Avishai Margalit, La société décente
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Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine philosophie -
thème politique.
Castelnau-le-Lez, Climats, 1999, 277 pages.
Cet ouvrage est l'un des plus originaux et séduisants qu'il nous soit donné de lire. Il apporte un très subtil contrepoint
aux théories de la justice inspirées par Rawls et, sans nécessairement la contredire, lui apporte en quelque sorte de la chair.
Cet ouvrage n'est ni à proprement parler un livre théorique, ni bien sûr un ouvrage d'édification fondé sur des exemples et
des situations concrètes. Il vise à décrire, en recourant à des concepts moraux comme ceux d'humiliation et d'honneur, ce
que pourrait être une «société décente», seule société où s'exprime la dignité de chaque individu. La définition de cette
société paraît simple: c'est «une société dont les institutions n'humilient pas les gens» (p. 13). Les institutions et non
pas les membres de la société — une société dont les membres ne s'humilient pas est seulement «civilisée». À partir de là,
Margalit précise pas à pas cette intuition: il définit d'abord ce qu'est l'humiliation — et montre que l'absence d'humiliation
n'est pas liée aux droits —, puis il essaie de démontrer pourquoi les individus doivent être respectée, avant d'évoquer les
formes de rejet hors de la société qui créent l'humiliation — ce qui le conduit à passer en revue les concepts de citoyenneté
et de culture —, avant de traiter spécifiquement du fonctionnement des institutions et de différencier décence et équité.
Il fallait d'abord commencer par écarter deux conceptions opposées qui règlent trop vite la question de l'humiliation: l'anarchisme,
pour lequel nulle institution politique ne peut être décente, et le stoïcisme, qui veut qu'aucune société ne puisse être humiliante.
Le premier évacue le problème et reportant la décence dans l'utopie; le second, aristocratique et solitaire, nie le caractère
politique du problème. Il devait aussi montrer qu'on ne peut penser la décence dans les termes, trop courts, des droits —
même si ceux-ci sont nécessaires à la décence d'une société — et qu'il convient de recourir au concept de dignité. Ainsi,
l'auteur peut discuter de questions aussi décisives que la minorité, le pluralisme culturel, la tolérance, l'égalité d'accès
aux biens matériels et symboliques dont dispose la société, mais aussi des problèmes concrets comme la bureaucratie, le chômage,
l'État-providence ou le châtiment. On pourra évidemment lire en filigrane que, souvent, l'auteur pense à la société israélienne
ou il vit. Mais sa leçon va bien au-delà: loin de constituer essentiellement une leçon d'éthique, il ouvre de riches perspectives
sur la réforme concrète de nos institutions.
Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine philosophie -
thème politique.
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