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Alain Parrau, Écrire les camps

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Le Banquet, n°15, 2000.
Domaine histoire - thème totalitarisme.

Belin, 1995, 383 pages.

   
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Cet ouvrage novateur était passé curieusement inaperçu, alors qu'il offre une étude particulièrement novatrice sur le phénomène concentrationnaire. Il ne s'agit pas pour Parrau de refaire l'histoire des camps, de confronter directement le témoignage des survivants à la réalité, de suivre à la trace les effets de leurs écrits sur l'esprit public — même si un chapitre décrit comment fut perçue et reçue cette littérature concentrationnaire —, mais d'interroger ce qui constitue, dans sa pluralité, une écriture inédite. Cet ouvrage est moins une histoire des camps qu'une histoire de l'écriture. Histoire encore une fois multiple: quoi de commun entre Antelme et Borowski, Levi et Soljenitsyne, Rousset et Chalamov? Le contexte de l'écriture au sein même des camps de l'Union soviétique n'est pas celui des écrits des survivants des camps nazis.

Des questions aussi décisives que celles de la vérité et de sa transmission, de la reconstruction d'une expérience intraduisible et de la poésie qu'elle appelle, de la possibilité de dire la cruauté et l'inhumanité, sont examinées par l'auteur. Elles ne sont pas exclusives d'autres considérations: le sentiment terrible de celui qui dit avec l'angoisse de ne pas être cru, de celui qui veut bannir les éléments d'expérience pour montrer la réalité dans son entièreté, de celui qui écrit tout simplement pour ne pas mourir, sans «projet littéraire», de celui aussi qui sait que l'écriture sur les camps est nécessairement politique, de celui qui risque un «je» dans le monde des «on». Aussi scientifique soit l'œuvre sur les camps — et l'on sait que Primo Levi était animé d'un tel souci dans ses descriptions —, il convient d'abord d'y voir de la littérature, la plus grande qui soit, et qui constitue le meilleur antidote à la survenance de l'oubli. Et c'est tout le travail de Parrau que, d'abord, de nous donner à lire ces textes, de laisser jouer l'effroi et l'émerveillement, de nous tenir attaché à eux de manière irrévocable.

Le Banquet, n°15, 2000.
Domaine histoire - thème totalitarisme.


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