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Gilles Dorronsoro, La révolution afghane. Des communistes aux Tâlebân

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Le Banquet, n°15, 2000.
Domaine international - thème totalitarisme.

Karthala, 2000, 350 pages

   
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La prise de pouvoir par les Tâlebân est l'un des événements récents les plus dramatiques et il paraît défier la raison. Comment imaginer aujourd'hui un État qui sombre dans une telle barbarie? Devant l'incroyable, il faut d'abord chercher à comprendre. C'est ce que s'est employé de faire Dorronsoro, qui a enquêté en Afghanistan entre 1988 et 1999 dans des conditions qu'on imagine, et qui en a tiré une thèse de doctorat. L'ouvrage n'est toutefois pas uniquement — loin s'en faut — une enquête de terrain, un travail journalistique ou la reprise de témoignages. Il étudie également, grâce au bagage sociologique de son auteur, la sociogenèse de l'État afghan, l'événement fondateur que furent la guerre puis la révolution et l'inscription sociale, religieuse et politique des acteurs, avant de décrire le processus de guérilla qui conduisit à l'émergence d'un nouvel État. L'arrière-plan économique — notamment la drogue, puisque l'Afghanistan est le premier producteur mondial d'opium — n'est jamais omis, non plus que l'inscription des événements dans le contexte international.

L'ouvrage montre bien la spécificité de la révolution afghane, qui ne peut être comparée à l'iranienne, et qui devrait restée limitée à un seul pays. Au-delà de l'ordre moral installé par les Tâlebân, le régime est issu d'un système à ce point complexe sur le plan social, ethnique, voire régional, qu'il est difficile d'imaginer autre chose qu'une sortie lente et progressive d'un complexe politico-religieux sans doute appelé à perdre en virulence à partir du moment où les ulemâ au pouvoir devront transiger pour le conserver et répondre aux exigences minimales d'efficacité que réclame la population. L'ouvrage montre aussi combien les ressources de ce système reposent sur une reconstruction mythologique du passé, une guerre des références — la culture pashtoune contre la culture persane —, des oppositions de «classes» aussi qui recouvrent des oppositions religieuses (ulemâ contre islamistes éduqués plus modernistes). Un ouvrage subtil, intelligent et dont la réflexion est toujours de première main.

Le Banquet, n°15, 2000.
Domaine international - thème totalitarisme.


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