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Florence Tamagne, Histoire de l'homosexualité en Europe. Berlin, Londres, Paris, 1919-1939

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Le Banquet, n°15, 2000.
Domaine histoire - thème social.

Le Seuil, 2000, 699 pages.

   
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Ce travail, issu d'une thèse de doctorat, offre une histoire savante et passionnante de l'homosexualité entre les deux guerres. L'histoire souterraine, celle des lieux cachés (cf. la prostitution ouvrière et parfois militaire), et l'histoire ouverte, celle de l'affirmation progressive de mouvements homosexuels et de sa reconnaissance dans l'espace public et social, se croisent. Histoire aussi des deux sexes, qui montre la spécificité du mouvement lesbien, qui ne fut d'ailleurs pas sans heurts avec l'affirmation d'une militance féministe. En même temps, ce récit constitue un essai d'histoire complète: l'homosexualité révèle d'une certaine manière les mouvements de la société, permet de mieux cerner certains milieux — cercles littéraires, salons mondains, lieux de sociabilité —, montre comment l'homosexualité prend place dans la vie politique et ses intrigues, voire la «grande politique», et comment sa perception s'intègre dans les conceptions scientifiques et médicales — et, bien sûr, dans une histoire policière et judiciaire.

L'auteur montre bien combien le choc de la Première Guerre mondiale fut décisif dans la modification du regard porté sur l'homosexualité, ne serait-ce que par l'extension de pratiques homosexuelles. La libération des «années folles» fut aussi propice à la libération et à l'affirmation des homosexuels. Il convient toutefois, à chaque fois, de faire intervenir le contexte national, plus ou moins propice à l'existence de mouvements collectifs et militants (surtout en Allemagne) ou plutôt enclin à privilégier un «individualisme» des pratiques (en France), étranger à l'affirmation communautaire et identitaire. Le cas du Royaume-Uni est particulièrement intéressant: elle offre un modèle «culturel et social», où l'homosexualité — masculine — est fréquente chez les élites et où toutes les structures, depuis l'école jusqu'aux clubs, offrent un terreau propice à son développement. Les ambiguïtés de la répression homosexuelle conduite par les nazis — d'autant plus forte que l'homosexualité avait largement pénétré le parti et ses mouvements — sont aussi longuement montrées — 50 000 homosexuels furent condamnés, entre 5 et 10 000 envoyés en camp de concentration, dans un pays qui était, avant 1933, le plus tolérant envers l'homosexualité et le plus engagé dans la revendication politique en sa faveur. Mais la gauche ne fut pas épargnée, loin s'en faut, par des comportements et des discours homophobes. La richesse des sources auxquelles l'auteur a recours témoigne, s'il en était besoin, d'une présence forte de l'homosexualité dans l'entre-deux-guerres, qui cesse d'être un phénomène marginal pour être une donnée qui informe la société dans son ensemble.

Le Banquet, n°15, 2000.
Domaine histoire - thème social.


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