Ferdinando Imposimato, Un juge en Italie. Pouvoir, corruption, terrorisme. Les dossiers noirs de la Mafia
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Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine politique -
thème justice.
Éditions de Fallois, 2000, 351 pages.
Ce livre se lit d'une traite, avec passion et avec effroi. Imposimato, juge au tribunal de Rome, a été au cœur des enquêtes
les plus difficiles qui ont ensanglanté l'Italie: les affaires de la Mafia en général, l'assassinat d'Aldo Moro, les multiples
prolongements des actions de la loge P2, la faillite de la Banco Ambrosiano qui a impliqué le Vatican, etc. On y croise les
figures des juges Occorsio, Falcone et Borsellino et du général Dalla Chiesa, «exécutés» par Cosa Nostra, du propre frère d'Imposimato, lui aussi assassiné pour dissuader le juge de poursuivre ses enquêtes, de Giulio Andreotti,
de multiples politiques ou juges, souvent lâches et corrompus. On y piste aussi les ramifications internationales de la Mafia,
aux États-Unis et en Europe. On y apprend beaucoup sur les méthodes de la Mafia, sur ses luttes intestines et meurtrières,
sur ses finances et ses réseaux. Cet ouvrage nous livre l'anatomie d'un cauchemar qui, malgré les coups portés grâce à des
juges courageux et à la loi sur les repentis, dure encore et s'est internationalisé: le dispositif anti-mafia a été dissous
— et notamment le pool de juge anti-mafia démantelé de fait —, certains mafiosi ont été relâchés, la vigilance s'est émoussée. Comment s'étonner dès lors que la conclusion soit si pessimiste: «La Mafia
continue à imposer sa loi»? Comment ne pas prendre au sérieux son constat: «La grande armée mafiosa,, avec son puissant arsenal, occupe toujours les postes névralgiques de la nation».
Imposimato a dû lui-même abandonner. En 1986, il part pour Vienne et suit en Amérique latine, pour le compte de l'ONU, les
tentatives de reconversion des plantations qui servent à la production de drogues. Il y constate sur le terrain les alliances
entre les Narcos et les mafias des deux rives de l'Atlantique. Six ans après, il retourne en Italie et est élu au Sénat où il siège jusqu'en
1999 sous l'étiquette du PDS et où il préside la commission anti-Mafia. Puis il se consacre à des activités caritatives. Son
sentiment terrible — qui est souvent celui des juges français — est celui de la solitude. Les quelques combats contre la Mafia
ont d'abord été le fait d'hommes seuls, résolus, entravés dans leurs enquêtes, souvent dénoncés à la vindicte publique par
une presse complice. Que ces hommes disparaissent ou renoncent — comment leur en vouloir? —, et il ne reste plus rien. Lorsque
l'État ne peut compter que sur la vertu de quelques rares serviteurs, il n'est plus totalement l'État.
Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine politique -
thème justice.
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