Marc Olivier Baruch et Vincent Duclert (dir.), Serviteurs de l'État. Une histoire politique de l'administration française 1875-1945
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Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine histoire -
thème État.
La Découverte, 2000, 587 pages.
On ne saurait résumer en quelques lignes les tranches d'histoire administrative — et politique — que nous proposent les trente-six
collaborateurs de cet ouvrage. Précisément, celui-ci n'entend pas présenter un visage simple et univoque de l'administration.
Pas davantage n'entreprend-il de dessiner une histoire totale de l'administration, c'est-à-dire de ses divers composantes.
Son propos consiste davantage à tester un certain nombre d'hypothèses, toujours révocables, concernant le caractère républicain
de l'État, son rapport au politique, l'autonomie des fonctionnaires ou leur soumission (termes pas toujours incompatibles),
leur idéologie (notamment nourrie par l'idée — ou la mythologie — de la compétence), à travers trois grands types d'interrogations:
celle concernant le rapport de la fonction publique au droit, à la loi et au pouvoir, celle relative aux stratégies des fonctionnaires
et de quelques corps, hauts et moins prestigieux, le comportement devant les crises (affaire Dreyfus et Vichy notamment).
Un chapitre fait également une incursion vers la conception de l'État outre-Manche tandis qu'un autre montre la réception
en France du «modèle» d'État portugais (sous Salazar).
Cet ouvrage riche et intelligemment conçu constitue une subtile introduction historique aux débats actuels — et l'on sent
bien que les auteurs les ont à l'esprit. Qu'il s'agisse du phénomène des corps, de la place particulière de la police, de
la maçonnerie, des rapports entre Gouvernement et Parlement, de la réforme de la justice, de la tentation technocratique,
de la place des syndicats de fonctionnaires, du rôle controversé des préfets, du particularisme du corps enseignants et même
de l'égalité des sexes, on s'aperçoit de la lointaine genèse des controverses actuelles. L'ouvrage emprunte également avec
bonheur à d'autres disciplines que l'histoire: la sociologie et le droit notamment sont souvent utilisés. Un très bon chapitre
est aussi consacré à l'idéologie administrative coloniale. Au terme de ce parcours passionnant — mais parfois aussi quelque
peu désespérant —, les sentiments ne peuvent qu'être ambigus — sauf sur la qualité du livre et sa portée, qui sont grandes:
d'un côté, on ne peut qu'admirer la puissance de création de l'administration française, son épaisseur politique, son investissement
dans la réforme de la société, sa passion même et, bien sûr, ses grandes figures; de l'autre, on ne peut se défaire du sentiment
d'une administration souvent répressive, fermée sur elle-même, parfois veule, prompte à revendiquer son indépendance par rapport
au pouvoir politique au nom de sa compétence et de l'intérêt général, mais en fait pour se protéger, mais également empressée
de le servir et de l'accompagner dans les actes les plus répréhensibles soit par conservatisme, soit par lâcheté. L'administration
a pu être ainsi républicaine et anti-républicaine, mettant son organisation au service de Vichy — où elle a parfois pu voir
le triomphe de ses principes — et, résistante, mettant en place un nouvel État, porteur du progrès social et de la prospérité
économique, à la Libération. Cet ouvrage nous permet de tenir ensemble ces deux facettes.
Le Banquet,
n°15,
2000.
Domaine histoire -
thème État.
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