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Paul Zumthor, Babel ou l'inachèvement

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Le Banquet, n°10, 1997/1.
Domaine histoire - thème mythe.

Seuil, 1997, 232 pages.

   
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L'auteur est mort avant d'avoir pu mettre la dernière main à cet ouvrage, dont les matériaux s'étaient accumulés sa vie durant. C'est peut-être dommage pour les derniers chapitres, moins soignés que les premiers, mais donne un ton dramatique à un ouvrage écrit jusqu'aux derniers moments. Un très beau livre assurément, qui se lit avec passion et un intérêt constant, sur l'un des mythes les plus utilisés et les moins compris de notre littérature. Les cent premières pages du livre, les plus saisissantes, valent à elles seules qu'on s'engage dans sa lecture. Le raisonnement et l'illustration se déploient avec précaution, depuis l'analyse textuelle, linguistique et sémiotique, du texte — bref — de la Genèse jusqu'à son inscription dan l'histoire. Les reprises du texte fondateur dans le Talmud comme dans la scolastique du Moyen Age et la peinture de la Renaissance sont l'occasion d'une réflexion sur les métamorphoses d'un mythe fondateur, exprimé dans un texte sibyllin.

Dans la deuxième partie de l'ouvrage, Zumthor dépasse l'analyse de l'histoire pour se concentrer sur l'actualité de Babel. Au-delà de l'histoire, en effet, c'est bien une structure permanente de notre existence sociale et politique que désigne la Genèse. On préférera sans doute revenir au passé et aux mystères du texte, car Babel ne nous parle déjà plus le même langage et la vulgarisation du mythe s'éloigne de la tension dramatique originelle. À moins — et cela peut en être la force — que la lecture de Zumthor incite à délester nos représentations communes d'une interprétation trop simple. Il n'y a pas de clef de l'énigme.

Le Banquet, n°10, 1997/1.
Domaine histoire - thème mythe.


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