Marc Sadoun (dir.), La démocratie en France
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Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine politique -
thème France.
1. Idéologies 2. Limites, Paris, Gallimard, 2000, 474 et 544 pages.
La démocratie n'est pas un régime simple. Ce n'est d'ailleurs pas seulement une forme politique, mais aussi un mode d'organisation
sociale en perpétuel conflit avec lui-même. La démocratie est, elle-même, même si on l'accepte, un terme polémique, de combat
contre d'autres formes de régimes certes, mais aussi contre sa propre stabilisation. On peut certes dégager quelques modèles:
ainsi, la démocratie française se distingue des autres par maints traits. Pour autant, elle ne peut être appréhendée que par
des lectures multiples qui croisent les idéologies et les actes, les réalisations et les limites. Les dix auteurs de cet ouvrage,
universitaires (Pierre Bouretz, Jean Baudouin, Dominique Colas, Jean-François Sirinelli, etc.), appelé à devenir un classique,
combinent ces regards croisés où l'on rencontre le monde, le citoyen, la République, le social, le sacré, la famille et quelques
ennemis radicaux. Si l'on pourra émettre quelque réserves sur l'article de Geneviève Fraisse sur «les deux gouvernements:
la famille et la cité», plus militant que scientifique, l'ouvrage est d'une remarquable tenue. Quasiment dans chaque chapitre,
l'histoire y croise la sociologie et la science politique l'anthropologie. L'article de Dominique Colas, intitulé «la citoyenneté
au risque de la nationalité», qui constitue une étude historique, juridique et idéologique sur la tension entre ces deux termes:
ni la voie d'une «théologie» de la nationalité, ni celle d'une universalité ouverte à laquelle chacun peut participer, ne
sont étrangères à la tradition française. On retiendra aussi le très bel article de Marc Lazar consacré au social qui, moins
que jamais, ne peut être séparé de la problématique démocratique.
La conclusion brillante de Marc Sadoun constitue un modèle du genre — même s'il ne débouche sur aucune visée prospective claire.
C'est bien de la faculté de l'État d'épouser les formes nouvelles d'expressions démocratiques sans perdre sa nature, de sa
capacité fédérative et intégratrice dans un schéma moins absolutiste que celui prescrit par l'idéal pré-moderne de la vertu
civique, de la sensibilité du pouvoir à une diversité qu'il doit comprendre sans abandonner son unité, que dépend la persistance
d'une société politique. Que la démocratie, après cet ouvrage, ne soit pas plus transparente à elle-même ni parvenue à son
stade définitif, encore moins un idéal réalisable sous une forme républicaine figée, n'est pas nécessairement une mauvaise
nouvelle.
Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine politique -
thème France.
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