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Guillaume d'Ockham, Court traité du pouvoir tyrannique

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Le Banquet, n°15, 2000.
Domaine philosophie - thème politique.

PUF, 1999, 337 pages.

   
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Guillaume d'Ockham fut l'un des auteurs à qui l'on doit l'une des avancées décisives vers le libéralisme politique moderne: la négation du droit de l'Église à intervenir dans les affaires temporelles. Cet ouvrage fondateur est toutefois plus souvent cité que lu et l'on sait gré à Jean-Fabien Spitz d'en avoir produit une traduction élégante et précise et d'en avoir éclairé la portée par une substantielle introduction. Derrière la thèse centrale d'Ockham, au fil d'une argumentation serrée à partir des Écritures, s'énoncent une série d'autres thèses fondamentales. En premier lieu, nul pouvoir ne saurait disposer d'une absolue puissance, ni le Pape, ni l'Empereur. Se dessine ainsi un équilibre entre les pouvoirs, aucun ne pouvant a priori être maître de l'étendue de ses prérogatives, le peuple ou des hommes sages pouvant en apprécier la nature et les occasions où elles peuvent s'exercer. Ensuite, on ne peut entendre uniquement la limitation du pouvoir du Pape comme contraire à sa mission: en effet, une extension de celui-ci nuirait à son ministère même et à son autorité dans le domaine des choses de la foi — et cette autorité se pervertit lorsqu'elle agit comme un pouvoir. En troisième lieu, en ce qui concerne la provenance du pouvoir de l'Empereur, Ockham contredit, car elle ne repose sur aucun texte, la thèse classique suivant laquelle elle serait issue de la volonté divine. Au contraire, ce pouvoir vient du peuple ou de ses représentants. Enfin, même si l'origine du pouvoir est créatrice de légitimité, l'institution du pouvoir ne peut être conçue qu'en fonction de l'utilité de ceux auxquels il s'applique. Non seulement il n'est pas de puissance absolue d'aucun pouvoir, mais cette puissance même doit s'arrêter dès lors qu'elle nuit aux sujets.

Apparaissent ainsi l'ensemble des éléments du pouvoir moderne: la limitation, le contrôle, l'origine populaire, son orientation à une fin. Le pouvoir répond dans les sociétés à un besoin et à une fonction; on peut donc discuter — et c'est le rôle des théologiens et des philosophes — de son exercice effectif. Il obéit même à une spécialité fonctionnelle: ainsi du pouvoir du Pape, dont l'objet n'est autre que le salut des croyants. Et, pour reprendre le titre complet de l'œuvre, si ces principes sont bafoués, le pouvoir devient «tyrannique» et est «usurpé par ceux que certains appellent “souverains pontifes”». Il y a encore mille recoins à explorer dans cette œuvre immense — notamment les longues et superbes pages consacrées à la notion d'empire (livre quatrième) où il est démontré que l'empire romain est devenu légitime, dont on pourra peut-être retrouver l'écho dans les théories bien postérieures de la paix perpétuelle.

Le Banquet, n°15, 2000.
Domaine philosophie - thème politique.


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