité des nationalistes, constituant la plate-forme commune
de l'UCR, de Jeune Résistance et du GUD .
En février 1997, NRE barre toute la couverture de son journal d'un titre mobilisateur : « Une seule exigence : L'Unité des
Nationalistes-Révolutionnaires ». Jeune Résistance lance dans son édition d'avril un manifeste dit « l'Appel des 31 ». Le texte est présenté comme émanant de « membres de diverses
organisations, cercles et journaux » qui, devant l'inexistence politique du mouvement NR, proposent « la création de Comités
de base pour l'unité nationaliste [devant] faire pression sur les actuels dirigeants pour qu'une dynamique unitaire se mette
en place ». À la suite de cette campagne basiste, fin 1997 sont pris des contacts avec les directions de l'ensemble de la
galaxie nationaliste : GUD, Œuvre Française, PNF et PNFE . La stratégie s'inspire également du modèle trotskiste. Lors de la publication de Cet Etrange monsieur Blondel de Christophe Bourseiller, UR indique à ses cadres qu'il devait « absolument être lu et médité par nos adhérents. Cet ouvrage relate l'histoire et l'action des trotskistes lambertistes. […] Le Collectif de coordination a la ferme intention
de s'inspirer de ce travail. Donc il faut s'en imprégner et commencer à réfléchir […] à l'usage des “blazes”, à l'action “en
fraction”, aux stratégies à plusieurs détentes… » .
Structurellement, seul le GUD répond positivement à l'appel unitaire. Né en 1968 de la dissolution du mouvement Occident,
officiellement auto-dissout en 1981, il entretient une longue histoire avec l'idée même d'unité nationaliste. À l'origine
de la fondation d'Ordre Nouveau (1970), il mène parfois des listes communes avec d'autres formations aux élections universitaires.
En 1985, il participe à la fondation de TV. Est alors clamé que « L'Unité nationaliste-Révolutionnaire est faite » et que
« tous ceux qui se tiendront à l'écart devront être tenus pour médiocres, sectaires et aigris » . Devant le caractère foncièrement provocateur du GUD, afin et de le canaliser et de pouvoir s'en désolidariser, il est entendu
que celui-ci et la section lycéenne « sont des appellations strictement contrôlées par le Mouvement », mais qu'ils enregistrent
leurs propres adhésions . Le GUD finit par rompre avec cette direction (1988) et attaque physiquement un de ses meetings (1989). Il se rapproche du
FN et participe, à partir de 1993, avec le FNJ et divers groupuscules, au syndicat nationaliste étudiant frontiste. D'un néo-fascisme
a-dogmatique il évolue vers des positions NR : antiaméricanisme, adoption de l'utopie d'une Europe fédérée des régions mono-ethniques,
et assimilation de son combat à celui du peuple palestinien autour du slogan « À Paris comme à Gaza Intifada ! » (1995). Samuel
Maréchal, ex-TV, gendre de M. Le Pen et responsable du FNJ, tente de s'appuyer sur le GUD pour contrer M. Mégret, mais le
GUD rejoint celui-ci et forme son service d'ordre (1997) afin de le protéger du service d'ordre du parti, le Département Protection
Sécurité .
Le GUD accepte la jonction à la suite des contacts pris par M. Robert. Ceci a surtout valeur symbolique : c'est alors un groupe
quasi fantôme, mais dont le nom représente une « légende ». Par quelques violences, il refait parler de lui dans les media,
reprenant sa classique tactique de provocations publicitaires . Dans le même esprit, Jeune Résistance devient un temps son organe et il y use d'un slogan typique : « La barre de fer comme moyen d'expression ». À la suite de
la partition du FN (décembre 1998-janvier 1999), il refuse de faire preuve du même enthousiasme mégretiste que la direction
d'UR et lance un nouvel organe qui lui est propre, Jusqu'à nouvel ordre. UR met en place une séparation fonctionnelle, usant du sigle GUD pour les actions violentes et de celui d'UDEN (Union des
étudiants nationalistes) pour ses sections estudiantines officielles ; derrière cette stratégie peut s'être dissimulée une
volonté d'encadrer le GUD-Paris au sein d'un mouvement comptant des sections provinciales moins animées de pulsions autonomistes.
Lors du conseil national d'UR du 18 décembre 2001, la tension est manifeste, puisqu'il est précisé que l'appellation GUD appartient
à UR et que les velléités d'indépendance de sections du GUD seront sanctionnées par leur dissolution . In fine, le GUD reprend sa liberté, est las du mégretisme d'UR, « en a ras-le-keffieh des sionisteries des uns et surtout des autres,
et décrète que ça a assez duré » .
Les cas du PNFE est lié à la tortueuse histoire des relations entre NR et néo-nazis. Au sein des Groupes Nationalistes-Révolutionnaires
fondés par François Duprat en 1976 s'était réalisée la jonction entre les deux tendances. Après l'assassinat de leur leader,
le dix-huit mars 1978, les GNR implosent et les néo-nazis de la Fédération d'Action Nationaliste et Européenne (1966) qui
s'y étaient intégrés revendiquent l'héritage du mouvement, proclamant la fusion entre la FANE et les GNR. Quant aux NR, ils
se joignent à des rescapés du solidarisme pour fonder le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire.
Les deux mouvements connaissent un cycle de violence, le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire voulant interdire à la FANE
de se revendiquer du nationalisme-révolutionnaire, et exigeant que tout néo-nazi quitte ses propres rangs afin de ne pas nuire
à son développement . La méthode paye et la FANE se positionne dès lors en un néo-nazisme ostentatoire. Devant la déliquescence de cette structure,
nombre de ses membres décident de rejoindre TV. Celle-ci les accepte à la base, tout en adressant à ses cadres une « mise
en garde » spécifiant qu'il s'agit d'être « extrêmement vigilant vis-à-vis de ses nouveaux venus » . L'expérience est délicate et, quelques mois plus tard, il est cette fois précisé aux responsables qu'il ne faut pas admettre
« dans nos rangs d'éléments provocateurs néo-nazis et/ou skins. Le port d'uniformes, de brassards, de chemises noires ou brunes
est une cause d'exclusion » .
Mais à son troisième congrès, NRE décide de mettre fin « à toute critique écrite vis-à-vis des autres composantes du mouvement
national (des cathos aux nazis en passant par les nationaux-libéraux) » . L'Appel des 31 obtient ainsi le ralliement des responsables francilien et perpignanais du PNFE. Le décès de l'organisation
(1999) provoque un transfert de ses ex-militants vers UR. Les néo-nazis rejoignent un mouvement qui leur est ostensiblement
ouvert et qui réclame la grâce de Michel Lajoye, condamné pour avoir commis un attentat raciste et qui a pris en prison la
carte du PNFE avant de devenir l'un des rédacteurs du site d'UR.
Maison-mère du PNFE, l'équipe du PNF avait jadis participé au sein du FN à l'union des nationalistes autour de Duprat. Elle
avait également, avec l'OF et le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire, participé à la fondation d'un mort-né Regroupement
Nationaliste (1982) et est, depuis la moitié des années quatre-vingt dix, très étroitement liée à l'OF. Si elle décline l'offre
initiale, le développement d'UR la mène à s'en rapprocher. Après avoir marqué sa sympathie pour le GUD, le PNF manifeste avec
UR le 1er mai 2001, adresse un message au solstice de Montségur d'UR et invite M. Marsan, en qualité de représentant d'UR,
à son banquet nationaliste . Mandaté pour proposer l'unité nationaliste au PNF, faisant de son local parisien et de Militant des biens communs, M. Marsan préfère le rejoindre et dénonce cette stratégie d'UR visant à l'hégémonie derrière l'appel à
l'union .
L'OF est la seule structure à n'avoir entretenu aucun contact probant avec UR, mais elle lui a fourni des membres dès l'origine.
Ainsi, si UR n'a pas réalisé la grande union qu'elle a prétendue, ne regroupant que les structures déjà jointes et divisant
artificiellement NRE en UCR et Jeune Résistance pour mieux faire croire en l'unité en marche, elle a toutefois su, par la
suite, occuper la totalité du terrain militant nationaliste. Cette tactique avait déjà fait ses preuves dans l'histoire du
nationalisme français, puisqu'elle avait été utilisée pour la formation d'ON, pseudo-rassemblement de tous les nationalistes .
Des groupes nationalistes-révolutionnaires de base
La stratégie d'UR suivit amplement celle mise en place par François Duprat, lui même inspiré par les NR allemands. En créant
ses GNR, de simples groupes coordonnés à la lisière du FN, il exposait : « Nous devons savoir faire cohabiter une organisation
de combat et une organisation de formation et d'encadrement. Sans les SA, jamais le NSDAP n'aurait pu prendre le pouvoir,
mais sans la Politische Organisation » les SA n'auraient eu aucun avenir . Il imposa à cette époque le qualificatif de NR, afin de donner une commune étiquette aux divers courants, désignant leurs
communs ennemi (le complot juif au pouvoir) et adversaires (les gauchistes). Les GNR lui permirent tout à la fois d'effectuer
un travail de propagande inaccessible au FN et d'attaquer le rival PFN au nom de la pureté révolutionnaire, tout en appelant
ses militants à œuvrer de concert à la base. Autour du terme « radicaux », en lieu et place de celui de NR, c'est la même
stratégie qui s'impose : tenter de réaliser l'hégémonie sur la mouvance nationaliste afin de peser sur le parti électoraliste
et d'y ramener les militants de la première.
La première difficulté est de « vendre » les décombres de NRE au FN et ce dernier aux NR, après leur avoir exposé durant des
années que ce parti représentait le comble de l'incurie politique. Le premier numéro de Résistance ! est un acte de si intense lepenophilie que lorsque UR choisit de suivre M. Mégret, ce numéro n'est pas mis en ligne sur le
site web du mouvement .
Les militants sont invités à se rendre à la manifestation FN du premier mai 1998, le contact avec le GUD devant permettre
d'y diffuser un tract co-signé par celui-ci, Jeune Résistance, et Résistance ! Là aussi, c'est la définition de l'ennemi principal qui permet l'union des marges, le tract conspuant « L'ennemi, qu'on l'appelle
ZOG, Big Brother, le Système ou le Mondialisme ». Il affirme la complémentarité des NR par rapport au FN : « Son combat électoral,
juste et nécessaire, exige un certain recul, voire un silence de bon aloi, sur certains sujets historiques, anthropologiques
ou, tout simplement, politiques. Cette réserve de discours n'est pas critiquable. À l'heure de la Grande inquisition, tout
ne peut pas être dit, à commencer par les vérités, tout ne peut pas être fait, et notamment ce qui permettrait d'en finir ».
Sur ces thèmes ainsi que sur celui de la violence physique à l'encontre de la mouvance antifasciste et « pour créer un pôle
radical au sein du mouvement national », les signataires appellent à les rejoindre . En juin 1998, UR est officiellement créée, et M. Robert proclame dans Jeune Résistance « qu'une phase historique de l'histoire du nationalisme révolutionnaire vient de se terminer. [...] Nous voulions l'unité,
nous avons eu l'hégémonie ».
Si, dès l'origine, telle devait bien sûr être la conclusion, les cadres de l'UCR furent les premiers à s'étonner que leur
appel fût effectivement entendu par la base dès son lancement . Les cartes d'adhérents à UR portent les noms des « trois mouvements » fondateurs, le membre choisissant auquel il se rattache :
il s'agit donc d'une division symbolique qui offre, entre autres, le contrôle et la jouissance de l'étiquette GUD. Celle-ci
marque la propagande : alors qu'à l'origine les autocollants portent la croix celtique et/ou l'aigle national-bolchevique,
ce dernier disparaît, car jugé « trop ésotérique », au profit de la seule première .
En ce qui concerne son fonctionnement interne, UR voulait réaliser une « communauté militante » et se revendiquait du « centralisme
démocratique ». Le Conseil national est composé par les Groupes de Base présents à sa réunion annuelle, jouissant chacun d'une
voix par tranche de trois militants encartés. Tout adhérent peut y présenter une proposition mais les votes relèvent d'un
double quorum : 33 % des GB + 50 % du Comité exécutif. Ce dernier est élu à chaque CN et chacun de ses membres est responsable
d'un secteur d'activité : c'est une collégialité d'exécution et non de direction.
Le résultat quantitatif doit se mesurer avec plusieurs facteurs. Le mouvement NR le plus dense fut TV, avec environ 250 encartés.
En 1996, restaient moins de 50 militants NRE. UR se donne un objectif ambitieux : atteindre les 400 adhérents. Elle parvint,
non à atteindre cet objectif, mais à plus que tripler sa base initiale (entre autres par un patient travail de réunions locales,
animées par ses responsables nationaux). Toutefois, il ne s'agit pas d'un échec. Dès l'origine, le mouvement a connu un fort
écart entre sa puissance militante et son halo de sympathisants, qu'elle situait fin 1999 dans une fourchette de quatre à
cinq mille personnes .
En somme : a) l'organisation n'a pas eu le nombre fantasque d'adhérents annoncé dans l'après 14 juillet 2002, moment où circula
le chiffre de deux mille membres ; b ) elle a su occuper la quasi-totalité de l'espace nationaliste ; c) sa difficulté à faire
s'encarter les sympathisants est à prendre en compte en son évolution : UR va offrir un discours idéologique a minima dans l'espoir d'accroître les adhésions.
Le procédé unitaire est réutilisé consécutivement à la partition du FN. Début 1999, les jeunes mégretistes lancent un Front
de la Jeunesse. UR considère à son propos : « Nous ne pouvons pas nous opposer à ce Front ou le snober sans courir le risque
d'être à court terme marginalisés. Par contre nous pouvons utiliser ce Front pour recruter et influencer » . L'organisation expose qu'il s'agit d'unir à la base la jeunesse lepéniste et mégretiste. L'opération est, certes, intéressante
pour les mégretistes qui espèrent ainsi « déborder les lepénistes à la base [et] étouffer les extrémistes en les embrassant » .
Une seconde opération est tentée : le lancement en septembre 2000 d'une CoordiNation dite réunifier à la base le mouvement
nationaliste en travaillant localement à des pactes de non-agression, à l'édification de listes communes, à une action propagandiste
unitaire. Pour UR, cette structure « doit démultiplier notre influence et nous donner une caution de sérieux. Attention donc,
il faut agir sous le nom de CoordiNation pour tout ce qui est politique interne aux forces nationales et Unité radicale, Jeune
Résistance et GUD pour ce qui est activisme et agit-prop » . Le procédé eût pu permettre à des membres d'UR d'obtenir des places sur des listes uniques FN-MNR. Il pouvait, surtout,
favoriser une déstabilisation du FN au profit du MNR, et c'est bien cette perspective, par trop visible, qui a scellé son
échec.
La stratégie du réseau de groupes de base s'est donc avérée « pertinente » mais non reproductible ensuite, car la scission
du FN transforme l'extrême droite en champ de bataille et car le succès lui-même d'UR entraîne une pénurie de formations où
débaucher des militants aptes à l'encadrement pour donner l'image d'une action qui ne soit pas une manœuvre à prétention hégémonique.
Un « pôle de radicalité »
La volonté de créer un « pôle de radicalité » aux marges du FN va avec l'affirmation de la neutralité d'UR dans la lutte
fratricide, et la stratégie « italienne » d'alliance avec les droites que prônent les mégretistes est condamnée comme une
déviation de la cause nationaliste . Cette condamnation est destinée à attirer les éléments ultra et, une fois le camp mégretiste rejoint, cette stratégie est
louée comme le seul moyen réaliste d'accéder au pouvoir. Dès l'origine, la direction d'UR précisait : « Nous n'avons pas d'ennemi
au sein du mouvement national et nous ne critiquons en aucune occasion son aile dure et son courant mégretiste » .
UR a proposé ses services aux lepénistes, mais de par la désorganisation générale du parti à cette date, n'a pu obtenir de
réponse satisfaisante ; elle a donc lancé tout son poids dans l'aventure mégretiste. Le bulletin de liaison spécifie lors
de la partition : « 1- Nous ne devons pas compromettre l'équipe Mégret en la soutenant officiellement. 2- Nous conseillons
à nos membres adhérents au FN de signer l'appel au congrès et si possible de participer à celui-ci. 3- [Si la crise aboutit
à un schisme :] il serait impératif que nos membres rejoignent la nouvelle structure et y occupent des responsabilités locales ».
Les problèmes posés par un positionnement par trop mégretiste ne sont pas sous-estimés : ce n'est pas « notre pensée réelle »,
la lutte de concurrence est âpre avec les réseaux de la jeunesse mégretiste, et « ce soutien serait sans doute plus nuisible
que profitable à Mégret ». L'action vis-à-vis du FN persévère et, lorsque le FNJ tient congrès peu après la partition, les
militants d'UR qui y sont encartés reçoivent un texte leur exposant la ligne à y défendre, et sont convoqués pour une réunion
présidée par M. Robert .
Si le discours présente les pratiques comme transversales, il s'agit bien d'un travail de fraction, d'une part, au sein du
FN au profit du MNR, d'autre part, au sein du MNR au profit d'UR.
Les relations entre les deux formations sont accrues dans la foulée d'une rencontre entre leurs directions, début mai 2000.
Il est décidé que « la clause d'exclusion pour appartenance à une autre structure politique prévue dans les statuts du MNR
n'est pas applicable à ceux adhérant simultanément à » UR et au MNR, et que les militants d'UR « figureront à des places éligibles »
sur les listes aux élections municipales . Dans la perspective des élections présidentielles, le choix paraît d'autant plus justifié que circule également chez les
mégretistes la rumeur selon laquelle l'entourage du président de la République empêchera M. Le Pen d'obtenir les cinq cents
parrainages nécessaires à sa candidature.
Quand, en février 2002, le MNR organise son congrès à Nice, l'union des deux formations est patente. La préparation de l'événement
doit beaucoup à Fabrice Robert, responsable niçois du MNR ; Philippe Vardon, responsable de l'UDEN et membre du CE d'UR, est
interviewé par France 2 en tant que responsable jeunes du MNR, Guillaume Luyt fait une intervention à la tribune et un stand
d'UR est installé.
Avant le congrès, au siège du MNR, MM. Mégret et Bouchet se rencontrent. UR veut démontrer qu'elle a eu un rôle significatif :
« Celui d'un réservoir militant pour les municipales et les activités militantes. [Elle] a été un sas permettant à des militants
du FN en désaccord avec leur direction de se rapprocher du MNR en deux temps. [UR]a fixé la mouvance radicale en réduisant
la base des forces centripètes et en limitant les dissidences. Nous occupons un espace large ce qui ne permet pas de développer
d'autres groupes. De plus, en fixant la frange la plus radicale du mouvement national, UR empêche au maximum les provocations
toujours possibles. [Avec UR, le] MNR s'assure de cadres jeunes et de militants dont le soutien actif n'est pas à négliger
pour l'action de terrain. Dans le même temps ceux-ci ne sont pas officiellement au MNR ce qui lui permet éventuellement de
se dédouaner et de ne pas compromettre ses relations avec des courants plus modérés. [Cette] alliance n'est crédible que si
elle est concrétisée d'une manière forte […] c'est-à-dire par l'entrée d'un ou deux dirigeants connus d'UR à l'équivalent
du BP du MNR (avec un objectif fonctionnel s'occuper du travail en direction des milieux populaires) » .
Selon UR, M. Mégret, lors de cette réunion, « a remercié notre organisation pour son action et validé notre stratégie » . M. Mégret paraît accepter partiellement l'offre : MM. Bouchet et Robert sont élus au Conseil national du MNR lors du congrès.
Ils en sont exclus après l'attentat du 14 juillet, où, feignant la surprise, M. Mégret argue que les statuts de son parti
interdisent la double affiliation.
Précédemment, le 21 avril a vu la situation se transmuer. Le matin est diffusé un communiqué qui annonce que M. Bouchet abandonne
la direction d'UR à ses porte-parole, MM. Luyt et Robert . En fait, il est poussé vers la sortie par ces derniers et le choix de la date sert à évacuer l'information. Dès le lendemain,
UR prend langue avec la direction du FN pour négocier sa participation à la manifestation du premier mai et affiche les négociations
sur son site web.
S'il en était besoin, cet épisode témoigne de la volonté d'UR de toujours trouver son avantage dans ses relations avec l'extrême
droite parlementaire, n'hésitant pas à changer de champion en une journée. Les contacts acceptés par M. Gollnisch, lui-même
antérieurement attaqué par UR pour avoir épousé une femme qui n'est pas de « race blanche », souligne que le parti lepénien
peut être plus magnanime qu'on ne le croit, et qu'UR peut espérer pouvoir se repositionner. Le climat entre responsables frontistes
et membres d'UR fut toutefois moins cordial que ce qu'ont affirmé ceux-ci. En affichant sur Internet ces contacts, en défilant
bruyamment, UR semble avoir cherché à forcer la main au FN, suivant le principe qu'elle avait jadis défini : « Rien ne nous
oblige à faire de la publicité pour qui ne nous en fait pas, à moins que ce soit dans le but de le mouiller à nos côtés » .
En fait, UR a rapidement décidé ce qu'elle devait annoncer haut et fort à la suite de sa dissolution : procéder à la formation
d'un véritable parti nationaliste et, pour cela, proclamer la nécessité d'une « réforme profonde de nos mentalités, trop souvent
portées à la nostalgie ou au folklore » .
Concurrences et congruences
Les alliances sont ainsi placées sous le critère de l'efficacité. Souhaitant occuper tout l'espace radical, UR est affrontée
à la nébuleuse völkisch qui pèse d'un poids certain sur la marge et au sein du FN. Pierre Vial en est la figure centrale, ayant su fédérer les jeunes
ultra du parti, avant d'être limogé du FN en décembre 1998. Son association, Terre et Peuple, partage avec UR l'utopie de
l'édification d'une Europe fédérée des régions mono-ethniques. Alors que NRE nommait cette construction « l'Eurasie », UR
et TP reprennent le mot de Guillaume Faye, « l'Eurosibérie », afin de spécifier que cet empire ne saurait être multiracial.
Malgré les divergences (TP est néo-païen et islamophobe, UR se veut laïque et philo-islamiste, etc.) les publics visés se
recoupent. Avant même le lancement d'UR, une rencontre s'opère entre TP et l'ex-NRE. UR cherche à attirer à elle la mouvance,
demande à Guillaume Faye de rédiger son propre manifeste (ce qui ne se fit pas) et veut « s'afficher avec des personnalités
telles que Vial, Faye […] en essayant de les faire collaborer à Résistance ! » .
UR tente un entrisme à TP afin d'y intégrer des militants aux postes de responsabilités . Si, pour sa propagande, TP est une sorte de club scout pseudo-intellectualiste, en même temps UR ne cesse de lui tendre
la main : en 2000, M. Faye tient meeting en son nom, M. Vial est l'orateur d'une réunion commune aux deux formations, UR se
joint au solstice organisé par TP à Montségur (quoique « fêter le solstice en un tel lieu ne peut être que très mytho » 464 ). TP est le « meilleur ennemi » d'UR.
Mais le problème va survenir là où nul ne l'attendait : sur le terrain idéologique, dans les conséquences de la Seconde Intifada
et du 11 septembre. L'un des membres de la mouvance völkisch, Alexandre del Valle, mène une politique de séduction dirigée vers les milieux pro-israéliens. Ses thèses reposent sur l'idée
que l'Islam est manipulé par les États-Unis afin d'empêcher la naissance de l'Eurosibérie. Celle-ci devrait donc se réaliser
puis assurer, devant le monde musulman, son entente cordiale avec les États-Unis. Si leur prime réception fut positive au
sein d'UR, le différend est publiquement affiché par l'éditorial du site web, à la suite d'une conférence de M. del Valle
pour TP où il eût encensé le Likoud et prôné l'alliance entre nationalistes et sionistes. UR ne va cesser de pourfendre ses
thèses, arguant qu'elles ramènent les extrêmes droites à leur philosionisme pré-Duprat et qu'elles tendent à déplacer la question
de l'immigration du fait racial au religieux .
Les thèses arabophobes sont d'autant moins rejetées initialement qu'elles parviennent à UR par le biais de M. Faye. L'idéologue
publie en 2000 un ouvrage sur la Colonisation de l'Europe par l'immigration islamique et la nécessité de l'édification de la « Reconquête ». Prédisant la guerre ethnique (vieux thème
de Pierre Vial), il affirme que le pro-islamisme par anti-américanisme n'est plus d'actualité. L'accueil est favorable : UR
reprend le vocable du livre (« ethnomasochisme » et « fracture ethnique »), M. Faye est longuement interviewé dans Jeune
Résistance pour expliquer l'évolution de son analyse du philo-islamisme à l'Islam comme ennemi principal, et Fraction, le groupe de
rock de Fabrice Robert (très populaire chez les jeunes nationalistes), publie un album Reconquista et un titre Islam hors d'Europe. Si le groupe précise qu'en sa pensée l'immigration est d'abord un effet du capitalisme, qu'il est un « esclavage mondial »
et ensuite seulement une « colonisation », l'influence se révèle toutefois sans ambages .
D'où l'apparition, semble-t-il, d'une tension au sein d'UR entre la tendance dirigeante, pour laquelle les ennemis principaux
sont les États-Unis et le mondialisme, et une partie de la masse militante qui se convertit aux « nouvelles » thèses.
Lors du CN d'UR de décembre 2002, cette tension se relève clairement dans les motions adoptées, soulignée par les jeux de
langage : « L'ennemi prioritaire des peuples européens est le système occidental », défini comme la mondialisation néo-libérale
dont « la coalition américano-sioniste [est la] véritable incarnation » ; les Arabes sont dits être des immigrés comme les
autres, devant tous être rapatriés avec leurs descendants naturalisés, les islamistes pouvant être « dans certains pays et dans certaines conditions » des alliés « contre l'impérialisme américano-sioniste » .
Il importe de préciser que, tout au long du texte, ce n'est plus l'auto-définition de NR que se donne UR, mais celle « de
nationaliste et identitaire », témoignant de l'évolution idéologique via la taxinomie . In fine, UR évolue en mai 2002 à une ligne « ni keffieh, ni kippa », estimant que l'antisionisme radical est trop complexe pour une
base militante obnubilée par l'Islam et l'immigration nord-africaine.
Propagandes et idéologie(s)
C'est la question de l'idéologie et de la stratégie du nationalisme en France ces dernières années qui est révélée par la
problématique « identitaire » dans le discours d'UR. Celle-ci a conservé la langue (inspirée de la révolution conservatrice
allemande) et les concepts NR, mais en une perspective ethniciste : le « Système » organise la « colonisation » de l'Europe :
il faut mettre en place la « résistance » contre les « Kollabos » pour assurer « l'Europe aux Européens » ; cette dernière
formule ne se réfère plus à la doctrine Monroe, comme antérieurement, mais au paradigme indo-européen, au substrat racial.
UR profite ici du repositionnement du FN qui, pour se démarquer du MNR, affirme alors la possibilité d'une France pluriethnique
et met en avant un nouveau cadre, Farid Smahi, d'origine maghrébine. UR affirme qu'il s'agit d'une trahison et abandonne toute
référence positive à la question de la Nation au profit de son total démantèlement en régions mono-ethniques fédérées dans
l'Eurosibérie. Il s'agit de contourner la problématique universaliste républicaine en affirmant que si, certes, tout un chacun
peut devenir français, la qualité régionaliste repose sur une origine ethno-culturelle qui interdit toute assimilation . L'utopie géopolitique devient ainsi une arme rhétorique dirigée vers les milieux militants pour leur démontrer le « cosmopolitisme »
frontiste.
Le caractère tactique de ce virage est d'autant plus attesté qu'avant les attaques très violentes contre M. Smahi, i.e. avant la partition du FN, UR publia un long entretien avec lui . La nomination de M. Smahi au bureau politique du FN a servi de prétexte en de multiples occasions. M. Luyt, responsable
du FNJ, ayant vilipendé le schisme mégretiste et ayant été brocardé par UR , souhaitait être nommé au BP frontiste : reproche fut donc fait au FN de préférer un « beur » à un « Français de souche ».
Exclu de la direction du FN, M. Luyt affirme ensuite avoir démissionné pour protester contre ce geste. C'eût été le déclencheur
pratique d'une évolution idéologique, entamée par la lecture de La Colonisation de l'Europe, qui, selon lui, l'eût mené à intégrer UR en 2001 .
Cet épisode est révélateur du mode de fonctionnement de l'organisation : une souplesse tactique extrême, légitimée par l'affectation
d'une rigidité doctrinale en ce qui concerne l'immigration. Pour la direction d'UR existe en effet une bible stratégique :
le livre de Nonna Mayer, Ces Français qui votent FN
. Cette analyse permet à UR de « définir une cible prioritaire : la jeunesse populaire xénophobe ». Même lorsque les militants
tractent, il leur faut le faire « en conformité avec notre cible : choisir de préférence les zones d'HLM et les lycées techniques
et professionnels ».Y consacrant son énergie propagandiste, UR considère trois ans plus tard avoir acquis « une certaine influence
parmi la jeunesse prolétaire blanche » .
Cependant, le souhait de capitaliser la montée des sentiments racistes au sein de jeunes au faible capital culturel représente
un coût idéologique .
En 1997, il n'était certes question que de droitiser le discours antérieur. Mais les cartes sont vite brouillées, car si le
choix du titre de l'organe et de son logo est une référence au Widerstand (Résistance) de Niekisch, c'est bien plus l'influence du Resistance américain, fondé en 1994, qui se fit sentir. Organe de la maison de disques Resistance records, tous deux formés par le groupe musical RAHOWA (pour « Racial Holy War »), ce titre néo-nazi est à l'origine de l'essor de l'acronyme ZOG, entité devant laquelle il appelle au passage au terrorisme. Lié à Combat 18 (18 pour AH, i.e. « Adolf Hitler »), une « internationale » skinhead, il a renouvelé l'approche du rapport musique-politique en arguant que
la première devait amener des personnes a priori non racistes à s'engager politiquement auprès de la mouvance nationaliste .
Les références au néo-nazisme américain sont courantes sur le forum d'UR, signe d'une forte présence néo-nazie dans un mouvement
qui ne l'est certes pas et qui est mené initialement par des NR . La direction doit donc s'adapter à sa cible militante. RAHOWA est interviewé et très favorablement présenté . Les tee-shirts qui sont vendus pour financer UR portent des textes tels que « Oï White Power », « White Aryan Resistance »
(nom d'un groupe américain), etc.
La dureté des sentiments racistes provoque une profonde évolution. Ainsi la violence n'était-elle louée par NRE qu'en tant
qu'arme à utiliser contre l'État lorsque se ferait jour la crise révolutionnaire. Avec UR, la violence à l'encontre des militants
antifascistes est vantée et la violence raciste est très favorablement présentée dans sa presse. Le champ lexical pour cela
utilisé est celui du nationalisme-révolutionnaire, mais il est déplacé sur une thématique idéologique qui, dans la quête de
la structuration hégémonique de l'extrême droite extra-parlementaire, mène UR dans une fuite en avant dans l'idéologie de
la guerre ethnique, parcours symboliquement entamé par le tract de fondation assimilant ZOG et Système .
Là aussi, l'évolution est grande depuis le temps où Fabrice Robert distribuait dans les banlieues des tracts négationnistes
rédigés en arabe, ou, avec des militants tout à la fois maghrébins et communistes, contre la Guerre du Golfe . À l'époque, les NR considéraient que « des rapprochements/collaborations avec des cercles arabes ou musulmans anti-impérialistes
(a priori les futurs facteurs de déstabilisation du Système) sont probables et souhaitables. Dans ce cas, on insistera sur un discours
ethnodifférencialiste » . Toutefois, pour toucher les militants potentiels et orienter leur idéologie, le soin apporté à la contre-culture a été constant
de la part d'UR.
Révolution culturelle
UR n'a cessé de clamer que la moitié de son travail politique s'effectuait dans le combat culturel populaire. Si cette perspective
s'organise en citant Gramsci et le « gramscisme de droite » néo-droitier, UR paraît plutôt s'inspirer de Resistance et de l'histoire du mouvement skinhead .
Personnage-clef de cette politique, musicien et infographiste, Fabrice Robert a obtenu une maîtrise de science politique avec
pour sujet d'étude la propagande nationaliste via la musique. Il la conclut ainsi : « Internet se présente, à ce titre [pour la diffusion de l'idéal identitaire], comme le
vecteur idéal pour la création d'un vaste réseau relationnel dans lequel la musique est partie prenante » . Il s'agit là d'une déclaration de programme que devait suivre son auteur.
Apparu en Angleterre en 1982, le RAC y est une courroie de transmission du National Front au sein de la jeunesse skinhead, puis il s'auto-structure avec Blood and Honour, qui en appelle à l'unité skin et est proche de C 18. La thématique centrale est la guerre ethnique et le complot juif mondial
de métissage des races.
Proche de l'ex-FANE, se crée en 1986 le premier skinzine politisé, animé par une cellule qui reprend le nom de GNR et en appelle
à l'unité skin. En 1987, est fondé Rebelles Européens, d'obédience néo-nazie, qui devient le second label d'Europe et reprend
le symbole du Schwarze
Front d'Otto Strasser (1931) ; cet emblème est ensuite utilisé par Fraction, Jeune Résistance, mais aussi par NRE et UR. Le responsable du label milite au FNJ, à TV, puis se lie au PNFE. Intéressé à la scène skin dès
1986, TV n'est pas non plus indifférent au thème de l'unité skin et tente de la réaliser à son avantage, elle aussi en faisant
référence à Duprat, avec la fondation des Jeunesses Nationalistes-Révolutionnaires (1987), puis avec son label. En sa première
phase, NRE refuse le contact avec le RAC et est le premier mouvement réellement engagé vers l'indus et le black metal. Elle produit un fanzine « indépendant », Napalm Rock, consacré aux musiques « metal » et se penche avec intérêt sur les potentialités politiques du mouvement techno. Ce n'est
qu'après son second congrès, changeant sa ligne, que NRE lance Jeune Résistance en tant que skinzine. Faut-il voir une conséquence du thème de l'unité skin dans le fait que ce soit dans Jeune Résistance et non dans Resistance ! que fut publié l'Appel des 31 ?
Fraction participe au lancement de la scène RIF (Rock Identitaire Français), un mot qui apparaît en 1997 et est un faux-ami
puisque le RIF recouvre la totalité des genres musicaux. L'objectif affiché du RIF, loin de la provocation du RAC, est d'amener
de nouvelles personnes aux idées nationalistes, devant être à l'extrême droite ce que des groupes comme les Béruriers noirs
ou Zebda sont à l'extrême gauche. Il est en ce sens aussi un moyen « d'ouvrir » l'esprit des nationalistes à la réalité sociale
qui les entoure.
UR créé deux labels (Europa Records et Martel en tête) et M. Robert coordonne Bleu-Blanc-Rock, label fondé sur des groupes
militants, jouissant d'un matériel de propagande propre. BBR réalise deux opérations emblématiques : la production d'une cassette
de RIF vendue dix francs et dotée d'un visuel politique neutre, « vendue à plus de 5 000 exemplaires […] devant les collèges,
les lycées et dans la rue, profitant d'événements tels que la fête de la musique ») et d'un CD «Antimondial », vendu deux
euros .
L'autre pan de cette activité est l'importance accordée à Internet. Le site d'UR, dont le webmestre était M. Robert, se voulait
au centre de la « galaxie faf » du web. Il comptait près de 60 000 pages visitées par mois au printemps 2002 . Il proposait, entre autres, un forum, des chroniques hebdomadaires, des revues de presse thématiques, un imposant annuaire,
une mise en ligne d'une partie de la presse NR, des tracts et des textes de Strasser à télécharger, l'actualité d'UR… Pouvait
aussi s'y trouver le catalogue de la maison d'éditions de M. Bouchet, les cent-cinq publications pouvant être directement
commandées, dont Programme d'Unité Radicale et Unité Radicale, questions et réponses éditées en janvier 2000, classées en rubriques « Fascisme et nationalisme-révolutionnaire italien », « Fascisme international »,
« Révolution conservatrice et nationalisme-révolutionnaire français », « National-bolchevisme allemand et Révolution conservatrice »,
« National-socialisme », « Evola et paganisme » et « Divers ».
L'une des phrases les plus importantes du document préalable à la fondation d'UR est restée lettre morte : elle énonçait que
la formation devrait être « une structure de cadres qui impose à ses membres une discipline financière (prélèvement), idéologique
et stratégique qui n'est pas discutable » . C'est constamment sur la question du manque de cadres de qualité qu'a butté UR, connaissant là le problème permanent de
la mouvance NR depuis son origine. Conformément à une tradition de celle-ci, UR se voulait stratégiquement ferme et tactiquement
souple. Ces deux données l'ont menée à concentrer ses efforts métapolitiques et politiques sur la jeunesse raciste à faible
capital culturel, afin d'en user au sein du champ de l'extrême droite comme armée de manœuvre au profit des décisions de la
direction. Cette conception relevait d'une analyse politique « pertinente », servie par une intense énergie propagandiste,
mais a également débouché sur « l'affaire Brunerie ». Elle paraît avoir abouti à une intensification des contradictions internes
et à une réduction de l'idéologie et de la stratégie à la tactique. UR, de sa pré-conception en 1989 à sa dissolution en 2002,
pose ainsi radicalement le problème de l'histoire des NR : d'une part, l'élément « histoire des idées » et « histoire des
mouvements » y est particulièrement tributaire de l'histoire des cadres et de leurs interactions avec les extrêmes droites
parlementaires ; d'autre part, les indications initiales sont biaisées, en raison des difficultés qu'elles rencontrent devant
un milieu militant et sympathisant qui peine à suivre les impulsions de son encadrement.
Le Banquet,
n°19,
2004/1.
Domaine politique -
thème extrême droite.
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