Alain de Libera, La querelle des universaux. De Platon à la fin du Moyen Âge
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Le Banquet,
n°8,
1996/1.
Domaine philosophie -
thème médiévale.
Seuil, 512 pages.
Nul n'entrera aisément dans cet ouvrage qui ne se lit pas comme un roman. Et pourtant, c'est quasiment d'une histoire romanesque
qu'il s'agit, avec ses drames, ses trahisons, ses faux amis, ses vengeances à travers les âges, ses confréries et ses meurtres
(ou plutôt ses exécutions sur les bûchers de l'Inquisition). L'exceptionnel travail de Libera, qui s'étend de Platon au début
du XVe siècle et du continent européen au monde arabe, byzantin et juif, porte sur un sujet d'apparence ésotérique — la querelle
entre «nominalistes» et «réalistes» — qui ne saurait être résumé en quelques lignes, mais qui a structuré toute la conscience
politique occidentale moderne. C'est à travers les concepts qui sont ici examinés que se sont forgées les principales catégories
de la philosophie contemporaine et, quand bien même on n'en discernerait plus la source — magistralement reconstituée ici —,
nous en portons inconsciemment le legs.
Au-delà de l'intérêt intrinsèque de la question examinée par Libera, son ouvrage offre aussi un intérêt épistémologique. L'auteur
montre, en effet, qu'il n'y a pas une question des universaux, cadrée et repérable à travers les âges et les lieux sous la forme d'énoncés réguliers. Cette histoire
est celle de multiples déformations, de questions annexes, de déviations de sens. Mais c'est dans le cadre de cette querelle
que des questions nouvelles ont été posées, que des inventions conceptuelles ont eu lieu et qu'ainsi le Moyen Age peut apparaître
comme la matrice de concepts modernes — malgré ce que l'auteur appelle «l'interruption» de l'Age classique. L'histoire décrite
par Libera pose ainsi la question de la manière dont les concepts et les catégories sont transmis d'une époque à une autre,
question dont nous commençons tout juste à percevoir l'importance alors même que nous ne connaissons pas l'origine des mécanismes
de pensée qui nous permettent de formuler nos idées.
Le Banquet,
n°8,
1996/1.
Domaine philosophie -
thème médiévale.
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