Adam Smith, Théorie des sentiments moraux
|
|
 |
Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine philosophie -
thème morale.
PUF, 1999, 469 pages.
Cet ouvrage est, avec son Enquête sur les causes et la nature de la richesse des nations, le principal ouvrage d'Adam Smith. Publié en 1759, issu de son enseignement de philosophie morale à l'université de Glasgow,
il fut réédité et corrigé six fois de son vivant, dont l'année de sa mort en 1790. Son ambition était bien d'en faire une
œuvre définitive et un exposé systématique complet qui viendrait couronner l'histoire de la philosophie morale — dont on retrouve
de nombreux éléments dans la septième et dernière partie du livre. Son but est non seulement de comprendre comment s'élaborent
des normes et des principes moraux, mais aussi de relier le système de moralité à la construction du lien de société — par
le biais notamment du concept de «sympathie». En cela, on ne peut lire son œuvre économique indépendamment des préceptes qu'il
développe dans son œuvre morale . On sait gré aux traducteurs Michaël Biziou, Claude Gautier et Jean-François Pradeau d'avoir, par de nombreuses notes, mis
en perspective les théories ici développées avec les autres ouvrages de Smith et avec ses devanciers.
On ne saurait évidemment résumer un tel ouvrage. Au-delà d'une analyse qui peut paraître classique des passions et de vertus,
Smith analyse et parfois construit des concepts fondateurs: l'utilité, la justice, les rapports entre l'individu et la multitude,
la coutume, la bienveillance, la maîtrise de soi — empruntée, comme d'autres concepts, au stoïcisme —, la prudence, les rapports
entre morale et droit, etc. Y apparaît le souci de faire reposer l'équilibre social et la justice elle-même, premier devoir
de l'État, sur une anthropologie, qui est bien ce que recherche Smith en étudiant non seulement la nature des sentiments moraux,
mais bien leur caractère naturel. On pourra y percevoir un ouvrage en définitive résolument optimiste qui, réfutant notamment
tout lien entre la sympathie et l'égoïsme, espère bien pouvoir trouver un autre fondement à la société que la contrainte et
le pouvoir — en somme la crainte — et concevoir au développement des échanges et des marchés libres un encadrement non politique
mais naturel.
Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine philosophie -
thème morale.
|