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Abbé Grégoire, De la noblesse de la peau

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Le Banquet, n°9, 1996/2.
Domaine politique - thème classiques.

Jérôme Millon Éditions, 1996, 118 pages.

   
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Si vous ressentez le besoin de vous rafraîchir au souffle vivifiant d'un homme libre, lisez l'abbé Grégoire (1750-1831). S'il est mieux connu depuis le transfert de ses cendres au Panthéon, en 1989, restent pourtant délaissés les écrits de ce grand militant de la liberté et de l'égalité, qui lutta contre la royauté et pour l'émancipation des juifs et des noirs, de cet ecclésiastique trop généreux et trop tolérant pour ne pas être chassé de l'Église.

Saluons donc ce livre. Outre une notice résumant la vie de l'abbé, il reproduit un essai paru en 1826, dont le titre complet était: De la noblesse de la peau ou Du préjugé des blancs contre la couleur des Africains et celle de leurs descendants noirs et sang-mêlé. Cent soixante-dix ans plus tard, le texte reste d'actualité. Par la plume de l'abbé, toute la générosité de la Révolution, dans ce qu'elle eut de meilleur, nous rappelle qu'il n'y a jamais d'acquis dans le domaine social, et qu'il faudra sans cesse combattre les préjugés. La vieille idée selon laquelle la peau noire serait signe d'une malédiction divine, idée qui permettait de justifier l'esclavage, n'a pas disparu aujourd'hui, même si elle s'exprime différemment. Pour lutter contre le racisme, il faut en connaître l'histoire. Aussi n'est-il pas inutile de lire la description des mesures discriminatoires adoptées à l'encontre des noirs et des métis au XVIIIe siècle, celle des comportements racistes de la même époque, les arguments de l'abbé contre de tels comportements, ou la volée de bois vert qu'il assène aux élites de son temps, en particulier à ceux qui ne se nommaient pas encore les «intellectuels», modernes Esaü se traînant aux pieds des potentats contre le plat de lentilles d'une décoration.

Outre son talent littéraire, on retiendra la force de son plaidoyer pour les droits et devoirs de chacun, et davantage encore la jeunesse de cet homme de soixante-seize ans qui n'abandonne pas le combat malgré sa lucidité sur les faiblesses humaines. «Étudier les hommes, ce n'est pas communément le moyen de les estimer. Lorsqu'après une longue expérience, avec ce triste résultat, on arrive au soir de la vie, la certitude de la quitter bientôt et d'échapper à ce monde est consolante», écrit-il (p. 115), mais il n'abandonne pas son combat antiraciste. C'est là sa grandeur et celle des hommes qui résistent quand tout est désespéré.

Le Banquet, n°9, 1996/2.
Domaine politique - thème classiques.


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