Laënnec Hurbon (sous la direction de), Les transitions démocratiques
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Le Banquet,
n°10,
1997/1.
Domaine international -
thème démocratie.
Syros, 1996, 384 pages.
Ces actes d'un colloque tenu en Haïti rassemblent plus d'une trentaine de communications consacrées à la notion de «transition
démocratique», fort critiquable, et que les intervenants ne se privent d'ailleurs pas de mettre en doute. Les organisateurs
de la manifestation assument ces critiques car leur but était de «contribuer à maintenir tous ceux qui luttent pour la démocratie
sur le fruit du questionnement radical» (p. 9), la démocratie n'étant jamais acquise.
Le premier intérêt de ce livre est de donner à réfléchir de manière globale à la fin des dictatures, grâce au rapprochement
en un seul volume de la description d'expériences très diverses: Chili, Mexique, Pologne, Brésil, Haïti, Caraïbes, Cap-Vert,
Guinée-Bissau et autres pays africains. Le second est de montrer comment la démocratisation s'articule à la question nationale
ou «ethnique», au rôle de l'Église — parfois devenue porte-parole des sans-voix dans les dictatures après avoir été un de
leurs piliers, ce qui donne lieu à un intéressant débat —, à celui de l'armée, à la pauvreté, et au mythique «nouvel ordre
mondial». Parmi les textes les plus intéressants, notons ceux de Fred Constant sur les contradictions entre universalisme
de la citoyenneté et particularismes des ethnicités manipulées, de Franklin Midy consacré à la «transition vers la démocratie»,
et d'André Corten sur Haïti. Ce livre vaut enfin la peine d'être lu pour le bouquet de réflexions moins factuelles et plus
synthétiques qui le concluent, même — surtout — quand elles sont contestables, et que l'on ne peut résumer ici en dépit de
leur intérêt (Jean Ziegler, «Démocratie-Nation-République»; Samir Amin, «Pour une stratégie de la libération»; Yves Bénot,
«Démocratie et révolution»; Alain Ménil, «Transition démocratique: un concept problématique»; Jacques Rancière, «La déviation
démocratique»).
Comme dans toute entreprise de ce genre, Les transitions démocratiques est d'un niveau inégal. On peut ainsi se demander si le discours de Raoul Alfonsin offre une autre utilité que de faire figurer
une signature prestigieuse. Mais les concessions à la diplomatie sont d'usage dans ce type d'ouvrage, de même que les communications
très académiques d'universitaires en mal d'invitations à l'étranger. Peu importe au lecteur pourvu qu'il trouve globalement
assez de grain à moudre pour ses propres meules, ce qui est le cas ici, à condition de prendre ce livre pour ce qu'il est:
un outil de réflexion et non pas une synthèse menée à son terme.
Le Banquet,
n°10,
1997/1.
Domaine international -
thème démocratie.
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