Dominique Lecourt, Les piètres penseurs
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Le Banquet,
n°14,
1999.
Domaine philosophie -
thème satire.
Flammarion, 1999, 216 pages.
Nous n'allons certes pas bouder notre plaisir à lire sous la plume de Lecourt une dénonciation des succédanés de philosophie
ou de sciences sociales qu'on nous sert trop souvent. L'auteur fait preuve aussi d'une honnêteté intellectuelle parfaite en
disant d'emblée «d'où il parle» et en racontant son itinéraire intellectuel placé en grande partie sous l'ombre de Louis Althusser.
Cette réflexion sur le rôle des intellectuels — le texte de Foucault sur «l'intellectuel spécifique» est bien discuté et l'auteur
de l'Histoire de la folie est aussi victime d'un effet boomerang — est d'une salubre utilité. Enfin, cet ouvrage, précisément parce que l'auteur établit
des comparaisons avec l'époque de sa plus grande jeunesse, est une forme de témoignage historique sur la vie intellectuelle
essentiellement des années 1970.
Il reste pourtant quelques insatisfactions. En premier lieu, Dominique Lecourt se présente comme le pourfendeur de la philosophie molle en faisant semblant d'ignorer que sa dénonciation n'est pas, loin s'en faut, la première.
Plutôt également que de choisir le ton pamphlétaire, elle eût gagné en force à dresser une critique serrée des ouvrages et
écrits si lamentablement en prise sur l'ère du temps. La narration et l'énervement remplacent trop souvent l'argumentation
— et chacun sait que Lecourt en est éminemment capable. Enfin, semble parfois poindre une sorte de nostalgie de temps plus
anciens où, comme l'a souvent montré Jacques Bouveresse, la pensée connaissait d'autres délires et d'autres formes d'indignité.
Ceux-ci n'excusent pas la pensée molle contemporaine — chaque époque a ses idiots, ses marchands de soupe et ses Diafoirus —,
mais pour en tracer la généalogie et en mesurer la spécificité, il ne faut pas passer sous silence les devanciers. La cause
de la philosophie et de la simple bienséance intellectuelle justifiait plus que ce livre, toujours juste de ton, parfois drôle,
faisant souvent mouche, mais quand même trop rapide.
Le Banquet,
n°14,
1999.
Domaine philosophie -
thème satire.
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